22/08/2026 reseauinternational.net  7min #324182

Israël tente d'effacer son génocide, mais il n'y a pas de retour en arrière possible

par Ramzy Baroud

La  décision de Bogota de reconnaître la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan syrien occupé marque un tournant dangereux.

En devenant le deuxième pays au monde - après les États-Unis - à approuver l'annexion illégale par Israël du territoire syrien, la Colombie, sous l'égide de son nouveau président d'extrême droite, Abelardo de la Espriella, a pris le contre-pied de la politique étrangère de Gustavo Petro.

Hélas, la Colombie n'est pas un cas isolé. Son revirement s'explique par la très large et très agressive campagne menée par Israël pour renverser et détruire systématiquement les mouvements et soutiens pro-palestiniens et pro-arabes forgés de haute lutte à travers le monde.

La volte-face de Bogotá s'accompagne de changements spectaculaires à Caracas, où les dirigeants par intérim du Venezuela ont  pris des mesures pour rétablir les relations consulaires avec Israël après 17 ans de gel.

La même chose se produit en Europe. La Slovénie en est un excellent exemple : le gouvernement nouvellement installé, dirigé par Janez Janša, a  retiré le drapeau palestinien des bâtiments gouvernementaux et a annoncé son intention de geler la reconnaissance de l'État palestinien prévue pour 2024 et de transférer son ambassade à Jérusalem.

Israël sait que son soi-disant "problème de relations publiques" ne se résume plus à une simple perte d'image causée par d'occasionnelles critiques médiatiques.

À cause du génocide à Gaza, associé à un discours génocidaire et à des guerres d'agression à travers le Moyen-Orient, Israël ne pourra pas, cette fois-ci, se remettre aisément des  dommages qu'il a infligés à sa réputation internationale.

Bien que certains milieux, y compris ceux qui se disent critiques envers Israël, insistent sur le fait que le problème réside dans le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et son gouvernement d'extrémistes, la vérité est bien pire : Israël en tant que pays, en tant que projet colonial et en tant qu'idéologie est de plus en plus remis en question.

Même au sein des grands médias israéliens, certains ont commencé à reconnaître la gravité de la crise. "Il est peut-être temps de comprendre qu'il ne s'agit pas seulement d'un échec en matière de relations publiques, mais d'un échec moral", a  déclaré l'année dernière Yonit Levi, une présentatrice de télévision israélienne de premier plan.

Le Washington Post, quant à lui, a  décrit Israël comme "en train de devenir un paria mondial".

Mais les dirigeants israéliens refusent de reconnaître les changements potentiellement irréversibles dans l'opinion mondiale à l'égard de leur pays et du sionisme dans son ensemble et trouvent du réconfort dans deux facteurs : premièrement, le soutien continu des États-Unis - et, par extension, de l'Occident ; et deuxièmement, en lien direct avec le premier, leur capacité à faire évoluer les positions des gouvernements vis-à-vis d'Israël par des moyens politiques, diplomatiques et autres.

Pour Israël, le peuple n'a jamais compté ; seuls les gouvernements comptent.

La Colombie en est l'illustration. Israël n'avait pas besoin de renverser l'opinion publique colombienne ni de détricoter des années de solidarité avec la Palestine. Il lui suffisait d'un changement de gouvernement, comme l'a montré l'élection de De la Espriella, ouvertement pro-israélien.

Les conséquences politiques ont été quasi immédiates. De la Espriella a  pris des mesures pour rétablir pleinement les relations avec Israël, retirer le soutien de la Colombie à l'affaire du génocide impliquant l'Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice, reprendre les exportations de charbon et, surtout, reconnaître la souveraineté israélienne sur le Golan occupé.

Ce revirement rapide confère également une importance accrue aux déclarations répétées de l'ancien président Petro concernant l'ingérence des États-Unis et d'Israël dans l'élection qui a conduit à la défaite du candidat de gauche Iván Cepeda.

Bien que ces accusations restent contestées, le résultat en lui-même est indéniable : un changement de gouvernement a suffi pour amorcer le démantèlement de la politique colombienne menée depuis des années à l'égard de la Palestine et d'Israël.

Il en va de même pour le Venezuela. Beaucoup ont d'abord considéré la  prise de contrôle par les États-Unis du président pro-palestinien Nicolás Maduro comme un simple épisode de plus dans la longue histoire des interventions de Washington en Amérique latine. Mais la rapidité avec laquelle le Venezuela s'est ensuite réorienté suggère une transformation plus large.

Le signe le plus évident en est le rapprochement croissant entre Caracas et Tel-Aviv. Le Venezuela  avait rompu ses relations diplomatiques avec Israël sous Hugo Chávez en 2009, à la suite de la guerre contre Gaza. Dix-sept ans plus tard, les deux gouvernements ont convenu de rétablir les services consulaires - une étape significative vers la normalisation et un symbole puissant de l'évolution de l'orientation géopolitique du Venezuela.

Les relations d'Israël avec une grande partie du Sud ont historiquement été tendues, marquées par son caractère colonial, ses agressions militaires et son alignement étroit sur les puissances occidentales.

Sous Netanyahou, avant le génocide, Israël s'était efforcé systématiquement de  briser cet isolement. Il avait étendu son influence à travers l'Afrique, l'Asie et l'Amérique latine en profitant de l'affaiblissement de l'ordre mondial dominé par les États-Unis.

Mais le génocide à Gaza a  annulé de manière spectaculaire ces avancées, non seulement dans les pays du Sud, mais aussi à l'échelle mondiale.

Le défi, pour le mouvement de solidarité avec la Palestine, consiste désormais à rendre ce revirement durable - et à faire en sorte que les récents progrès d'Israël en Colombie, au Venezuela, en Slovénie et ailleurs restent temporaires.

Cependant les pays arabes peuvent - et doivent - faire davantage. Leur condamnation rapide de la décision colombienne sur le Golan, en vertu de la résolution 497 du Conseil de sécurité de l'ONU, est nécessaire, mais les déclarations seules ne suffisent pas à contrer l'offensive diplomatique d'Israël.

Les positions de principe sur la Palestine et les territoires arabes occupés doivent être renforcées par des partenariats économiques, diplomatiques et stratégiques. Sinon, les acquis politiques obtenus de haute lutte resteront fragiles, facilement remis en cause à chaque changement de gouvernement.

Nous sommes à l'aube d'un moment historique, une réalité de plus en plus reconnue par les responsables politiques, les historiens et les médias israéliens eux-mêmes. Il serait impardonnable de gâcher cette occasion d'exposer les crimes d'Israël en Palestine et dans tout le Moyen-Orient et de l'obliger à rendre des comptes.

La lutte pour la justice en Palestine a déjà pris une dimension mondiale, et ceux d'entre nous qui se soucient profondément de Gaza doivent comprendre l'importance de cette transformation. Israël se bat pour inverser son isolement croissant et il ne faut pas s'attendre à ce qu'il abandonne de sitôt.

C'est pourquoi nous devons intensifier nos efforts, en utilisant tous les moyens conformes au droit international et aux aspirations du peuple palestinien, afin de garantir que la transformation historique de l'opinion que le génocide israélien à Gaza a provoquée ne puisse tout simplement pas être inversée.

Israël doit comprendre qu'il n'y aura pas de retour au statu quo et qu'il n'échappera pas à la reddition de comptes, parce qu'après un génocide, on ne peut pas revenir en arrière.

source :  Middle East Monitor via  Chronique de Palestine

traduction  Dominique Muselet

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