
par Saïd Mohammad
L'affrontement entre l'Iran et les États-Unis s'oriente vers une nouvelle phase de tension, alors que des rapports et des indices révèlent l'adoption par des cercles militaires à Téhéran de l'option ciblant des intérêts et des bases vitales américaines sur le territoire européen, dépassant le cadre du Moyen-Orient où se sont concentrées les pressions militaires ces derniers mois.
Dans ce contexte, l'attention internationale se porte sur le sud-est de l'Europe, et plus particulièrement sur la Bulgarie, dont le Parlement a récemment approuvé une décision accordant à Washington le droit d'utiliser temporairement la base aérienne de "Bezmer".
Si cette décision permet aux États-Unis de déployer huit avions de ravitaillement en vol, du matériel militaire appartenant à l'US Air Force et jusqu'à 250 soldats jusqu'au 1er octobre prochain, l'Iran y a vu une facilitation directe des opérations militaires américaines et une participation effective à l'agression menée contre elle.
Dans ce cadre, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, s'est entretenu avec son homologue bulgare, Velislava Petrova Chaimova, l'avertissant lors de cet appel que tout pays mettant son territoire ou ses installations à disposition pour faciliter des attaques américaines contre l'Iran assumerait la responsabilité des conséquences.
De leur côté, les Gardiens de la révolution et des hauts responsables militaires iraniens ont affirmé que toute base ou installation utilisée pour mener des opérations sur le sol iranien deviendrait une cible légitime.
Ces positions ont coïncidé avec des informations du journal londonien Financial Times évoquant l'élaboration par Téhéran de scénarios visant à élargir la portée de la riposte militaire pour inclure des cibles vitales dans la péninsule des Balkans - une zone d'importance stratégique pour l'Europe en raison des bases de l'OTAN qu'elle abrite, de ses chaînes d'approvisionnement vitales et de sa position géographique bordant la mer Noire.
Si la carte des avertissements iraniens s'étend à tout le bassin méditerranéen, elle inclut également les installations militaires britanniques à Chypre, à commencer par la base aérienne d'Akrotiri que Téhéran avait ciblée en mars dernier au moyen d'un drone.
Parallèlement à la menace de cibles militaires directes, les plans de riposte à un renouvellement de l'agression intègrent des options tactiques alternatives, notamment le ciblage des câbles sous-marins de fibre optique dans le détroit d'Ormuz afin de frapper les réseaux techniques et de télécommunications internationaux.
Ces données suscitent des interrogations chez les observateurs stratégiques et les experts militaires occidentaux quant à la nature des armes dont dispose l'Iran et à leur capacité à atteindre des cibles éloignées en territoire européen.
L'arsenal balistique de Téhéran comprend des systèmes à moyenne portée, comme les modèles "Shahab", qui possèdent la capacité théorique d'atteindre l'espace aérien des pays du sud de l'Europe.
Cependant, l'analyse technique publiée par des experts du Royal United Services Institute (RUSI) à Londres pointe des contraintes opérationnelles qui limitent l'efficacité destructive de ces systèmes à très longue portée ; atteindre des distances supérieures à 2000 kilomètres impose en effet de réduire la charge explosive des têtes armées, ce qui affaiblit leur capacité à causer des dégâts majeurs aux infrastructures fortifiées.
Selon la même analyse, les Iraniens pourraient plutôt recourir à l'utilisation de drones pour contourner les systèmes de défense avancés et mener des actions de sabotage via leurs partenaires régionaux.
En mars dernier, l'Iran avait tiré deux missiles balistiques en direction de la base conjointe américaino-britannique de Diego Garcia, au cœur de l'océan Indien, à près de 4000 kilomètres de distance, sans que les deux projectiles ne parviennent à toucher la base selon les informations circulant alors.
S'y ajoutent les frappes menées par les systèmes offensifs iraniens contre la base aérienne Muwaffaq Salti utilisée par les forces américaines en Jordanie, perçues comme un message adressé aux capitales européennes quant à la capacité de Téhéran à atteindre des cibles lointaines.
Au vu des derniers éléments et menaces, le secrétariat général de l'OTAN a proclamé sa préparation défensive pour faire face à toutes les formes de menaces, rappelant le succès des défenses aériennes de l'Alliance dans l'interception de missiles balistiques iraniens dirigés vers le territoire turc à quatre occasions distinctes au cours des premiers mois du conflit.
Dans le même temps, des experts et diplomates avertissent que le principal bénéficiaire d'un embrasement entre l'Iran et l'Europe serait la Russie, une telle confrontation risquant de disperser les capacités militaires européennes et de détourner les ressources financières du front ukrainien soumis à une pression accrue.
Les experts lient la montée des menaces iraniennes à la série de remaniements au sein de l'appareil sécuritaire et militaire de la République islamique, ayant porté au pouvoir des figures plus intransigeantes adoptant une doctrine d'attaque globale et directe.
Traduisant une partie de cette doctrine, le général de division Ali Abdollahi, chef d'état-major général des forces armées iraniennes, a prévenu que toute forme d'aide ou de facilitation accordée aux forces américaines sera considérée comme une participation militaire directe exposant ses auteurs à un ciblage immédiat.
Alors que les chances de parvenir à un accord avec l'administration du président américain Donald Trump s'amenuisent, le pouvoir iranien semble estimer que placer les États-Unis et les pays de l'OTAN face au risque d'une guerre totale suffira à renchérir le coût de l'affrontement et à effriter l'unité occidentale face à Téhéran.
Cela alimenterait l'inquiétude de l'opinion publique européenne et exercerait une pression politique interne poussant les gouvernements locaux à revoir les modalités de leur soutien logistique aux forces américaines.
source : Al-Manar