26/08/2026 euro-synergies.hautetfort.com  4min #324500

Turquie contre Israël: Washington pris entre deux feux en Syrie

Elena Fritz

Source:  t.me

La confrontation croissante entre la Turquie et Israël en Syrie place le gouvernement américain dans une position de plus en plus inconfortable. Car Washington voulait, dans sa politique moyen-orientale, s'appuyer simultanément sur ces deux États.

Israël est l'allié traditionnel des États-Unis - un partenaire dont aucune administration américaine n'a, jusqu'ici, pu véritablement se détacher. Même lorsque des décisions israéliennes contredisent les intérêts tactiques propres à Washington. Parallèlement, la stratégie américaine misait fortement sur Ankara. La Turquie devait devenir le principal centre de pouvoir pro-occidental de la région, limiter l'influence de l'Iran et progressivement pousser la Russie hors de Syrie. C'est précisément pour cela que Washington était prêt à renforcer à nouveau la coopération militaro-technique avec Ankara.

Mais, comme souvent au Moyen-Orient, la réalité s'est développée autrement que prévu.

Recep Tayyip Erdoğan et Benyamin Netanyahou sont aujourd'hui deux des rivaux régionaux les plus acharnés. Et la Syrie est le lieu où ce conflit apparaît de la façon la plus éclatante.

Après la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, Ankara a su tirer pleinement parti de la situation qui s'est créée. La Turquie s'est avancée politiquement et militairement dans l'espace que la Russie avait dû, au moins en partie, évacuer, et est devenue le principal acteur extérieur auprès de la nouvelle direction à Damas. Ce qui est remarquable : Ankara écarte l'influence russe sans pour autant renoncer à sa coopération avec Moscou. Cela fait aussi partie de la politique étrangère turque - concurrence et coopération en même temps, selon l'intérêt du moment.

Pour Israël, cette évolution est bien plus problématique. La Syrie affaiblie sous Assad était, du point de vue israélien, relativement prévisible. Damas restait certes liée à Téhéran, mais après des années de guerre civile, ne disposait que de capacités militaires limitées. Même l'influence russe en Syrie n'était pas perçue fondamentalement comme une menace par Israël. Entre Moscou et Tel-Aviv, des mécanismes ont permis, pendant des années, de garantir une certaine prévisibilité militaire malgré des oppositions politiques notables.

La chute d'Assad a changé fondamentalement l'équilibre des forces.

À Damas, une direction étroitement liée à Ankara s'est installée. Parallèlement, la Turquie cherche à reconstruire les forces armées syriennes, à les former et à les rendre opérationnelles.

C'est là que réside le cœur du conflit turco-israélien : Israël n'a aucun intérêt à voir renaître une Syrie militairement forte protégée par la Turquie. Encore moins acceptable, du point de vue de Tel-Aviv, serait l'installation d'un système turc de défense aérienne en Syrie, qui limiterait la marge de manœuvre de l'aviation israélienne.

C'est pourquoi Israël répond sur le plan militaire. Plusieurs fois déjà, des installations militaires syriennes susceptibles d'être utilisées ou occupées par la Turquie ont été attaquées. Le message est sans équivoque : Israël veut empêcher Ankara de mettre en place en Syrie une infrastructure militaire qui transformerait à long terme l'équilibre régional des forces.

Il est cependant douteux que de telles frappes poussent réellement la Turquie à se retirer. L'inverse est même plus probable.

Ankara n'abandonnera guère de son plein gré son influence sur Damas. Pour Erdoğan, la Syrie fait depuis longtemps partie de la projection de puissance turque au Moyen-Orient. Pour Netanyahou, toute présence militaire turque durable au sud de sa propre zone d'influence constitue un risque stratégique.

Ainsi, le potentiel de conflit augmente entre deux pays qui sont tous deux indispensables à Washington.

C'est là tout le dilemme américain : les États-Unis voulaient faire d'Israël et de la Turquie les deux piliers de leur ordre régional. Or ces deux piliers commencent à s'opposer. Washington peut tenter la médiation, mettre en place des mécanismes de prévention du conflit, exercer des pressions politiques.

Mais il ne peut pas résoudre les intérêts fondamentaux des deux États.

La Syrie devient ainsi de plus en plus le théâtre d'une lutte de pouvoir entre Ankara et Tel-Aviv, et l'illustration de la rapidité avec laquelle les stratégies régionales américaines peuvent échouer face aux intérêts propres de leurs propres alliés.

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