27/08/2026 dedefensa.org  5min #324667

 Balade de la Cia à Moscou

Qui complote contre qui ?

Andrew Korybko

"Est-ce que la Russie complote pour tester la résolution de l'OTAN ? C'est en réalité l'OTAN qui pourrait bientôt mettre à l'épreuve la détermination de la Russie."

 Politico a rapporté, en citant des responsables anonymes, que le voyage surprise du chef de la CIA, John Ratcliffe, en Russie visait principalement à mettre en garde Moscou contre toute tentative de tester la détermination de l'OTAN par des actions cinétiques non précisées visant les pays baltes. Cette démarche faisait suite à un  avertissement lancé fin mai par l'équivalent russe de la CIA, indiquant que le pays était prêt à riposter contre la Lettonie si celle-ci autorisait l'Ukraine à utiliser son territoire pour lancer des attaques de drones contre la Russie. Par la suite, fin juin, les États-Unis  auraient averti la Pologne que la Russie pourrait préparer des provocations à son encontre.

Un mois plus tard, fin juillet, un missile de croisière russe a  pénétré accidentellement dans l'espace aérien polonais, très probablement en raison de brouillages électroniques. Isolée, cette succession d'événements semble accréditer la thèse de Politico selon laquelle la Russie projetterait de tester la détermination de l'OTAN ; toutefois, le contexte global contredit cette interprétation. Depuis le début de l'année, des drones ukrainiens ont traversé l'espace aérien balte pour frapper Saint-Pétersbourg ; par ailleurs, au milieu de l'été, les États-Unis - et, de manière surprenante,  la France - ont lancé une nouvelle "guerre d'usure" menée par l'Ukraine contre la Russie.

Bien que l'opération d'influence de 40 jours voulue par Zelenski ait  lamentablement échoué dans les régions de Kharkiv et d'Odessa, elle a tout de même infligé des dommages tangibles aux infrastructures énergétiques, logistiques et militaires russes. Parallèlement, l'Allemagne - leader de fait de l'UE - a poursuivi son réarmement rapide, tout comme le bloc européen dans son ensemble. Ce déséquilibre - marqué par la détérioration des infrastructures russes susmentionnées alors que les capacités de ses rivaux européens continuent de croître -  explique pourquoi "l'UE représente une menace bien plus crédible pour la Russie que l'inverse".

Quoi qu'il en soit, si ce constat a incité des "faucons" comme  Sergey Karaganov à préconiser une frappe préventive russe contre l'OTAN (qu'il s'agisse d'une attaque conventionnelle de faible envergure ou d'une frappe nucléaire massive d'emblée), Vladimir Poutine a  fermement rejeté ces appels au début du mois de juin. Bien qu'il ait été contraint, depuis le milieu de l'été, d'adopter une stratégie modérée  d'"escalade pour désescalader" le conflit avec l'Ukraine, Poutine n'a aucun intérêt à attaquer l'OTAN, ce qui risquerait de déclencher précisément l'escalade incontrôlable qu'il  cherche à éviter.

Parallèlement, l'ancien haut responsable du renseignement russe Andreï Bezroukov  a averti en juin que l'Occident visait à neutraliser la triade nucléaire de son pays par procuration, via l'Ukraine, dans le cadre de ce qui pourrait finalement s'avérer être une "nouvelle guerre" de plusieurs décennies à son encontre ; d'où la nécessité de  rétablir d'urgence la dissuasion. À cet égard, tout comme la "guerre d'usure" du milieu de l'été a contraint Poutine à une légère "escalade pour désescalader" le conflit avec l'Ukraine, une future provocation émanant directement de l'OTAN pourrait l'amener à agir de la même manière à son encontre.

Que la provocation vienne des pays baltes, de la Pologne, d'une opération sous faux drapeau ukrainienne lancée depuis leur territoire ou de tout autre point du front occidental de ce nouveau "cordon sanitaire" formé autour de la Russie au cours de l'année écoulée, Poutine pourrait autoriser une réponse cinétique, fût-elle modérée. Il aurait pu mettre à l'épreuve la détermination de l'OTAN au moment de l'afflux d'armes vers l'Ukraine - juste après le début de l'opération spéciale et avant que le bloc ne consolide ses positions - mais il a choisi de ne pas le faire pour éviter de risquer une Troisième Guerre mondiale.

On peut donc soutenir que toute action cinétique de la Russie contre l'OTAN constituerait une réponse à une mise à l'épreuve de la détermination russe par l'Alliance, et non une initiative unilatérale et non provoquée de la Russie visant à tester l'OTAN. Poutine a fait preuve d'une telle patience face aux provocations indirectes du bloc via l'Ukraine au cours des quatre dernières années et demie que beaucoup ont cru qu'il était prêt à faire de la Russie le nouveau " Christ des Nations" ; toutefois, il pourrait se montrer bien moins patient face à des provocations directes de la part de l'Alliance, qui aurait tout intérêt à y réfléchir sérieusement.

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