29/08/2026 reseauinternational.net  8min #324871

Liban : Le gouvernement qui a renoncé à sa souveraineté doit partir

par Rudolf El-Kareh

Nous ne sommes pas ici pour nous livrer à une discussion personnalisée au sujet d'une autorité gouvernementale dont les circonstances d'imposition au Liban sont bien connues et dont les membres appartiennent pour la plupart à la catégorie que le grand militant anticolonialiste Frantz Fanon qualifiait d'"informateurs locaux". Sans parler de ceux qui projettent ouvertement leurs tendances idéologiques sionistes sur leurs fonctions gouvernementales, ou de ceux qui justifient sans vergogne l'agression de l'ennemi depuis leurs postes au sein de l'organe législatif - des agissements qui, dans des circonstances normales, auraient suscité une réaction immédiate de la part du Conseil judiciaire et de ses mécanismes.

Il n'y a ni besoin ni intérêt à mener un débat "quasi-académique" avec ceux qui ressassent des propos éculés et copiés, tirés des écrits de certains théoriciens de la culture occidentale coloniale, sur "l'exclusivité de la violence légitime" (et donc des armes), et de la "décision de paix et de guerre", ainsi que d'autres formes de discours déconnectés du contexte historique et des circonstances nationales, régionales et internationales qui ont prévalu après que ses partisans ont été détrônés par les circonstances qui ont pris le dessus sur les sièges du gouvernement.

Nous traitons ici de l'État en tant qu'entité juridique. Dans cette perspective, nous proposons les considérations suivantes concernant sa nature et ses pratiques :

Premièrement, nous réaffirmons pour la énième fois que son essence (celle de l'État) ne se réduit pas à une institution, une autorité ou une administration. Si ces trois entités peuvent le symboliser, elles assument également, collectivement ou individuellement, leurs responsabilités ainsi que celle de "représenter" et d'exercer leurs fonctions, notamment la responsabilité juridique, qui implique aussi le droit de les poursuivre devant les instances judiciaires compétentes.

Deuxièmement, mettons de côté les banalités d'une époque où l'une de ses mauvaises "règles" consiste en un processus de propagande programmé fondé sur l'inversion des sens, en qualifiant de souveraineté la soumission, en hypothéquant l'indépendance, en faisant passer la guerre pour la paix imposée par la force, l'esclavage (notamment l'esclavage volontaire) pour la liberté, et ainsi de suite...

Il est devenu nécessaire de rappeler que la souveraineté, dans les constitutions du système international existant et ses textes réglementaires, désigne spécifiquement le "caractère" d'un État qui confirme que ce dernier n'est soumis à aucune autorité de même nature, et confirme également que la souveraineté est le corollaire de l'indépendance.

Cela signifie que les États souverains ne sont soumis à aucune autorité supérieure. À ce titre, ils jouissent des mêmes droits, obligations et devoirs que les autres États.

C'est là le "principe fondateur" sur lequel les Nations unies ont été édifiées, et il faut garder à l'esprit que, contrairement à toute autre organisation, elles représentent ce qu'on appelle la "communauté internationale", contrairement aux idées fausses qui ont prévalu avec la propagation de l'idéologie anglo-saxonne de la mondialisation après l'effondrement du système bipolaire.

De plus, la souveraineté désigne la capacité d'empêcher une partie extérieure d'imposer sa volonté à l'État concerné, ce qui correspond précisément à la signification du terme "non-ingérence dans les affaires d'autrui" (principe de non-ingérence), qui constitue une norme fondamentale et une règle essentielle établie par la Charte des Nations unies (paragraphe 7 de son article 2) et qui garantit aux États, d'une part, l'égalité et l'indépendance sur l'ensemble de leur territoire national et, d'autre part, interdit le recours à la menace ou à la force armée pour porter atteinte à cette indépendance.

Troisièmement, et de ce point de vue, il convient de rappeler que l'État, en tant qu'entité juridique, représenté, en l'espèce, par l'autorité en place, a des obligations nationales et juridiques qui sont contraignantes ; celles-ci impliquent, d'une part, l'exercice (par l'autorité) de fonctions "souveraines" afin de préserver la souveraineté du pays, comme expliqué ci-dessus, et, d'autre part, la garantie que les droits des individus, c'est-à-dire des citoyens, soient protégés, respectés et mis en œuvre concrètement.

Quatrièmement, dans ce contexte, nous devons nous arrêter sur deux questions extrêmement importantes qui ont successivement émergé dans l'exercice des fonctions de l'autorité en place en raison des circonstances bien connues :

La première question concerne la déclaration documentée qui a montré que l'"État", représenté par le chef du gouvernement, ignore le nombre et l'identité de ses citoyens emprisonnés et enlevés par l'ennemi.

Il est désormais du devoir du pays de demander des comptes au gouvernement pour sa négligence et son manquement à son devoir national. Tous les indices et toutes les actions suggèrent que ce gouvernement est incapable d'assumer les responsabilités nationales qui incombent à tout gouvernement souverain.

La deuxième question, également documentée, a été formulée par la plus haute autorité exécutive de l'État, sous la forme d'une déclaration officielle ne laissant au Liban que deux options : premièrement, se soumettre à ce qui a été qualifié de "proposition américaine" et abandonner la "proposition libanaise" (c'est-à-dire la position nationale souveraine) concernant la question du "monopole des armes" ; et deuxièmement, "faire face à l'isolement", comme indiqué dans les communiqués officiels.

Ces deux questions, dans le contexte de ce qui a été précédemment exposé concernant la souveraineté, appellent plusieurs observations.

La première observation, concernant la question des prisonniers et des personnes enlevées, est que l'État, représenté par son autorité exécutive, en négligeant son devoir d'assurer le suivi de la question des prisonniers en tant que priorité fondamentale de ses obligations souveraines envers ses citoyens, "manque à ses devoirs" (j'insiste sur ce terme en raison de ses implications juridiques) à leur égard. Par conséquent, il doit être tenu pour responsable de ce manquement par tous les moyens disponibles. Ce manquement n'est pas seulement moral, mais aussi politique et juridique. En négligeant ce devoir, l'État a manqué à ses obligations envers ses prisonniers (suivre leurs dossiers et leur assurer une protection), telles que stipulées dans la troisième Convention de Genève de 1949.

Le deuxième point concerne la décision rendue le 5 août 2025 au sujet de ce qu'on a appelé "l'exclusivité des armes". Cette décision a été jugée invalide en raison de l'inconstitutionnalité de la session en question, ce qui est avéré. Cependant, et c'est plus important encore, à la lumière des déclarations officielles, il est apparu clairement que cette décision avait été prise sous la contrainte, les menaces et le chantage.

Les déclarations du sénateur américain Lindsey Graham, le 26 août 2025, ont confirmé et documenté le processus d'intimidation et de chantage, ce qui constitue un élément supplémentaire établissant juridiquement la nullité de la décision gouvernementale susmentionnée. Cela s'ajoute à la menace publique et documentée officiellement proférée par l'envoyé officiel américain, Barak, lorsqu'il a menacé l'État libanais d'extinction s'il ne se pliait pas à ses diktats.

De plus, cette menace, cette coercition et ce chantage se sont produits dans le contexte et la réalité de l'occupation d'une partie du territoire national. Cela contrevient au droit international, qui considère comme nulle et non avenue toute décision prise dans de telles conditions (coercition, menaces, chantage, occupation). Il existe des résolutions de l'ONU, notamment celles rendues par la Cour internationale de justice, qui font office de précédent en la matière.

Au vu de ces faits, il est devenu un devoir national de demander des comptes au gouvernement pour sa négligence et son manquement à son devoir national. Tous les indices et toutes les actions suggèrent que ce gouvernement est incapable d'assumer les responsabilités nationales qui incombent à tout gouvernement souverain. Par conséquent, en résumé, il est devenu un impératif national qu'il démissionne afin de préserver le pays.

Un mot supplémentaire pour éviter toute confusion : nous ne mentionnons pas ces observations dans le but d'"idolâtrer" des textes ou des lois internationales, mais plutôt pour souligner ce que nous avons dit dans notre commentaire sur la décision de la Cour internationale de justice du 26 janvier 2024 ("Al-Akhbar" et "Libre Belgique", 6 février 2024) concernant Gaza et la Palestine, à savoir que, dans le domaine du droit international, l'un des mécanismes fondamentaux permettant de transformer les décisions et les règles en une réalité concrète appliquée sur le terrain réside dans les actions menées par les peuples et le jeu des "rapports de force".

Dans cette perspective, l'action juridique sert de "soutien et de fondement", venant étayer et renforcer les actions des peuples. Par coïncidence, les Nations unies célèbrent cette année leur 80e anniversaire dans des circonstances sans précédent, leurs fondements étant ébranlés et leur existence même prise pour cible et sapée par le bloc anglo-saxon, mené par les États-Unis. Le Liban, en s'appuyant sur les principes de la Charte et en résistant à ceux qui le menacent, l'occupent et l'attaquent, peut contribuer à rétablir la justice et les droits face à ces forces déchaînées, même à l'intérieur de ses propres frontières.

source :  Al-Akhbar via  China Beyond the Wall

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