Par Olivier Pironet
L'idée d'une "OTAN arabe" a refait surface avec le pacte de défense signé le 7 août 2026 entre l'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan. Présenté comme l'équivalent de l'article 5 de l'OTAN, cet accord symbolise une quête d'autonomie stratégique face aux limites du parapluie américain, mises en lumière par les récents conflits régionaux. Pourtant, rivalités historiques, disparités militaires et dépendances externes fragilisent ce projet, relancé à chaque crise, mais jamais concrétisé. Entre aspirations à l'unité et divisions persistantes, l'alliance arabe reste un mirage stratégique.
Le 7 août 2026, lors du sommet tripartite organisé à La Mecque, l'Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie ont signé un pacte de défense mutuelle d'une portée inédite - du moins sur le plan symbolique - à l'échelle régionale. Baptisé " accord de défense conjointe de La Mecque", ce texte stipule qu'une intervention armée contre l'un des trois signataires sera considérée comme une attaque contre les deux autres. " Techniquement identique" à l'article 5 de l'OTAN (1), selon le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, ce pacte s'inscrit dans une longue série de tentatives destinées à créer une alliance stratégique et sécuritaire réunissant des pays arabo-musulmans, sur le modèle de l'OTAN occidentale.
L'idée d'une organisation militaire régionale, parfois comparée à une "OTAN arabe" (ou "arabo-islamique"), sous supervision américaine, a été mise en avant par le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi lors du sommet de la Ligue arabe en mars 2015. Mais elle est restée sans effet, faute de financement des pays du Golfe. Elle a été relancée par Le Caire lors de la réunion arabo-islamique d'urgence tenue à Doha (Qatar), le 15 septembre 2025, à la suite des frappes israéliennes sur les bureaux du Hamas dans la capitale qatarie, le 9 septembre précédent, qui constituèrent un choc majeur : pour la première fois, un État hébergeant une importante base des États-Unis (Al-Ubeid) était bombardé directement par Tel-Aviv.
L'Égypte propose alors la création d'une union de troupes des 22 pays de la Ligue arabe, au moyen de dispositifs mutualisés, d'une gouvernance alternée et de réunions de consultations pour le recours aux troupes armées. Ce projet d'une force arabe commune témoigne d'une quête d'autonomie stratégique devant les limites du parapluie américain dans le Golfe, mises en lumière lors des attaques iraniennes, mais il traduit aussi la volonté de faire contrepoids aux ambitions hégémoniques d'Israël. Pour autant, les disparités militaires et financières, les rivalités idéologiques ainsi que les dépendances externes rendent difficile à mettre en œuvre ce dispositif de défense régionale.