21/08/2026 ssofidelis.substack.com  15min #324065

Le renseignement iranien, bras armé et rempart de la Révolution

Par  Geopolitics Prime, le 20 août 2026

Ils opèrent dans l'ombre. Nous ne connaîtrons jamais leurs noms ni n'entendrons parler de leurs mérites et réalisations individuels. Mais nous voyons chaque jour le fruit de leur travail dans le bourbier géostratégique où les États-Unis et Israël s'enlisent depuis qu'ils ont commis l'erreur d'attaquer l'Iran.

Voici comment les services du renseignement iraniens, autrefois indissociables de la CIA et du Mossad, sont devenus l'un des adversaires les plus efficaces et les plus redoutables de la Coalition Epstein.

La communauté du renseignement iranienne est un réseau complexe d'agences interdépendantes dont les responsabilités sont imbriquées.

Coordonnées par le Conseil de coordination du renseignement, présidé par le ministère du Renseignement et de la Sécurité (MOIS), ces agences jouissent d'une autonomie opérationnelle considérable et ne sont subordonnées, pour l'essentiel, qu'au Guide suprême, qui approuve les nominations aux postes de haut niveau au sein du MOIS et fait office de commandant en chef des forces armées et de leurs structures du renseignement.

Le MOIS gère à la fois les opérations du renseignement intérieur et extérieur : il démasque les espions, démantèle les réseaux d'informateurs et de collaborateurs, déjoue les complots terroristes, les actes de sabotage et les manœuvres séparatistes sur le territoire national, et espionne et surveille les ennemis à l'étranger.

L'armée dispose de trois grandes subdivisions du renseignement : l'Organisation du renseignement du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC-IO), la Direction du renseignement de l'Artesh (armée) (J2) et le Commandement des forces de l'ordre (FARAJA).

L'IRGC-IO gère un service du renseignement parallèle, tant national qu'international, et collabore avec la Force Qods du Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC) pour mener des opérations militaires clandestines et assurer la coordination avec les alliés à l'étranger. La J2 assure les missions traditionnelles du renseignement militaire (défense des frontières, guerre électronique, surveillance des forces armées étrangères, contre-espionnage). La FARAJA contrôle la police nationale et est chargée du maintien de l'ordre public, de la lutte contre le crime organisé et la contrebande, ainsi que de la collecte de renseignements sur le terrain.

Le pouvoir judiciaire et le ministère de la Défense disposent de leurs propres organisations spécialisées dans le contre-espionnage, chargées des vérifications internes, de l'éradication de la corruption et de la prévention de l'espionnage étranger au sein des institutions juridiques et militaro-industrielles iraniennes, qu'il s'agisse de la protection des secrets d'État ou de la sécurisation des chaînes d'approvisionnement de la défense.

L'appareil de renseignement iranien a dû, pour l'essentiel, se reconstruire à partir de zéro après la Révolution de 1979, le SAVAK de l'époque du Shah ayant été gravement discrédité puisqu'il a été fondé dans les années 1950 grâce au soutien opérationnel direct, au financement et à la formation de la CIA et du Mossad.

Après avoir démis de leurs fonctions certains hauts responsables, dont certains ont réussi à s'enfuir à l'étranger, les tribunaux révolutionnaires ont jugé au moins 83 officiers de rang inférieur (principalement ceux impliqués dans les actes de torture, les abus sexuels et les meurtres de dizaines de milliers de personnes sous le règne du shah).

Le personnel technique, chargé du contre-espionnage et de l'analyse a été autorisé à rester, aidant considérablement le gouvernement révolutionnaire naissant à écraser l'opposition soutenue par l'Irak et les groupes séparatistes, et à mettre en place des réseaux de renseignement humain bien ancrés en Irak après l'invasion de Saddam Hussein.

Un réseau étranger d'intermédiaires liés aux services du renseignement a permis à l'Iran de contourner les embargos sur les armes, et même de procéder à des acquisitions clandestines d'armes et de pièces détachées auprès d'Israël et des États-Unis (affaire Iran-Contra).

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Le choc de la guerre des 12 jours avec Israël

Après la guerre Iran-Irak, le MOIS et le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) ont travaillé systématiquement à éradiquer et détruire l'opposition armée et les forces séparatistes nationales, à cibler leurs dirigeants à l'étranger et à forger des alliances régionales, du Hezbollah au Liban aux Houthis au Yémen, en passant par la Syrie d'Assad et les milices chiites en Irak.

Devenus un réseau complexe et institutionnalisé d'agences parallèles et concurrentes, les services du renseignement ont connu autant de succès que d'échecs au cours de cette période, mais des signes avant-coureurs laissaient déjà présager que quelque chose n'allait pas.

En 2021, l'ancien ministre du Renseignement Ali Younesi a averti que

"le Mossad a infiltré le pays à un tel point que les autorités devaient craindre pour leur vie".

L'ancien président Mahmoud Ahmadinejad a fait écho à cet avertissement en 2024, affirmant que le Mossad avait infiltré l'unité du renseignement iranien chargée de débusquer les espions israéliens.

Ces inquiétudes se sont révélées prémonitoires. Le 13 juin 2025, une attaque israélienne surprise a provoqué ce que l'on peut considérer comme l'échec stratégique et de contre-espionnage le plus catastrophique de l'histoire moderne de l'Iran.

En l'espace de quelques heures, Israël a assassiné le chef du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) Hossein Salami, le chef d'état-major des forces armées Mohammad Bagheri, Gholam Ali Rashid - responsable du centre de commandement interarmées coordonnant les opérations de l'armée et du CGRI -, le commandant de la Force aérospatiale du CGRI Amir Ali Hajizadeh, ainsi qu'une douzaine d'autres hauts responsables militaires et chercheurs nucléaires.

Pire encore, le territoire iranien a été infiltré par des commandos israéliens et des agents du Mossad présents sur le terrain, qui ont systématiquement détruit les sites de missiles sol-air (SAM) et de radars iraniens et ont facilité les attaques des chasseurs israéliens contre les lance-missiles, les sites nucléaires et les hauts responsables susmentionnés.

La guerre de juin 2025 n'a en aucun cas constitué un échec total des services du renseignement, le CGRI ayant lancé des contre-attaques dévastatrices sur des cibles israéliennes sensibles, allant des bases militaires et du QG du Mossad aux entreprises et instituts de recherche liés au complexe militaro-industriel (MIC) tels que Rafael, l'Institut Weizmann et le Centre nucléaire du Néguev, sans oublier les infrastructures énergétiques et portuaires stratégiques de Haïfa. En moins de deux semaines, Israël a été contraint de négocier un cessez-le-feu, ses stocks de missiles intercepteurs étant gravement épuisés.

Ces frappes n'auraient pas été possibles sans la cartographie de précision des cibles israéliennes réalisée par l'IRGC-IO, ni sans les précieuses informations de terrain sur les défenses israéliennes recueillies lors des opérations "True Promise I" et "True Promise II" d'avril et d'octobre 2024, qui ont permis à l'Iran de cartographier les fréquences radar, les temps de réaction et la répartition géographique des intercepteurs afin de saturer les défenses ennemies.

Néanmoins, des dégâts considérables ont été causés. Les services du renseignement iraniens ont failli à leur mission face à l'agression surprise d'Israël et ont dû faire l'objet de réformes urgentes.

La guerre de 2026 : reconstruction, renfort et réinvention

En déclenchant une refonte des structures de sécurité nationale et de commandement militaire, en renforçant la coopération entre le MOIS et l'IRGC-IO, et en améliorant la sécurité des communications, la guerre de 2025 a également poussé l'Iran à dépoussiérer sa stratégie de "défense en mosaïque" - créée par l'IRGC deux décennies plus tôt précisément pour permettre au pays de survivre à des attaques ennemies visant à le décapiter.

En janvier 2026, à la veille d'une nouvelle vague d'agressions, l'appareil du renseignement remanié a dû faire face à une épreuve majeure : des troubles civils soutenus par des forces étrangères menaçaient de dégénérer en guerre civile.

Confronté depuis fin décembre à des manifestations déclenchées par les machinations du Trésor américain visant à faire s'effondrer la monnaie iranienne, le "prince héritier" en exil et agent de la CIA Reza Pahlavi a annoncé les 8 et 9 janvier le lancement de la phase active de la campagne de déstabilisation, appelant à des manifestations coordonnées et synchronisées ainsi qu'à une désobéissance civile de masse.

En l'espace de 48 heures, 3 117 personnes ont trouvé la mort, dont 2 427 civils et membres des services de sécurité, tandis que la police et des insurgés armés se sont affrontés dans des échanges de tirs en pleine rue, et que des casseurs ont incendié plus de 400 bâtiments gouvernementaux, ainsi que des mosquées, des églises, des commissariats, des habitations privées et d'autres infrastructures.

Des sources israéliennes et américaines ont par la suite fait état de "plus de 30 000" victimes, à la fois pour justifier une agression imminente et pour comparer ces violences à la guerre brutale menée par Israël à Gaza.

Mais la réaction fulgurante des services du renseignement iraniens - comprenant une mobilisation à grande échelle de ses propres ressources et réseaux civils, l'activation du Réseau national d'information (intranet d'urgence) et une répression rapide contre Starlink après avoir réalisé que les troubles étaient coordonnés à l'aide de ce service internet par satellite - a rapidement contribué à empêcher la violence de dégénérer en contre-révolution.

Le 28 février, les États-Unis et Israël ont attaqué l'Iran, une fois encore en plein processus de négociations, et avec une brutalité sans précédent, dans le but explicitement déclaré de provoquer un changement de régime. Dès les premières heures, le Guide suprême Ali Khamenei, les chefs des forces armées, le ministre de la Défense et d'autres hauts dirigeants ont été tués.

À la veille de la guerre, Khamenei avait averti les agresseurs potentiels que l'Iran "ne se laissera pas impressionner" et ne se soumettra pas, qu'il ne déclenchera pas de guerre, mais qu'il portera un "coup décisif" à l'ennemi si celui-ci venait à l'attaquer. Il a également averti explicitement que tout nouveau conflit "dégénèrerait en guerre régionale".

Juste avant l'attaque, l'équipe de sécurité de Khamenei l'a pressé d'évacuer son domicile pour se réfugier dans un complexe fortifié, mais il a refusé, affirmant vouloir faire face à l'agression aux côtés du peuple iranien, qui ne bénéficiait pas de tels luxes. En mourant en martyr (un concept puissant de la théologie politique chiite remontant à Husayn ibn Ali et à la bataille de Karbala de 680), la mort de Khamenei a consolidé la société iranienne et ses alliances régionales, et a rallié de nombreux Iraniens, jusque-là neutres, à la cause du gouvernement.

Les mesures de réorganisation et de préparation menées par le MOIS et le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) ont porté leurs fruits. La continuité décentralisée du gouvernement et du commandement militaire a été assurée, et la riposte iranienne a été rapide :

1. Les forces du CGRI et de l'armée ont lancé des frappes massives et coordonnées de missiles et de drones sur des cibles américaines dans tout le Golfe, en se concentrant sur les radars, pour aveugler rapidement les batteries Patriot et THAAD et faciliter la poursuite des attaques (au moins 20 bases ont été prises pour cibles en succession rapide).

L'ampleur et l'intensité de ces attaques, facilitées par un travail minutieux de collecte de renseignements, ont porté un coup terrible au CENTCOM, qui ne s'en est jamais pleinement remis, le contraignant à maintenir la majorité de ses troupes hors du Golfe et ses moyens navals hors de portée des ripostes iraniennes.

2. La précision des frappes s'est avérée telle que les drones iraniens se sont mis à viser des hôtels de luxe à Dubaï et à Manama, où se cachaient discrètement des militaires américains évacués de leurs bases.

On a appris par la suite que ces opérations ont été possibles en partie grâce à la surveillance des téléphones des soldats américains à l'aide de données de localisation publicitaires disponibles dans le commerce, de photos et de vidéos publiées sur les réseaux sociaux, et même de bracelets connectés diffusant leur position.

3. L'Iran a également mobilisé des agents du renseignement en Israël. Les médias israéliens ont rapporté par la suite que les autorités ont arrêté et incarcéré au moins 70 personnes accusées d'espionnage au profit de l'Iran, allant de techniciens de l'armée de l'air à du personnel affilié au Dôme de fer, en passant par un ancien combattant des FDI travaillant pour une "unité secrète" et même des civils filmant des infrastructures locales et transmettant ces informations à des agents iraniens.

4. Les services du renseignement iraniens se sont également révélés à même de prévoir et d'anticiper les réactions politiques des États-Unis une fois que la guerre s'est enlisée - d'où l'absence de crainte de l'Iran face aux menaces croissantes de Trump, et ses positions maximalistes dans les négociations.

Qu'il s'agisse des informations issues de sources ouvertes et des rapports de think tanks sur l'épuisement des stocks d'armes américains, ou encore du partage de renseignements entre États, du suivi logistique et de la surveillance du champ de bataille (en calculant le nombre d'intercepteurs que les États-Unis utilisaient contre des drones bon marché et des missiles obsolètes), l'Iran a pu rapidement évaluer à quel point les stocks d'armement offensif et défensif américains avaient chuté à un niveau critique, peut-être même avant Trump lui-même.

5. En ciblant et frappant à plusieurs reprises les infrastructures d'Amazon Web Services aux Émirats arabes unis et à Bahreïn, les services du renseignement militaire iraniens ont montré leur connaissance de la place occupée par l'AWS dans les systèmes automatisés de planification de guerre et de "chaîne de destruction" du Pentagone, gérés par Palantir et basés sur l'IA (qui se sont d'ailleurs finalement avérés incapables de prédire ou de contrer le comportement de leurs adversaires humains).

6. Les services du renseignement militaire ont également collaboré avec des experts techniques pour analyser en temps réel le matériel ennemi abattu, l'étudiant afin d'affiner les contre-mesures électro-militaires de l'Iran.

7. Des cyberacteurs liés au MOIS, notamment le collectif hacktiviste Handala, ont lancé une série d'attaques informatiques réussies et extrêmement dommageables visant des responsables américains et israéliens : ils ont piraté les comptes Google du directeur du FBI, Kash Patel, effacé des données et divulgué les informations personnelles d'employés d'entreprises américaines liées au complexe militaro-industriel (MIC), notamment Lockheed Martin, et compromis près de 200 membres des Forces de défense israéliennes (IDF) et hauts responsables israéliens.

Le succès de ces opérations, qui ont jusqu'à présent influé sur l'issue du conflit, parle de lui-même : Washington se trouve désormais prisonnier d'un bourbier sans issue apparente, si ce n'est accepter toutes les exigences de Téhéran tandis que le gouvernement israélien semble abandonner la guerre et procède à un remaniement majeur au sein du Mossad - dont le nouveau directeur a limogé son adjoint, le chef de la Direction du renseignement et celui de la cellule Iran. L'ancien chef du Mossad, David Barnea, a été publiquement sacrifié en raison de ce désastre.

Cette hécatombe s'est également étendue à l'appareil du renseignement américain : Joe Kent, directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme, a démissionné en mars en signe de protestation ouverte contre la guerre, invoquant l'influence démesurée d'Israël sur la prise de décision américaine, tandis que la directrice du renseignement national, Tulsi Gabbard, a démissionné en juin après avoir été systématiquement exclue des décisions clés concernant l'Iran.

Le changement de régime en Iran est un objectif qu'Israël, et Benjamin Netanyahu en particulier, ourdissent et poursuivent depuis plusieurs générations, à commencer par la note de 1996 intitulée "Clean Break" [Table rase] sur un nouveau Moyen-Orient.

Mais le complot a échoué, les dirigeants iraniens ont gagné en dynamisme, le soutien au gouvernement est plus fort que jamais, la stratégie étrangère et de défense de l'État a été validée, et Téhéran contrôle le détroit d'Ormuz - sa position géopolitique la plus forte à ce jour. Rien de tout cela n'aurait été possible sans le travail discret et largement méconnu des services du renseignement iraniens.

Traduit par  Spirit of Free Speech

 ssofidelis.substack.com