
Komla YAWO
À Conakry, le drame survenu dans la nuit du 22 au 23 août à la décharge de Dar-es-Salam rappelle brutalement que les catastrophes liées aux éboulements ne concernent pas seulement les zones minières ou montagneuses. Au moins 31 personnes ont péri après l'effondrement d'une partie de cette immense montagne de déchets, selon le bilan provisoire de la Protection civile. Des habitants restent portés disparus et les recherches se poursuivent.
Le scénario est particulièrement révélateur; de fortes pluies, une masse de déchets instable, des habitations précaires installées au pied de la décharge et, au bout de la chaîne, des populations exposées à un risque connu mais difficile à éviter.
De Conakry à Zamboï des catastrophes différentes, une même vulnérabilitéCe drame intervient quelques jours après l'éboulement meurtrier survenu sur un site d'orpaillage à Zamboï, à la frontière entre le Cameroun et la République centrafricaine. Dans ce cas, les victimes travaillaient ou se trouvaient sur un site minier soumis aux risques liés à l'exploitation artisanale de l'or.
À Conakry, le contexte est différent, mais la mécanique de la catastrophe présente des similitudes. Des populations vivent ou travaillent dans des espaces dangereux, souvent faute d'alternatives, tandis que les risques sont insuffisamment maîtrisés.
Dans les deux cas, les pluies jouent également un rôle aggravant. Elles fragilisent les sols, déstabilisent les amas de terre ou de déchets et peuvent transformer en quelques heures un espace déjà dangereux en piège mortel.
Quand la précarité transforme le risque en catastropheCes drames posent surtout la question de l'aménagement du territoire et de la prévention. En Afrique, de nombreuses populations vivent à proximité de carrières, de décharges, de cours d'eau, de montagnes ou de sites miniers informels. Ces espaces sont souvent occupés progressivement, sans véritable évaluation des risques.
À Dar-es-Salam, l'installation de baraques et d'habitations au pied d'une montagne de déchets illustre cette vulnérabilité. La proximité avec la décharge peut répondre à une logique économique qui est de récupérer des matériaux, chercher des objets revendables ou simplement de trouver un espace où vivre. Mais cette activité expose directement les populations aux glissements et aux effondrements.
Le problème dépasse donc la seule responsabilité individuelle. Il renvoie à la capacité des pouvoirs publics à identifier les zones dangereuses, à prévenir les populations et surtout à leur proposer des solutions de relogement ou des moyens de subsistance moins risqués.
Tirer les leçons avant le prochain drameLa répétition de ces accidents doit pousser les États africains à renforcer les systèmes d'alerte et la surveillance des zones à risques. Les épisodes de fortes pluies, de plus en plus préoccupants dans plusieurs régions, devraient être intégrés dans les dispositifs de prévention.
Les sites d'orpaillage, les carrières, les décharges et les zones d'habitat exposées doivent faire l'objet de contrôles réguliers. Mais prévenir signifie aussi agir avant la catastrophe c'est -à-dire cartographier les zones dangereuses, interdire certaines occupations, sécuriser les sites et accompagner les populations déplacées.
De Conakry à la frontière camerouno-centrafricaine, le même enseignement se dégage : un éboulement n'est presque jamais uniquement un phénomène naturel. Il devient une catastrophe humaine lorsque des populations vulnérables sont installées dans des espaces dangereux, lorsque les normes de sécurité sont insuffisantes et lorsque les signaux d'alerte ne sont pas pris en compte.
Les 31 morts de Dar-es-Salam doivent donc être plus qu'un bilan macabre. Ils devraient constituer un avertissement pour les autres grandes villes et zones minières africaines. Attendre l'effondrement pour agir, c'est souvent intervenir trop tard!