28/08/2026 euro-synergies.hautetfort.com  6min #324821

Les cycles cosmiques. Les doctrines indiennes sur les rythmes du temps

Un livre de Nuccio D'Anna

Giovanni Sessa

Source:  ilfondo.org

Nuccio D'Anna enquête sur les doctrines indiennes du temps cyclique, du symbolisme du mont Meru aux yuga et à la précession des équinoxes, reconstituant une cosmologie traditionnelle complexe à travers la méthode comparative.

Dans ces pages, l'auteur fait preuve d'une maîtrise peu commune de l'immense littérature critique et guide avec sagacité le lecteur dans l'exégèse des textes sacrés complexes centrés sur la temporalité cyclique. La tâche est accomplie en s'appuyant sur la méthode comparative. Les thèmes abordés sont si vastes qu'il serait difficile de les résumer dans le cadre d'une simple recension. Nous nous attarderons donc uniquement sur certains ensembles théoriques.

D'Anna débute par la présentation du sens et de la signification du "Centre" dans le monde traditionnel. Il le fait en s'attardant sur la valeur du mont Meru: "considéré comme le reflet du pôle céleste qui soutient, gouverne et oriente l'ensemble du mouvement du cadran cosmique" (p. 3). La structure axiale de la montagne amène à la voir comme "le véhicule des bénédictions divines dispensées sans cesse [...]. Le Meru apparaît comme"l'arbre du cosmos"" (p. 4).

Selon la tradition védique, de ses branches descendirent les rayons de Sūrya qui transmirent à l'humanité la "loi de Varuṇa", le Ṛta, l'Ordre qui est Vérité. Le Ṛta "a une relation directe avec la stabilité de la constellation des sept étoiles de la Grande Ourse" (p. 5).

La montagne sacrée est étroitement liée à Agni, dieu du feu prototypique qui brûle de splendeur au centre du monde, et à Brahma, divinité formatrice assimilable au "Rocher indestructible", d'où rayonnent des "qualités" divines.

Le Meru se dresse au centre d'une île circulaire, elle-même subdivisée en sept "régions", autour desquelles se trouvent sept océans, en correspondance "avec l'organisation planétaire structurée ordinairement sur sept niveaux" (p. 10). La dernière étendue marine est appelée "Océan de Lait".  

L'auteur guide le lecteur dans l'exégèse des textes sacrés complexes centrés sur la temporalité cyclique.

L'auteur précise: "Au cours du déroulement cyclique, sur chacune de ces"îles", la Tradition [...] devra nécessairement arriver à son développement intégral, ce qui aura pour conséquence inévitable l'épuisement de toutes les possibilités spirituelles véhiculées dans le monde" (p. 13). Il dévoile ainsi le lien de cette symbolique avec le développement cyclique. Chacun des points cardinaux, dans cette cosmosophie, est gardé par une divinité: le cosmos même revêt une forme mandalique. L'éon actuel, dans la liste des 30 kalpa, occupe la 26e place (Varaha-Kalpa) et est précédé du Padama-Kalpa. Selon l'enseignement traditionnel, la manifestation s'est involuée à cause du "poids des hommes", qui ont provoqué une manipulation du Dharma.

Lors du kalpa précédent au nôtre, Viṣhṇu "Dormant" a opéré "sa propre intervention cosmogonique sous la forme d'une fleur de lotus émergeant de son propre nombril" (p. 20), ce qui a permis la continuité doctrinale et rituelle parfaite entre le sixième et le septième Manvantara de notre kalpa.

Brahma fit émerger la "terre primordiale": "l'archétype ou modèle pré-formel d'une réalité encore immaculée" (p. 21). Chaque fois que le Principe descend dans le devenir, selon la perspective traditionnelle de l'Inde, il donne lieu à un véritable "sacrifice universel". Il s'agit d'un acte capable de lutter contre les "puissances des ténèbres".

D'Anna attribue en ce sens un rôle essentiel à Prajapati (illustration, ci-contre), qui s'unit à la Terre immaculée émergeant des Eaux. Il "symbolise l'Unité ineffable d'où ont découlé tous les autres dieux et dans laquelle ils retourneront" (p. 28).

Cette potestas porte son regard vers toutes les directions spatiales. Les eaux primordiales ne sont rien d'autre que la transcription symbolique du "murmure" de l'écoulement du temps, puisque le Principe, à la lumière des études de Marius Schneider, souvent cité par l'auteur, n'est que son-lumière. Les chantres sacrés "entendent l'essence sonore et pré-sensible [...] qui se déverse"naturellement"dans la vie cosmique" (p. 31). Le chant solaire des sept Ṛṣi forma la tête de Prajapati qui, harmonisant son et rythme, "permit la formulation des phonèmes et des syllabes" (p. 33).  

Les eaux primordiales sont la transcription symbolique du "murmure" de l'écoulement du temps.

L'auteur rappelle que le septième Manvantara commença après le déluge. L'ère actuelle est divisée en 4 yuga, dont le développement est ordonné autour du symbole de la décade, qui rythme l'appauvrissement spirituel progressif induit par les puissances catagogiques de Koka et Vikoka (Gog et Magog).

Le premier âge est "l'Âge de la Vérité" et de la plénitude spirituelle. Sa couleur est le blanc, révélatrice de son essence sapientielle et de celle de la caste Haṃsa: "Dans le jeu indien des dés [...] ce premier âge [...] correspond au"lancer"réussi" (p. 112).

Dans le deuxième âge agit la "dynastie solaire", qui vise à préserver la tradition "non humaine", exerçant une fonction conservatrice, analogue à celle attribuée en Occident à Saturne. La valeur rituelle du jeu de dés, bien connue à Rome (pratiquée lors des Saturnales, au solstice d'hiver), était liée à certaines conjonctures astronomiques. Les "points" gravés sur les faces des dés étaient appelés "yeux", car ils renvoyaient aux "luminaires" qui brillaient "dans le ciel des origines védiques" (p. 115). Lorsque le roulement désordonné des dés était observé, on l'attribuait à l'alourdissement spirituel du cycle, correspondant au tourbillon frénétique du monde. Le lancer de dés où apparaissait le trois indiquait le deuxième âge, où le monde reposait sur les "trois quarts" du dharma. Sa couleur était le rouge.

Le deux dans le jeu de dés renvoyait au troisième âge, où le monde se développait selon le rapport lumière/ténèbres, qui tendait de plus en plus à opposer ces deux puissances. Dans cet âge, le sattva se retire, rajas et tamas prédominent. Sa couleur est le vert.

Enfin, le début du kali-yuga "a été fixé en coïncidence avec la conjoncture aurorale commencée à 6 heures du matin le 18 février 3102 av. J.-C." (p. 118). Ce yuga est également divisé en 4 sous-âges: c'est l'âge du réveil des forces magmatiques et chaotiques qui submergent la perfection de l'Origine. Même Śiva se retire des apparences phénoménales.

Pour comprendre le déroulement cyclique, il est nécessaire de se référer à la précession des équinoxes, où l'obliquité de l'écliptique et de l'équateur dessine une "toupie" cosmique. Cette précession "continue à s'accomplir autour d'un véritable"souverain"qui en dirige le cours: c'est Dhruva" (p. 131 - ill. ci-contre), le pôle fixe, garant du retour à l'ordre à la fin du kali-yuga.

D'Anna enrichit la présentation des cycles indiens par de nombreux rapprochements érudits avec les traditions grecque, mésopotamienne, taoïste et éclaire, entre autres, la faiblesse des exégèses "naturalistes" du temps cyclique, même celle d'Eliade, fondée sur la référence aux cycles lunaires. L'essai de D'Anna est véritablement exhaustif.

Fiche du livre

Auteur : Nuccio D'Anna

Éditeur : Arỹa éditions

Année : 2023

Pages : 240

Prix : 26,00 €

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