25/08/2026 lesakerfrancophone.fr  7min #324407

La guerre contre l'Iran. Perte de contrôle au Moyen-Orient

Par  Moon of Alabama - Le 24 aout 2026

Au moins une partie du monde de la politique étrangère américaine est arrivée à la conclusion que les États-Unis ont perdu leur rôle principal au Moyen-Orient. Il semble même y avoir peu d'appétit pour retrouver cette position.

Le but de cet article est de recenser ces voix.

Marc Lynch écrit dans Foreign Affairs :

 La fin du Moyen-Orient américain - l'Iran et le dernier souffle d'un Ordre raté - ( archivé) - Foreign Affairs - Septembre/octobre 2026
Le Moyen-Orient américain est terminé. L'ordre régional qui prévaut depuis 1991 a été l'une des nombreuses victimes de la guerre américano-israélienne contre l'Iran. L'échec américain et israélien à déloger le régime de Téhéran a prouvé la faillite de décennies de sanctions et de violence. L'incapacité des États-Unis à protéger leurs alliés du Golfe contre les attaques iraniennes ou à maintenir le détroit d'Ormuz ouvert a fatalement sapé l'accord de sécurité fondamental qui justifiait son réseau de bases militaires dans la région. Et la posture de plus en plus menaçante d'Israël et l'abandon de tout intérêt pour parvenir à un compromis avec les Palestiniens ont mis fin à la mission de Washington qui dure depuis des décennies de réunir ses alliés arabes et Israël dans un partenariat de sécurité durable.

Néanmoins, à la fin, March Lynch, étant un interventionniste libéral, plaide pour continuer à "répandre la démocratie" au nom des "droits de l'homme" au Moyen-Orient. C'est ce que prescrit l'instinct des "libéraux" du Parti démocrate. C'est la raison pour laquelle les Démocrates, s'ils reprenaient le pouvoir, soutiendraient probablement une prolongation de cette guerre contre l'Iran.

Dans The Atlantic, le néo-conservateur Robert Kagan réfléchit aux conséquences de la défaite américaine :

 L'Iran déchaîné - À partir de maintenant la puissance dominante au Moyen-Orient ne sera plus les États-Unis ou Israël mais l'Iran. ( archivé) - The Atlantic - 23 août 2026

Pendant des années, l'Iran a été confronté à un rapport de force au Moyen-Orient qui était contre lui. La région était dominée par une superpuissance américaine hostile, un Israël doté de l'arme nucléaire et militairement supérieur, et d'importants acteurs locaux - l'Égypte, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis - qui étaient stratégiquement et économiquement alignés sur les États-Unis.

Aujourd'hui, l'Iran se retrouve dans des circonstances entièrement nouvelles. Il s'est battu contre la superpuissance et Israël, a résisté à un martèlement de leurs armes les plus avancées et a plus que survécu. En conséquence, l'Iran a, avec l'aide américaine, complètement reconfiguré la structure du pouvoir au Moyen-Orient et dans le golfe Persique. La puissance dominante dans la région à l'avenir sera l'Iran, et non les États-Unis ou Israël. Les pays voisins s'adaptent déjà à cette nouvelle réalité. Des puissances plus éloignées le feront aussi. Pendant des années, le monde a eu affaire à un Iran contraint. Il va maintenant découvrir à quoi ressemble un Iran déchaîné.

Kagan dit que l'Iran n'a pas besoin d'un protocole d'entente, ni de tout autre accord avec les États-Unis. Il n'a même pas besoin d'armes nucléaires. Les sanctions contre l'Iran n'aideront pas :

Le contrôle iranien du détroit d'Ormuz est un instrument de puissance plus utile qu'une arme nucléaire ne le serait. Une arme nucléaire pourrait dissuader une attaque, mais le contrôle du détroit donne à l'Iran un levier quotidien, sur des dizaines de pays. Avec cela, l'Iran peut récompenser ses amis, punir ses ennemis, extraire des revenus, forcer l'assouplissement des sanctions et inciter les gouvernements à réfléchir à deux fois avant de s'opposer aux politiques iraniennes. Il peut faire tout cela sans tirer un coup de feu, et tout en préservant la capacité de menacer de violence si nécessaire.

La stratégie des sanctions qui a servi pendant des décennies à isoler l'Iran reposait sur la coopération internationale. Les nations qui dépendent de l'accès au détroit - le Japon et la Corée du Sud, par exemple - devront choisir entre l'accès à un approvisionnement énergétique fiable et la participation à des sanctions soutenues par les États-Unis. Choisiront-ils la solidarité avec Washington - ce Washington - plutôt que leurs intérêts économiques ? Dans le nouvel ordre que l'Iran est en train de créer, un régime de sanctions mondial risque d'être insoutenable.

Dans une tribune publiée dans le New York Times, Rosemary Kelanic, de Defense Priorities, présente un argument économique pour mettre fin au blocus contre l'Iran et le laisser percevoir les péages des navires passant par le détroit :

 Laissez l'Iran contrôler le détroit d'Hormuz - NY Times - 24 août 2026

Financièrement, les frais de transit sont une meilleure affaire pour les États-Unis et le monde qu'une semi-fermeture prolongée du détroit. Si l'impasse d'Ormuz provoque une flambée des prix du pétrole, les dommages économiques pourraient être graves, en particulier pour les États-Unis, dont l'économie est beaucoup plus intensive en pétrole que celles d'autres grandes puissances comme la Russie et la Chine.

...

Aussi embarrassantes que seraient les taxes d'Ormuz pour les États-Unis et pour M. Trump personnellement, la monétisation d'un passage sûr encouragerait l'Iran à laisser passer autant de navires que possible afin qu'il puisse percevoir plus de péages. Et si l'Iran dépend de plus en plus des revenus tirés de l'administration du détroit, sa fermeture à l'avenir pour des raisons politiques deviendrait plus difficile.

Le général McCaffrey (retraité.), un va-t-en-guerre qui avait ordonné le massacre de la Route de la mort pendant la guerre de 1991 contre l'Irak, déplore la nécessité d'une retraite américaine :

Barry R McCaffrey @mccaffreyr3 -  23:54 UTC · 22 août 2026

À mon avis, les forces armées américaines ont probablement définitivement perdu l'accès à 15 bases du golfe Persique. L'Iran est maintenant prêt à contrôler l'accès aux États du Golfe. Les États-Unis devront négocier un nouvel accès à l'ouest de l'Arabie saoudite, à Israël et au sud de l'Europe.

Le Financial Times demande en conséquence :

 Les vastes bases américaines du Golfe valent-elles la peine d'être reconstruites ? ( archivé) - FT - 24 août 2026

"Il n'y a pas beaucoup d'utilité à reconstruire certains de ces sites", a déclaré Nate Swanson, ancien directeur pour l'Iran au Conseil de sécurité nationale des États-Unis, qui a noté que la nécessité de financer la reconstruction d'installations autrement indésirables pourrait accélérer les tendances existantes. "Je serais très surpris s'il n'y avait pas un déplacement vers l'ouest".

Abandonner les bases signifie plus qu'un mouvement militaire. Cela implique une perte de contrôle :

"C'est une situation où les impératifs militaires et diplomatiques vont dans des directions opposées", a déclaré Brands de Johns Hopkins. "Vous devez combattre la perception que vous êtes en train de fuir"

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"La doctrine Carter semble s'être effondrée", a déclaré Gregory Brew, historien et analyste à l'Eurasia Group, ajoutant qu'il y avait un sentiment que Washington avait bouclé la boucle. "La Révolution islamique a engendré la doctrine Carter, et c'est la guerre contre l'Iran qui l'a fait s'effondrer", a-t-il ajouté.

La doctrine Carter, qui menaçait d'utiliser la force américaine pour contrôler le golfe Persique, était une réponse à l'invasion soviétique de l'Afghanistan. Le danger qu'elle était censé combattre n'existe bien sûr plus.

La "menace chinoise" est trop vague pour justifier les coûts extrêmement élevés de sa relance.

Il est donc probable que les États-Unis, probablement après quelques escarmouches supplémentaires, soient contraints de battre en retraite.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

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