par Alfredo Jalife-Rahme
Alfredo Jalife-Rahme relève, comme Tucker Carlson et Stephen Walt l'échec militaire - et bientôt économique - des États-Unis face à l'Iran. Selon tous ces experts, c'est le moment de l'épuisement de l'ancienne super-puissance.
Désormais, Washington n'est plus qu'une puissance moyenne, comme le Royaume-Uni et la France. Il espère juste être encore accepté dans la gouvernance tripolaire du monde.
Le professeur Stephen Walt, invité de Tucker Carlson
Tucker Carlson, qui attire une audience inégalée à la télévision US, a commencé son entretien, qui a duré 1 heure et 46 minutes [1] avec le chercheur en relations internationales de Harvard Stephen Walt, en disant : "les États-Unis se sont rendus (sic) face à l'Iran il y a déjà quelques mois, mais que la guerre continue [2]". Stephen Walt appartient à l'école néoréaliste en relations internationales et c'est un critique farouche de l'interventionnisme états-unien. Il est surtout connu pour avoir coécrit, avec son collègue John Mearsheimer de l'Université de Chicago, leur célèbre ouvrage Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine (2007).
Walt soutient que le monde est devenu plus dangereux à la suite des guerres US contre l'Iran et du soutien à l'Ukraine contre la Russie : "Je pense que cela va plonger le monde dans une situation plus précaire, et pour des raisons qui englobent plus que ces seuls conflits, et qui seront durables. Je veux dire que la relation avec la Russie ne s'améliorera pas avant un certain temps, même si la guerre se termine officiellement. Il y a beaucoup de méfiance des deux côtés, et cela va poser problème. La Chine continuera d'accroître sa puissance militaire. Elle continuera de croître économiquement. Elle continuera à rivaliser avec les États-Unis et d'autres pays pour accroître son influence à travers le monde. Cela va donc être une source de tension."
Après avoir durement critiqué les Émirats arabes unis pour "leur rôle dans la guerre civile soudanaise" et pour "avoir participé à l'alimentation de conflits dans divers autres endroits", il aborde le nouvel ordre tripolaire, bien installé malgré l'instabilité actuelle : "nous avons affaire à un monde tripolaire avec la Russie, la Chine et les États-Unis comme les trois grandes puissances, mais il subsiste quelques tensions non résolues entre eux ; je pense qu'il y aura aussi des inquiétudes quant à ce qui se passe en Asie et aux ambitions de la Chine dans cette région." Il soutient que cette instabilité est due à une "situation dans laquelle plus personne ne fait vraiment confiance au jugement des États-Unis, et c'est une conséquence de la guerre, en particulier de la guerre en Iran."
Cela doit sûrement faire référence au fait que, alors que l'Iran négociait de bonne foi avec Washington, par l'entremise d'Oman, les États-Unis et Israël ont déclenché la guerre contre l'Iran en assassinant le Guide suprême, l'ayatollah Khamenei, dont le martyre a scellé la cohésion nationale entre nationalistes, jeunes, femmes, et partisans de la République islamique, cohésion patente lors des funérailles qui ont rassemblé un impressionnant total de 45 millions de chiites en Iran et en Iraq.
Incidemment, Walt ne s'est pas privé de critiquer le meurtre et/ou la décapitation de dirigeants en dehors du champ de bataille, en qualifiant ces pratiques de "piétinement confondant du cadre réglementaire régissant l'usage de la force" ce qui a conduit à "l'effondrement de la norme interdisant l'assassinat. Depuis longtemps dans l'histoire mondiale, les gouvernements n'avaient pas tenté de s'assassiner entre eux. Les dirigeants des autres pays ne tentaient pas de s'entretuer dans les conflits. C'était une pratique courante il y a 500 ans, mais elle est progressivement tombée en désuétude et une règle l'interdisant s'est mise en place. Le meurtre est une ressource des puissances les plus faibles." L'allusion au génocide et à l'assassinat par Israël est claire !
Parmi tous les médias que je consulte habituellement quotidiennement - les Israélo-Anglo-Saxons de l'Occident, du Moyen-Orient, ceux d'Iran, d'Inde et de Chine - le seul à diffuser l'interview de Tucker Carlson avec Walt était Russia Today (RT) - alors qu'elle est censurée aux États-Unis et en Europe - et RT titrait : "L'analyste révèle à Tucker Carlson quels pays formeront le nouveau monde tripolaire", ce qui, soit dit en passant, est la thèse que je privilégie, pour le dire avec humilité mais aussi en toute rigueur, depuis au moins 17 ans [3] !
RT sous-titre : "plus personne ne fait vraiment confiance aux critères états-uniens, selon Stephen Walt, professeur à l'université d'Harvard." En commentaire à cette interview longue et approfondie, RT rapporte que "l'universitaire a analysé la fin de l'hégémonie US et expliqué que la disparition de l'ordre unipolaire a rétabli la compétition sécuritaire entre les superpuissances." SW invoque donc l'ordre tripolaire des États-Unis/Russie/Chine, mais avec des tensions persistantes.
Traduction
Maria Poumier
Source
La Jornada (Mexique)
Le plus important quotidien en langue espagnole au monde.
[1] " Harvard Professor Warns of the Next Phase of Trump's War : We're Approaching a Dangerous World ", Tucker Carlson, YouTube, August 25, 2026.
[2] " @TuckerCarlson", Tucker Carlson, X, August 24, 2026.
[3] " Empequeñecimiento de EU y el nuevo orden tripolar, según Parag Khanna", Alfredo Jalife-Rahme, La Jornada, 29 de marzo de 2009.
