26/08/2026 reseauinternational.net  16min #324511

Quand Bruxelles instrumentalise l'histoire pour servir ses guerres

par Phil Broq

Il arrive un moment où les discours sur les "valeurs européennes" doivent être confrontés à leurs propres contradictions. L'Union européenne se présente comme une sentinelle inflexible face au nazisme, au fascisme, à l'antisémitisme et au révisionnisme historique. Elle invoque la mémoire de la Shoah, condamne la glorification des collaborateurs et prétend défendre une Europe définitivement vaccinée contre les démons de son passé. Mais que valent ces principes lorsqu'ils se heurtent aux intérêts géopolitiques de Bruxelles et de ses alliés ?

C'est cette contradiction qu'il faut avoir le courage de regarder en face. Car l'Histoire ne devrait pas changer de sens selon celui que l'on désigne comme ennemi ou comme allié. On ne peut pas exiger une vigilance absolue contre la réhabilitation du nazisme ici, tout en fermant les yeux ailleurs lorsque certains symboles, figures ou héritages historiques deviennent politiquement embarrassants. On ne peut pas non plus réécrire la Seconde Guerre mondiale au gré des rapports de force actuels, effacer le rôle décisif du front de l'Est et transformer la mémoire en instrument de légitimation politique.

La question n'est donc pas de savoir qui mérite aujourd'hui les bons ou les mauvais points de Bruxelles. Elle est beaucoup plus dérangeante : que reste-t-il de la vérité historique lorsque la géopolitique décide de ce qu'il faut rappeler, de ce qu'il faut condamner et de ce qu'il vaut mieux taire ? C'est à cette question, bien moins confortable que les slogans officiels, que les pages qui suivent tentent de répondre. Car pour comprendre il faut poser la question que les institutions européennes préfèrent soigneusement contourner visant à savoir combien vaut réellement leur prétendue lutte contre le nazisme lorsqu'elle entre en collision avec leurs intérêts géopolitiques en Ukraine ?

Depuis des années, l'Union européenne proclame que le nazisme, l'antisémitisme, le fascisme et la glorification de leurs collaborateurs constituent des lignes rouges absolues. Elle affirme vouloir préserver la mémoire de la Shoah, combattre le révisionnisme historique et empêcher toute résurgence des idéologies totalitaires. Très bien. Mais alors pourquoi cette exigence de vigilance semble-t-elle devenir remarquablement flexible lorsqu'il s'agit de l'Ukraine ?

La question n'est pas de prétendre que l'Ukraine serait un "État nazi" - formule simpliste qui ne résiste pas à l'examen. La question est de savoir pourquoi l'existence, la glorification ou la réhabilitation de courants nationalistes ukrainiens ayant entretenu des rapports avec l'Allemagne nazie et ayant participé à des violences de masse ne semble-t-elle pas provoquer la même indignation institutionnelle que d'autres manifestations de l'extrême droite européenne ? La mémoire du nazisme ne peut pas être à géométrie variable.

L'UE elle-même affirme pourtant que la glorification des collaborateurs nazis constitue une menace pour les valeurs européennes. Dans sa résolution de 2019 sur la mémoire européenne, le Parlement européen condamnait explicitement le révisionnisme historique et la glorification de collaborateurs nazis dans certains États membres. Alors il faut appliquer ce principe sans exception. Pas seulement lorsque cela permet de condamner Moscou. Pas seulement lorsque cela sert un récit géopolitique. Pas seulement lorsque les victimes correspondent au récit politique du moment.

Avant de réécrire l'Histoire, souvenez-vous de Stalingrad

Il faudrait peut-être que certains dirigeants européens, et particulièrement ceux qui prétendent parler au nom de la France, rouvrent leurs livres d'histoire. Car avant de transformer la Russie d'aujourd'hui en incarnation éternelle du mal et de réécrire la mémoire européenne au gré des intérêts géopolitiques du moment, il serait utile de se souvenir de qui a porté le poids principal de la guerre contre Hitler.

Sans l'immense sacrifice soviétique, l'histoire de l'Europe aurait probablement été radicalement différente. Ce ne sont pas des slogans russes mais des faits avérés que le front de l'Est fut le théâtre décisif de la Seconde Guerre mondiale. L'Armée rouge y affronta l'essentiel de la puissance militaire allemande et finit par entrer dans Berlin. L'USHMM rappelle elle-même que les pertes allemandes sur le front de l'Est ont contribué à rendre le Reich vulnérable aux offensives alliées à l'Ouest.

Alors oui, les Américains, les Britanniques, les Canadiens, les Français et les résistants ont aussi joué un rôle essentiel dans la défaite du nazisme. Le débarquement de Normandie et celui de Provence ont été indispensables à la libération de la France. Le nier serait aussi absurde que de nier le rôle soviétique. Mais transformer le débarquement de 1944 en récit commode dans lequel l'Occident aurait, presque à lui seul, vaincu Hitler relève d'une falsification historique.

La Wehrmacht ne s'est pas brisée uniquement sur les plages de Normandie. Elle s'était déjà saignée à blanc sur les plaines soviétiques. À Stalingrad. À Koursk. À Bagration. La longue marche de l'Armée rouge vers Berlin fut le salut de l'Europe. Voilà aussi l'histoire de la victoire sur le nazisme. Et cette histoire a été payée par des millions de morts soviétiques.

La France elle-même en a conscience dans sa propre mémoire militaire lorsque le général de Gaulle avait envoyé le groupe de chasse Normandie combattre aux côtés des Soviétiques. Le régiment Normandie-Niémen a combattu sur le front de l'Est jusqu'à la chute du Reich. Alors quand certains responsables européens donnent aujourd'hui des leçons de mémoire au monde entier, une question élémentaire mérite d'être posée pour savoir que serait devenue l'Europe si l'Armée rouge n'avait pas écrasé le gros de la machine de guerre hitlérienne ? Et pour la France, une autre question est encore plus brutale puisque sans la défaite de l'Allemagne nazie à l'Est, aurait-elle seulement pu être libérée à l'Ouest ? Et cessons également de raconter l'Histoire comme si nos "alliés" occidentaux avaient débarqué en France uniquement par pure philanthropie démocratique.

Et l'AMGOT ?

L'AMGOT - Allied Military Government of Occupied Territories - n'était pas une invention de propagande soviétique. Les Alliés avaient bel et bien préparé des structures d'administration militaire pour les territoires libérés ou occupés. En France, les plans alliés envisageaient initialement une intervention très substantielle de l'administration militaire dans les affaires civiles. Roosevelt avait même donné à Eisenhower des pouvoirs considérables concernant l'administration civile française. Il fallut notamment la détermination de De Gaulle et l'installation du Gouvernement provisoire de la République française pour que la France échappe à une mise sous tutelle politique durable. Les États-Unis et le Royaume-Uni finirent par reconnaître officiellement le Gouvernement provisoire français en octobre 1944.

Alors non, il ne faut pas réécrire l'Histoire en prétendant que Washington et Londres avaient exactement le même projet qu'Hitler. Mais il ne faut pas davantage transformer nos alliés d'hier en saints désintéressés. Les États n'ont pas d'amis éternels, ils ont des intérêts.

Et si la France n'avait pas réussi à rétablir suffisamment vite sa propre autorité politique, la Libération aurait pu s'accompagner d'une tutelle alliée autrement plus lourde. C'est précisément ce que révèle le dossier AMGOT puisque derrière la rhétorique de la libération existait aussi la question très concrète de savoir qui gouvernerait la France une fois les Allemands chassés. Voilà pourquoi la phrase "nos alliés nous ont libérés" ne doit jamais devenir "nos alliés nous auraient nécessairement laissé décider de notre avenir".

Et surtout, il faut arrêter cette hypocrisie historique qui consiste aujourd'hui à présenter l'Occident comme le seul dépositaire de la victoire contre Hitler. Sans l'Armée rouge, sans Stalingrad, sans Koursk, sans Bagration, sans les millions de Soviétiques morts dans cette guerre, le débarquement de Normandie n'aurait pas eu lieu dans les mêmes conditions et peut-être pas du tout. Les archives américaines elles-mêmes rappellent que Staline réclamait depuis longtemps l'ouverture d'un second front afin de soulager la pression militaire allemande exercée contre l'Union soviétique. La vérité est donc beaucoup moins confortable que le roman héroïque aujourd'hui servi aux Européens.

L'Armée rouge a écrasé le cœur militaire du Reich. Les Anglo-Américains ont ouvert le front occidental. Les Français libres et la Résistance ont participé à la libération nationale. Et tous ces éléments ont contribué à la chute d'Hitler. C'est cela, l'Histoire et pas une compétition destinée à déterminer quel peuple ne peut s'attribuer seul la victoire. Et certainement pas une histoire que l'on peut réécrire aujourd'hui pour transformer la Russie contemporaine en incarnation éternelle du communisme tout en oubliant que les soldats soviétiques ont payé de leur sang une part immense de la victoire sur Hitler.

On ne peut pas condamner Poutine sans insulter les morts soviétiques. En revanche, on peut condamner l'invasion de l'Ukraine sans falsifier 1941-1945. On peut être reconnaissant envers les Américains et les Britanniques sans effacer les sacrifices Russes. Et l'on peut honorer le Débarquement sans transformer la Normandie en acte fondateur exclusif de la victoire contre Hitler. Car la France devrait se souvenir d'une chose avant de donner des leçons d'histoire au monde. C'est que la Libération ne fut pas un cadeau américain. Ce fut une victoire collective, obtenue au prix d'un sacrifice gigantesque et dont le front de l'Est fut le principal tombeau.

Alors avant de réécrire cette histoire au gré des intérêts de Bruxelles, de Washington ou de Paris, souvenons-nous de ceux qui sont morts pour la rendre possible. Les morts n'ont pas changé de camp simplement parce que la géopolitique, elle, a changé. Voilà pourquoi la réécriture actuelle de l'histoire est si dangereuse.

Parce qu'à force de transformer la Russie en ennemi historique absolu, certains finissent par vouloir effacer jusqu'au souvenir de la Russie soviétique qui a contribué de manière déterminante à la destruction du IIIe Reich. On peut condamner Staline. On peut condamner les crimes du régime soviétique. Mais on ne peut pas condamner rétrospectivement les morts soviétiques de 1941-1945 parce que leurs descendants ne correspondent plus à la géopolitique de Bruxelles ou de Paris. Les morts n'ont pas changé de camp. L'histoire, elle, ne devrait pas non plus.

Le sacrifice soviétique ne peut pas être effacé parce que Moscou est aujourd'hui l'adversaire de Washington, de Bruxelles ou de Paris. Alors, avant de donner des leçons d'histoire à la Russie, peut-être faudrait-il commencer par respecter l'Histoire elle-même. Parce que sans les hommes et les femmes qui ont combattu l'Allemagne nazie sur le front de l'Est, l'Europe aurait peut-être bien eu une autre langue officielle aujourd'hui. Et la France, avant de l'oublier, devrait se souvenir de ce que signifie réellement le mot "Libération". L'histoire ne peut pas être sacrée à Bruxelles, Londres ou Paris lorsqu'elle concerne certains crimes et secondaire lorsqu'elle concerne des alliés. C'est précisément là que le parallèle avec Israël devient politiquement explosif.

Une mémoire à géométrie variable

La mémoire de la Shoah est une réalité historique incontestable. Et de toute façon, c'est la loi qui nous y oblige. Les victimes juives du nazisme ne sont pas une abstraction politique et leur extermination ne peut être relativisée sous aucun prétexte. Mais la mémoire d'un crime ne peut pas devenir un bouclier permanent permettant d'échapper à toute critique de la politique d'un faux État fanatisé se livrant impunément à une épuration ethnique, un génocide ignoble et une agression perpétuelle de ses voisins comme de tous les pays le dénonçant.

Dire cela n'est ni nier la Shoah, ni excuser l'antisémitisme. C'est au contraire refuser qu'une tragédie historique soit transformée en monnaie politique. Et Israël doit être jugé sur ses actes contemporains. C'est d'autant plus important que la Cour internationale de Justice a pris des mesures conservatoires dans l'affaire opposant l'Afrique du Sud à Israël au titre de la Convention sur le génocide, tandis que des institutions européennes ont elles-mêmes reconnu la gravité de la situation à Gaza et formulé des critiques concernant les actions israéliennes.

Les dirigeants européens ont le cynisme de se présenter en gardiens de la mémoire de la Shoah et du sacro-saint "plus jamais ça !", tout en détournant le regard lorsque les victimes sont palestiniennes. Et qu'on ne vienne pas prétendre que l'accusation de génocide serait l'élucubration de quelques militants : Omer Bartov, historien israélien, ancien soldat de Tsahal et spécialiste internationalement reconnu de la Shoah et des génocides, affirme lui-même que le seuil du génocide a été franchi à Gaza. Il avait d'abord refusé cette qualification en 2023 avant de changer de position face à l'évolution des faits.

Alors, où sont passés vos grands principes, messieurs les dirigeants européens ? Votre "plus jamais ça" n'est donc qu'un slogan à géométrie variable, hurlé lorsqu'il sert vos intérêts et murmuré lorsqu'il condamne les agissements d'un allié ? Vous brandissez la Shoah comme un impératif moral absolu, puis vous trouvez mille précautions sémantiques dès qu'il faudrait appliquer cet impératif aux Palestiniens. Vous condamnez toute instrumentalisation de l'Holocauste, mais vous semblez parfaitement disposés à tolérer son instrumentalisation politique lorsqu'elle sert à protéger un partenaire stratégique. C'est une faillite morale. Et le "plus jamais ça !" ne peut décemment signifier : "plus jamais ça pour nous, mais fermez les yeux lorsque cela arrive aux autres". À force de piétiner vos propres principes pour préserver vos alliances, vous ne défendez ni la mémoire de la Shoah, ni les droits humains. Vous les prostituez au service de votre politique étrangère.

Quand les principes européens s'arrêtent aux portes de la géopolitique

Lorsqu'il s'agit de la Russie, l'Europe mobilise l'histoire, les crimes du passé, les symboles, les responsabilités collectives et la nécessité de combattre toute forme de réhabilitation du totalitarisme communiste. Lorsqu'il s'agit d'Israël, la mémoire de la Shoah est systématiquement mobilisée dans le débat public d'une manière qui tend à rendre moralement suspecte toute critique radicale de la politique israélienne. Et lorsqu'il s'agit de l'Ukraine, la question des courants nationalistes historiques nazis est trop souvent reléguée derrière l'impératif géopolitique du soutien à Kiev. Voilà donc le véritable scandale lorsque la mémoire devient variable selon les circonstances.

Les faits sont suffisamment embarrassants sans avoir besoin d'en inventer. L'Ukraine possède une histoire complexe où se croisent résistance à l'occupation soviétique, nationalisme radical, collaboration avec l'Allemagne nazie, violences interethniques, résistance armée et lutte anticommuniste. Certaines organisations comme l'OUN et l'UPA restent aujourd'hui au cœur de batailles mémorielles particulièrement sensibles. Et même au sein de l'Europe, cette question n'est pas réglée. D'ailleurs en juillet 2026, certains parlementaires européens ont critiqué Volodymyr Zelensky pour avoir donné à une unité militaire le nom d'une formation associée à l'UPA, jugeant cette décision contraire aux sensibilités européennes.

Cela suffit à démontrer que le problème existe. Et s'il existe, il doit être traité avec la même rigueur que partout ailleurs. Pas question de relativiser le nazisme. Pas question davantage de relativiser les crimes commis au nom de l'anticommunisme. Pas question de blanchir les collaborateurs parce qu'ils ont combattu Staline. Comme il n'est pas question non plus de transformer la mémoire de la Shoah en instrument d'immunité politique. Une victime reste une victime. Un criminel reste un criminel. Un collaborateur reste un collaborateur. Et un dirigeant contemporain reste responsable de ses actes contemporains. Voilà le principe que l'Europe devrait défendre.

Sinon, ses grandes déclarations sur la mémoire, l'antisémitisme, le fascisme et les droits humains ne seront plus qu'un décor moral posé sur une politique de puissance. Et c'est précisément cette contradiction qu'il faut avoir le courage de regarder en face. Car si l'Europe prétend réellement combattre le nazisme, qu'elle le combatte partout, sans exception et sans alliés privilégiés. Si elle prétend défendre la mémoire de la Shoah, qu'elle la respecte au lieu de l'instrumentaliser au gré des intérêts du moment. Et si elle prétend défendre les droits humains, qu'elle cesse de choisir ses victimes en fonction de ses alliances géopolitiques.

La mémoire n'est pas un uniforme que l'on enfile contre ses ennemis et que l'on retire lorsqu'elle devient gênante pour ses amis. Le nazisme ne devient pas moins abject lorsqu'il se dissimule derrière l'anticommunisme, le nationalisme ou la rhétorique de la "liberté". Une victime ne devient pas moins digne de compassion parce qu'elle se trouve du mauvais côté du récit officiel. Et un crime ne devient pas acceptable parce que son auteur est utile à la stratégie du moment.

Ce qui est en cause, au fond, c'est une dérive beaucoup plus profonde puisque une grande partie de la classe dirigeante européenne (notamment les Young leaders) semble avoir accepté que la mémoire historique soit subordonnée aux intérêts géopolitiques du moment. Et à force d'aligner sa politique étrangère sur Washington, l'Europe finit par adopter ses récits, ses priorités et parfois même ses angles morts. Et lorsque des dirigeants européens transforment cette dépendance stratégique en vertu morale, ils ne défendent plus véritablement une mémoire européenne mais ils contribuent à fabriquer un récit politique conforme aux intérêts du bloc auquel ils ont choisi de s'adosser.

Le plus grave est alors que certains responsables ne se contentent plus de pratiquer ce révisionnisme historique, ils l'assument, le revendiquent et prétendent donner des leçons de morale au reste du monde. C'est là que l'indignation devient légitime. Car réécrire l'histoire pour justifier la politique du présent est déjà une faute. S'en vanter tout en prétendant défendre la vérité historique relève de la farce. Une Europe qui se veut souveraine devrait être capable de regarder son propre passé sans demander à Washington quelle mémoire elle doit conserver, quels héros elle doit célébrer et quels crimes elle doit condamner. Sinon, derrière les grands discours sur les "valeurs européennes", il ne reste qu'une politique étrangère sous influence et une mémoire à géométrie variable. Et lorsqu'une puissance politique impose son récit en fonction de ses alliances, ce n'est plus l'Histoire qui éclaire la politique mais bien la politique qui réécrit l'Histoire.

Une mémoire véritablement universelle ne connaît ni passe-droit, ni allié intouchable, ni victime sacrifiée sur l'autel de la géopolitique. Sinon, ce n'est plus de la mémoire. Ce n'est plus de la morale. Ce n'est même plus de la défense des droits humains. C'est de la propagande. Et, au mieux, de la politique de bas étage habillée en vertu. Derrière les grands discours sur les "valeurs", la démocratie et la mémoire, apparaît surtout une classe dirigeante occidentale à bout de souffle, terrifiée à l'idée de perdre ses privilèges, son influence et les mécanismes de pouvoir dont elle dépend. Des dirigeants qui prétendent écrire l'Histoire alors qu'ils ne font bien souvent que suivre les rapports de force qui les dépassent.

Leur paradoxe est aussi leur faiblesse puisqu'ils se rêvent puissants, mais ne sont que les gestionnaires d'un système qu'ils ne maîtrisent plus. Ils agitent les peurs, désignent des ennemis, sélectionnent les mémoires et travestissent leurs renoncements en courage politique. À force de vouloir sauver leur monde, ils prennent le risque de précipiter sa chute.

L'Histoire finira pourtant par les juger, non sur leurs discours, mais sur leurs actes. Et elle pourrait retenir ceci au moment où l'Europe aurait dû défendre son indépendance, sa mémoire et ses principes avec la même exigence pour tous, ses dirigeants ont préféré l'alignement, les intérêts de court terme et la préservation de leurs positions. Ils auront peut-être conservé leurs privilèges mais ils auront alors perdu ce qui donnait encore un sens à leur prétention de gouverner. C'est à dire la crédibilité, la cohérence et surtout le courage.

 Phil Broq

source :  Le Blog de l'éveillé

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