27/08/2026 reseauinternational.net  5min #324635

Draghi hors de contrôle, von der Leyen inquiète face à l'émancipation de son « golden boy »

par Alexandre Lemoine

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen redoute les initiatives autonomes de Mario Draghi, qui a commencé à élaborer des réformes économiques en contournant les institutions officielles de Bruxelles.

La Commission européenne s'inquiète de voir l'ancien président de la Banque centrale européenne Mario Draghi, que la présidente de la Commission Ursula von der Leyen avait sollicité pour élaborer un programme de renforcement de la compétitivité de l'UE, agir de manière indépendante vis-à-vis de Bruxelles et potentiellement échapper à tout contrôle.

L'ancien premier ministre italien et ex-président de la BCE Mario Draghi  avait constaté dans un rapport préparé pour la présidente de la Commission que le marché de l'énergie de l'Union européenne, contrairement aux déclarations optimistes de la Commission sur le dépassement de la crise énergétique et le remplacement des sources d'énergie russes, se heurte à des problèmes fondamentaux, à une pénurie de ressources naturelles et que les prix du gaz naturel dans l'UE sont quatre à cinq fois supérieurs à ceux pratiqués aux États-Unis.

Il a également critiqué le Pacte vert de von der Leyen et déclaré que si la politique actuelle de la Commission se maintenait, l'Union européenne ne serait en mesure de rivaliser ni avec les États-Unis ni avec la Chine.

"La Commission européenne commence à se poser une question embarrassante : et si son"golden boy"Mario Draghi échappait à tout contrôle ? Les hauts fonctionnaires ont le sentiment que la lune de miel dans cette relation est depuis longtemps terminée",  relève le média Politico.

Ce qui a suscité ces inquiétudes, c'est  la participation de l'ancien premier ministre italien au nouveau Rhine Group, une initiative indépendante réunissant  54 dirigeants d'entreprises, économistes, universitaires et entrepreneurs technologiques, en vue d'élaborer des réformes économiques indépendamment des institutions européennes.

Selon le média, l'apparition de cette initiative a pris la Commission européenne par surprise, "bien que von der Leyen ait parlé avec Draghi il y a seulement un mois".

"Imprévisible", c'est ainsi qu'un responsable de la Commission européenne a qualifié Draghi dans un échange avec Politico.

Comme le rapporte le média, von der Leyen avait auparavant utilisé l'autorité de Draghi et son rapport sur la compétitivité de l'UE pour promouvoir ses propres objectifs : accroître les investissements, approfondir l'intégration des économies européennes et transférer certaines compétences nationales au niveau de l'Union européenne.

Cependant, la structure créée avec la participation de Draghi acquiert désormais la capacité de promouvoir ses propres réformes indépendamment de la Commission européenne, tout en attirant davantage l'attention sur les erreurs de la politique de von der Leyen.

Un haut fonctionnaire de l'UE a qualifié la situation de "franchement embarrassante", estimant que Draghi s'éloigne de la Commission européenne et de sa présidente.

Un autre interlocuteur du média a supposé que l'ancien président de la BCE pourrait être déçu par la mise en œuvre de ses propres propositions par la présidente de la Commission. Il a également rappelé que von der Leyen avait utilisé le rapport Draghi et son prestige pour obtenir un soutien au Parlement européen, qualifiant la feuille de route fondée sur ses propositions d'"Étoile polaire" de la compétitivité européenne et créant un groupe de travail spécial pour sa mise en œuvre.

"Et huit mois plus tard, c'est un bureaucrate allemand, Heinz Jansen, dépourvu de toute influence, qui a été placé à la tête de ce travail... et tout l'élan s'est évaporé... Bien sûr, Draghi peut être déçu", a ajouté la source de Politico.

Par ailleurs, l'un des initiateurs du Rhine Group, le professeur de l'Institut universitaire européen Nicolas Petit, a déclaré à Politico que le groupe chercherait "d'autres moyens d'obtenir des résultats", y compris par la coopération entre pays individuels prêts à avancer sans attendre les autres membres de l'UE ou un changement de cap de la Commission européenne.

En février, Draghi a parlé d' une détérioration notable de la situation économique en Europe. Il a lancé cet avertissement lors d'un sommet informel de l'Union européenne à Bruxelles, soulignant que depuis la présentation de son rapport sur la compétitivité, la situation de l'économie européenne s'est compliquée davantage et exige des décisions urgentes. Il a appelé les participants du sommet à lever au plus vite les barrières au sein du marché unique, à élaborer des mesures pour réduire les prix de l'énergie et à recourir à la coopération renforcée afin d'ouvrir la voie à d'éventuelles réformes et changements.

Les pays de l'Union européenne avaient également envisagé sa candidature au poste de représentant spécial pour les négociations avec la Russie.

source :  Observateur Continental

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