Komla YAWO
L'annonce de la visite officielle du président chinois Xi Jinping en Égypte marque une étape charnière dans les relations sino-égyptiennes. Ce déplacement, le premier du dirigeant chinois au Caire depuis 2016, survient alors que les deux nations célèbrent 70 ans de liens diplomatiques. L'Égypte ayant été le premier pays arabe et africain à reconnaître la République populaire de Chine en 1956, cette rencontre va bien au-delà de la simple commémoration. Elle s'inscrit dans le cadre du renforcement du partenariat stratégique global et de la mise en œuvre de leur feuille de route commune pour la période 2024-2028.
Un verrou économique indispensable sur les Nouvelles routes de la soieSur le plan économique, la coopération entre Pékin et Le Caire repose sur une complémentarité évidente. Située à la jonction de l'Afrique et du Moyen-Orient, l'Égypte constitue un maillon central de l'initiative chinoise des Nouvelles routes de la soie (Belt and Road Initiative), notamment grâce au contrôle du canal de Suez. Pour la Chine, investir dans les infrastructures égyptiennes, qu'il s'agisse de la nouvelle capitale administrative ou des zones industrielles, permet de sécuriser ses corridors commerciaux vers l'Europe et le continent africain.
Pour Le Caire, confronté à d'importants défis économiques et à un besoin urgent de devises, l'apport chinois est vital. Ce partenariat offre un accès privilégié aux transferts de technologies et stimule les investissements directs étrangers. L'essor continu des échanges commerciaux, illustré par les récents contrats d'exportation de produits agricoles, textiles et miniers vers le marché chinois, confirme cette dynamique d'intégration économique.
L'axe Pékin-Le Caire au sein des BRICS et du Sud GlobalAu-delà des flux commerciaux, ce déplacement concrétise une convergence politique forte dans le nouvel échiquier multilatéral. L'intégration récente de l'Égypte au bloc des BRICS, activement soutenue par Pékin, a accéléré le rapprochement des deux capitales.
Pékin cherche à structurer le "Sud Global" pour contrebalancer l'influence des puissances occidentales dans les instances internationales. En consolidant son alliance avec Le Caire, la Chine s'assure un relais diplomatique majeur auprès des pays arabes et africains. Pour le président Abdel Fattah al-Sissi, ce partenariat privilégié avec la deuxième économie mondiale permet de diversifier ses alliances stratégiques et d'affirmer l'autonomie diplomatique de l'Égypte.
Une concertation face aux crises du Moyen-Orient et de l'AfriqueCette visite s'articule enfin autour d'un contexte sécuritaire régional sous haute tension. Les discussions entre les deux chefs d'État porteront sur des dossiers brûlants tels que la situation à Gaza, le conflit au Soudan, la stabilité de la Libye ou les tensions dans la Corne de l'Afrique.
Historiquement concentrée sur ses intérêts économiques, la Chine affiche désormais la volonté de peser sur la scène politique internationale. En concertation étroite avec l'Égypte, acteur incontournable des médiations régionales, Pékin entend renforcer sa stature de puissance médiatrice et promouvoir des solutions politiques durables, indispensables à la stabilité du commerce mondial.
Cette rencontre entre Xi Jinping et Abdel Fattah al-Sissi s'annonce ainsi comme un moment fort de la diplomatie internationale, jetant les bases d'une coopération renforcée pour les années à venir.
