Par Daniel Vanhove
Résumé de la situation, en quelques dates et faits marquants récents:
«Après plusieurs décennies d'occupation israélienne d'une part, et de résistance palestinienne d'autre part, en septembre 1993, la direction de l'OLP (Organisation de Libération de la Palestine) et le gouvernement israélien signèrent une Déclaration de Principes sur les arrangements intérimaires d'autonomie. Ce sont les Accords d'Oslo1;
en septembre 1995, Yasser Arafat et Itzhak Rabin signèrent sur la pelouse de la Maison Blanche, sous l'œil 'ému' de Bill Clinton, et devant les caméras du monde entier, les Accords sur l'extension de l'autonomie par découpage des zones A, B et C dans les Territoires palestiniens occupés. Ce sont les Accords d'Oslo2, incluant 'quelques années de transition' pour la création de l'Etat palestinien à l'horizon 1999. On connaît les suites. Durant cette période, 'Israël' a plus que doublé ses colonies, alors que les Accords en prévoyaient le gel avant leur démantèlement pour la plupart ! Et 1999 arriva, sans qu'aucune lueur d'espoir ne permette aux Palestiniens de voir se dessiner les bribes de leur État pourtant promis sous l'égide des puissances internationales;

lorsque, après le sanglant mois d'avril 2002 et sa meurtrière opération 'Remparts de Protection' décrétée par l'Etat major israélien, le Quartette (USA, UE, Russie et ONU) adopta sa 'Feuille de route', les plus naïfs crurent encore à l'engagement de la Communauté internationale pour imposer aux belligérants une solution partagée. On connaît les suites de cette Feuille, rebaptisée depuis, 'de déroute';
lorsque Mahmud Abbas, l'un des architectes des Accords d'Oslo (dont les textes ne mentionnent jamais le mot «occupation»), et reconnu jusqu'en 'Israël' pour être un modéré du Fatah, succéda à Yasser Arafat - dont l'empoisonnement à Paris n'est pas à exclure - les commentaires étaient unanimes pour décréter que les choses allaient bouger puisque le gouvernement israélien pouvait «enfin» entamer le dialogue tant attendu pour l'instauration d'une paix durable et la reconnaissance des deux États. Là encore, des mots, de belles phrases, de pompeuses déclarations sans que rien ne change hormis la poursuite meurtrière de la politique israélienne;
lorsque Ariel Sharon ordonna pendant l'été 2005 le retrait unilatéral de la Bande de Gaza des quelques colonies qui s'y étaient indûment implantées, les médias occidentaux qui nous inondaient quotidiennement de leurs images déchirantes des pauvres colons que l'armée du pays arrachait à leurs verdoyantes propriétés, multipliaient dans le même temps les dithyrambes pour annoncer qu'un jour nouveau s'était levé dans la région et que, vraiment cette fois, les espoirs de paix n'avaient jamais été aussi proches - oubliant soigneusement d'expliquer que nombre de ces colons s'étaient déjà implantés à l'époque, sur les hauteurs du Sinaï égyptien, avant d'en être délogés de la même émouvante manière contre de confortables dédommagements financiers; et avant de toucher la mise une seconde fois en quittant Gaza et d'aller pour la plupart s'installer en Cisjordanie, dans l'espoir de toucher le pactole à une troisième reprise, en cas d'accord de paix avec les Palestiniens qui obtiendraient sans doute alors, le démantèlement de nombreuses colonies. Là aussi, derrière les apparences, tout est bien calculé;
les déclarations des plus hauts élus politiques ne tarissaient pas d'éloges, se concurrençaient dans la surenchère panégyrique à l'égard du 1er Ministre israélien. Le rusé général - aux mains baignées de sang - était même promu par G. W. Bush, «homme de paix» Bref, comme toujours dans la bouche de ces démagogues, n'importe quoi ! Et bien sûr, sans le moindre résultat quant à un Etat palestinien repoussé cette fois par l'administration américaine pour l'horizon 2010... Le contrôle de Gaza s'effectuait dorénavant à moindre coûts pour 'Israël' qui peut intervenir en toute impunité depuis l'extérieur plutôt qu'à l'intérieur de cette Bande de terre laminée. Avec cet atout supplémentaire, que débarrassée des colonies, cette zone peut désormais être la cible de destructions massives, à l'aide de n'importe quel type d'armement, sans crainte d'indisposer les colons et leur famille. Ce qui, à terme, constitue une menace redoutable pour les Gazaouis. Hier occupée, la Bande de Gaza est aujourd'hui assiégée. Voilà la dramatique différence;
peu après, lorsque Ehud Olmert prit la place d'Ariel Sharon - tombé dans un coma approprié - dans la fonction de 1er Ministre et à la tête du parti Kadima, la presse une fois encore, annonça les lueurs d'espoir que suscitait une nouvelle génération dans la conduite des affaires. Chacun a pu voir ce qu'il en fut;
lorsque début 2006, pressé par la Communauté internationale qui voulait en terminer avec les pratiques douteuses de la vieille équipe Fatah et préconisait la tenue d'élections démocratiques, le Hamas fut porté au pouvoir par les urnes, sous strict contrôle international, le gouvernement israélien toujours en parfaite synchronisation avec celui des USA - et malheureusement avec la diplomatie européenne - put reprendre sa rengaine d'absence de partenaire avec lequel dialoguer, et en profita pour étrangler un peu plus, une population déjà épuisée;
puis, même la proposition de 2002 du prince saoudien Abdallalh, devenu roi ensuite, reprise en grandes pompes cinq ans plus tard, début 2007 à Riyad, d'une 'normalisation' des relations de tous les pays arabes avec 'Israël' à la condition du retrait de l'armée et des colons sur la ligne de '67 et en gros, à l'application des Résolutions de l'ONU, n'y a rien fait;
résultat: non seulement un État Palestinien viable est au point mort, mais les futures frontières de celui-ci sont de plus en plus éparses et étriquées... attestant de son impossibilité. Les seules choses qui avancent, sans frein, sont toujours les mêmes: l'occupation et ses conséquences effroyables pour les familles palestiniennes; la colonisation endémique par vols quotidiens d'hectares de terres; la paupérisation croissante d'une population que l'occupant n'hésite même plus à affamer dans l'indifférence générale de nos exemplaires 'démocraties fières de leurs 'valeurs'; et le Mur de l'apartheid...» - 'La Démocratie Mensonge' - extrait - Ed. M.Pietteur - 2008
Une partie du mur de l'apartheid en 2018. Source : ouest-france.fr
Ainsi, après avoir refusé des décennies durant, toutes les concessions palestiniennes, pensant que la force militaire s'imposerait, et contrairement aux apparences, la colonie 'Israël' finira par tout perdre. Faisant suite à ce qui précède et à l'assidue résistance du peuple palestinien, quelques années plus tard, en 2014 j'écrivais: «Au-delà des apparences, la Palestine balaiera l'entité sioniste»: mondialisation.ca
Avec l'élection en 2016 du président Trump, la situation s'est encore détériorée pour les Palestiniens. J'écrivais pourtant qu'imaginer ces derniers comme les Indiens d'Amérique était une erreur, ceux-là ne se laisseraient jamais éradiquer ni enfermer dans des réserves comme ce le fut pour ceux-ci: mondialisation.ca
En 2019, j'anticipais la déconvenue du régime sioniste en cas de nouvelle agression: mondialisation.ca
Vu l'enchaînement et la tournure des événements, et malgré les cadeaux inouïs de l'administration Trump à la colonie 'Israël', je confirmais en 2020 que la reconquête de la Palestine était indubitablement entamée: mondialisation.ca
Enfin, je concluais ces observations et le patient cheminement de la résistance palestinienne - malgré certaines trahisons inhérentes à ce genre de situation - annonçant l'effondrement probable de la 'dernière colonie européenne': mondialisation.ca
Sans même parler des réactions au livre «La Démocratie Mensonge», à chaque article j'ai essuyé les quolibets des uns et le déni méprisant des autres sans oublier ceux qui n'avaient que leur joker favori «d'antisémitisme» aux lèvres, me rappelant au passage l'éternité annoncée d''Israël' en adéquation avec une vague promesse divine qui en aurait été faite à ceux-là se considérant comme 'élus', et consignée dans quelque grimoire poussiéreux.
Génocide des Palestiniens de Gaza. Source : amnesty.ca/
Depuis, il y a eu les évènements inédits du 07 octobre 2023. Cela change-t-il la donne de manière fondamentale ? Pour les populations de Gaza et dans l'immédiat, oui, assurément. Le prix payé est effroyable. Comme lors de toute lutte décoloniale. Mais, pour la marche entamée par la résistance contre l'occupation, non, que du contraire. Celle-ci a gagné une bataille essentielle, impensable il y a quelques mois, à peine: ce que l'on appelle 'le narratif' israélien soutenu depuis l'origine par une propagande qui se chiffre en millions de dollars, et avec l'appui massif de l'Europe y voyant une manière de racheter ses fautes passées, s'est complètement effondré, partout dans le monde. Cet État israélien présenté comme parangon de la démocratie au Moyen-Orient, a sidéré, choqué, dégoûté les citoyens du monde entier par ses pratiques génocidaires barbares et totalement contraires aux 'valeurs' défendues par l'Occident qui se retrouve ainsi pris à revers. Et c'est toute l'architecture de l'impérialisme occidental inique qui s'en voit secoué avec ses coutures qui craquent de partout. Et tant mieux ! Un nouvel équilibre sortira de la résistance et remplacera celui imposé par la force hégémonique occidentale en tête de laquelle les États-Unis, eux aussi sérieusement chamboulés par l'intraitable et déterminée résistance iranienne.
Dresser et analyser le tableau d'une situation géopolitique après coup n'est pas aisé et les erreurs d'appréciation sont nombreuses. En brosser l'analyse de manière anticipée est un pari difficile auquel peu se risquent, car les chances de le perdre ou de le gagner sont en principe équivalentes et soumises à l'improbable.
Or, plutôt que d'écouter la doxa ambiante répétée en boucle par les larbins de service toujours très sûrs de leur redoutable puissance militaire, il faut lire les événements pour ce qu'ils sont et écouter les premiers concernés qui en général s'expriment clairement sur leur détermination ainsi que sur les moyens pour y parvenir - il est évidemment question des populations, pas de leurs gouvernements la plupart du temps aussi corrompus que les nôtres. Cela est vrai depuis toujours: que ce soit en Algérie, en Inde, au Vietnam, au Timor, en Afghanistan, en Irak, au Yémen, en Iran, et depuis plus de 75 ans en Palestine, la résistance explique régulièrement qu'elle finira par bouter les occupants hors de ses frontières, et cela par tous les moyens dont elle se dotera et quel que soit le prix et le temps nécessaires pour y parvenir.
Le 'collapse' d''Israël' est entamé. Et si être 'responsable' signifie 'anticiper', les gouvernements devraient commencer à penser à l'après. Un 'État' peut disparaître et renaître sous une autre forme, pas une population ni encore moins une réalité géographique et culturelle. La Palestine historique est une réalité et ses habitants également. C'est dès à présent qu'il convient d'anticiper le changement qui se profile, passant d'un régime d'apartheid à l'émergence d'un nouvel État dont les principaux acteurs répètent à qui veut l'entendre que celui-ci sera le lieu de tous ses habitants, quels que soient leur origine, leur culture, leur religion ou non, et basé sur les critères d'une démocratie ouverte et moderne.
Sur ce bout de terre déclarée 'trois fois sainte', mais surtout ensanglantée par tant de luttes, l'avenir est définitivement palestinien, et non, israélien!
Daniel Vanhove
28.08.26

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Daniel Vanhove, France / Belgique : observateur civil en Palestine 2001 - 2004. Il est l'auteur de plusieurs livres : co-auteur de « Retour de Palestine », 2002 - Ed. Vista ; « Si vous détruisez nos maisons, vous ne détruirez pas nos âmes », 2004 (Préface de Ilan Halevi - Ed. M. Pietteur) ; co-concepteur du DVD « Au bord de la mort, nous cultivons l'espoir », Témoignages in situ accompagnant le livre, La Démocratie Mensonge, 2008 - Ed. Marco Pietteur - coll. Oser Dire. Administrateur du blog Mouvement Citoyen Palestine (MCP). Il est associé de recherche du CRM (Centre de recherche sur la Mondialisation).
La source originale de cet article est Mondialisation.ca
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