Ramona Wadi, 27 août 2026 - Le décalage entre les déclarations du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et celles de l'UE montre la démission politique à l'œuvre. Comme on pouvait s'y attendre, l'incapacité de l'UE à s'attaquer au colonialisme de peuplement et à la nature même d'Israël en tant qu'entreprise coloniale ne permet pas de freiner l'expansion. Des paroles sans actes ne débouchent sur rien d'autre que la publication de déclarations vaines.
Le cynisme criminel des partisans d'un Etat palestinien, complices de l'expansion de l'Etat colonial. (Carte de la Cisjordanie occupée - Pauline Le Nours / FRANCEINFO, novembre 2023)
Netanyahu, en revanche, affiche une détermination sans faille quant à l'expansion des colonies, tant dans sa rhétorique que dans ses actes.
Évoquant les avant-postes de colonisation illégaux en Cisjordanie occupée, Netanyahu a déclaré aux colons : "Vous concrétisez la vision de la Terre d'Israël, et c'est notre terre." S'il s'agissait réellement d'une terre israélienne, l'expansion des colonies ne serait pas illégale au regard du droit international.
Toutefois, qualifier d'illégales certaines colonies israéliennes seulement, tout en occultant la structure qui couvre cette expansion - Israël lui-même - ne fait que renforcer l'impunité d'Israël et la complicité de la communauté internationale.
Dimanche, le bureau du Haut Représentant de l'UE a publié une déclaration condamnant le lancement d'un appel d'offres pour 1.200 logements dans la zone E1, affirmant que ce projet "compromet fondamentalement la perspective d'une solution à deux États".
À chaque fois qu'Israël procède à l'expansion des colonies, la réponse de l'UE consiste à publier des variantes d'une même déclaration. Pourtant, répéter les mêmes critiques pour chaque projet de colonisation ne permet pas de préserver le territoire palestinien pour le peuple palestinien.
L'UE, à l'instar du reste de la communauté internationale, traite chaque annonce indépendamment de la nature coloniale d'Israël et du concept de Grand Israël. Les déclarations de l'UE se caractérisent donc par une répétition de formules et un manque de continuité. Elles ne condamnent ni le colonialisme ni l'expansion coloniale, mais seulement des projets de colonisation isolés.
Une déclaration commune du Royaume-Uni, de la France, de l'Italie, de l'Allemagne, du Canada, de la Norvège, des Pays-Bas et de plusieurs autres pays européens a repris une rhétorique similaire, affirmant que le projet E1 violait "la continuité territoriale des territoires palestiniens" et portait atteinte à "la stature internationale d'Israël". La nature exacte de cette atteinte n'est toutefois pas explicitée. Le statut international d'Israël est-il réellement compromis alors que l'expansion des colonies et les violences des colons se poursuivent sans la moindre conséquence, sans parler du soutien qu'Israël a reçu de la communauté internationale pour le génocide qu'il perpètre à Gaza ?
La position d'Israël ne sera véritablement ébranlée que lorsque la communauté internationale imposera des sanctions en réponse à sa politique coloniale.
Par ailleurs, Israël instaure une continuité coloniale à travers ses déclarations et son expansion territoriale. Il sait pertinemment que chaque projet de colonisation nuit à la solution à deux États, à tel point que les responsables israéliens n'évoquent même plus l'hypothèse d'un État palestinien. Seule la communauté internationale maintient ce paradigme en vie, tout en sachant que l'expansion des colonies et l'inaction internationale face au colonialisme ont anéanti toute possibilité de voir émerger un État palestinien.
L'UE ne doit pas se contenter de dénoncer l'illégalité de l'expansion des colonies israéliennes ; elle doit inscrire cette question dans le contexte colonial global. Elle doit également prendre conscience de sa propre responsabilité dans la poursuite de l'expansion coloniale israélienne, en s'obstinant à défendre un paradigme caduc qui ne sert que les intérêts de la politique internationale.
Si la création d'un État palestinien est impossible, alors les Palestiniens se retrouvent automatiquement exclus. Mort depuis longtemps, le paradigme des deux États ne profite qu'à Israël et à la communauté internationale. Et c'est le cas depuis des décennies.
Article original en anglais sur Middle East Monitor / Traduction MR
