
Par Andrew P. Napolitano, le 27 août 2026
Arrive un moment où le déclin des républiques atteint un stade où le problème ne tient pas qu'aux violations des lois par le gouvernement. Les gouvernements agiront toujours de manière illégale. Le problème plus sérieux survient lorsque le dispositif constitutionnel conçu pour empêcher ces agissements cesse de fonctionner - lorsque les dépenses s'affranchissent de toute logique arithmétique, que le pouvoir présidentiel échappe aux lois et que le Congrès et les tribunaux bafouent la Constitution.
Voilà où en est l'Amérique aujourd'hui.
L'alerte budgétaire ne pourrait être plus claire. La dette publique dépasse désormais les 40 000 milliards de dollars. Le Bureau du budget du Congrès prévoit un déficit fédéral de 1 900 milliards de dollars pour l'exercice 2026, les déficits annuels passant à 3 100 milliards de dollars d'ici 2036.
Pire encore, l'emprunt lui-même revient de plus en plus cher. Les taux des bons du Trésor à dix ans ont récemment atteint 4,6 % et ceux à trente ans 5,2 %, les investisseurs exigeant une rémunération plus élevée pour prêter de l'argent à Washington. À lui seul, le déficit de juillet 2026 a atteint 432 milliards de dollars.
Le gouvernement unipartite des 110 dernières années a engendré un cercle vicieux : il dépense plus qu'il ne perçoit, emprunte la différence, paie des intérêts sur ces emprunts et emprunte encore davantage pour payer ces intérêts. À terme, l'arithmétique devient une fatalité.
Mais l'insolvabilité budgétaire n'est que la partie émergée de l'iceberg. Plus effrayante encore, la détérioration simultanée des normes constitutionnelles.
Le président agit comme si sa personnalité faisait office d'autorité légale.
Les États-Unis sont entrés en guerre sans l'autorisation du Congrès prévue par la Constitution. Ils ont également attaqué des bateaux dans les Caraïbes et l'est du Pacifique, causant la mort de plus de 220 personnes, sans aucune base légale justifiant ces meurtres ni le non-respect des garanties procédurales.
En janvier, l'armée américaine a tué 47 personnes au Venezuela lors de l'enlèvement brutal du président Nicolás Maduro et de son épouse. Quelle que soit l'opinion que l'on ait de Maduro, la question fondamentale demeure : en vertu de quelle autorité constitutionnelle un président américain décide-t-il qu'un chef d'État étranger peut être enlevé de force par les États-Unis ? Aucune.
Encore une fois, il ne s'agit pas ici de défendre Maduro. Il s'agit de défendre le principe selon lequel les présidents américains ne disposent pas d'un pouvoir illimité leur permettant de décider qui les États-Unis peuvent destituer, enlever ou tuer.
Cette distinction est essentielle, car un gouvernement constitutionnel est censé s'interposer entre le pouvoir politique et ses cibles. Le président est censé faire respecter la loi, pas la manipuler. Le Congrès est censé rédiger les lois, pas les ignorer. Les tribunaux sont censés faire respecter la Constitution, pas la contourner.
Pourtant, le Congrès se comporte comme si le pouvoir présidentiel ne le concernait pas.
Les membres du Congrès se plaignent haut et fort lorsque le parti adverse occupe la Maison Blanche et se montrent étonnamment conciliants quand leur propre parti y siège. Il en résulte un transfert informel et bipartite du pouvoir du législatif vers l'exécutif. Chaque président hérite des pratiques établies par son prédécesseur, et y ajoute ensuite les siennes. Le président suivant hérite de ces pratiques et les étend encore et encore.
À terme, aucune restriction significative ne s'applique.
Le même fléau touche les tribunaux. Le contrôle de constitutionnalité reste théoriquement redoutable, mais les interventions judiciaires interviennent souvent une fois que le gouvernement a abusé de son pouvoir de manière anticonstitutionnelle. Un droit constitutionnel susceptible d'être bafoué avant d'être contesté en justice constitue un droit bien fragile. Ceux qui ont été réduits au silence, emprisonnés, expulsés, blessés ou tués ne peuvent obtenir réparation simplement parce qu'un tribunal finit par déclarer que le gouvernement a agi illégalement et leur accorde des dommages-intérêts. De même, une salle de bal à un milliard de dollars, à moitié construite et jamais autorisée par le Congrès, destinée aux milliardaires, ne peut raisonnablement être démolie.
La question centrale doit porter sur les pouvoirs légaux du gouvernement et leurs limites.
Mais cette question s'est plutôt orientée vers "Quelle marge de manœuvre le président peut-il s'accorder ?"
Un peuple libre ne devrait pas avoir à dépendre du tempérament de la personne occupant le Bureau ovale. La Constitution a été élaborée précisément parce que les fondateurs avaient compris qu'un gouvernement aux pouvoirs limités ne peut dépendre de quelques personnes intègres. Ils partaient du principe que les présidents pourraient parfois être vénaux et peu scrupuleux, que le Congrès pourrait parfois s'avérer docile et lâche, et que les juges pourraient se tromper. Ils ont donc conçu des institutions qui s'équilibrent, avec des pouvoirs séparés et un système de freins et contrepoids, afin de rendre la gouvernance plus complexe.
Cette complexité était intentionnelle.
Un gouvernement capable de dépenser sans limite, de mener des guerres sans l'aval du Congrès, de tuer sans procès, d'enlever des personnes sans encourir de sanctions et de recourir à une force écrasante sans procédure régulière est un gouvernement qui agit en dehors du cadre constitutionnel.
Et les chiffres font peser une menace encore plus inquiétante sur la détérioration de l'état constitutionnel. Un gouvernement dont la dette avoisine les 40 000 milliards de dollars ne peut indéfiniment promettre à chaque groupe d'électeurs que quelqu'un d'autre paiera la note.
C'est ainsi que les grandes puissances déclinent - pas nécessairement de manière spectaculaire, mais par l'accumulation d'exemptions, d'exceptions et de contournements.
Le président affirme que la Constitution lui permet de faire ce qu'il veut au nom de la sécurité nationale. Le Congrès autorise le président à agir à sa guise, car le contredire est politiquement inconfortable. Les tribunaux n'interviennent qu'une fois qu'il est trop tard pour réparer les dégâts et s'attardent sur des détails insignifiants pour échapper aux décisions difficiles. Le Trésor emprunte un autre billion de dollars, car équilibrer les comptes relèverait du cauchemar.
Le public s'habitue à un pouvoir gouvernemental extraordinaire, car l'indignation d'hier devient le précédent d'aujourd'hui.
Puis, un matin, les gens se réveillent et découvrent que la république constitutionnelle dont ils ont hérité n'existe pratiquement plus que sur le papier.
Mais la veille de cette prise de conscience - dans les derniers lueurs du crépuscule -, la nation qui offrait autrefois des garanties pour les libertés individuelles, des opportunités de prospérité et un environnement culturel exceptionnel voit s'évanouir sa fidélité d'antan aux principes fondateurs grâce auxquels tout cela devait être possible.
Une république ne survit que lorsque les plus passionnés d'entre nous allument les feux de la liberté en exigeant que les États-Unis ne s'immiscent pas dans les affaires d'autres nations, que les présidents respectent la loi, que le Congrès fasse respecter les pouvoirs constitutionnels, que les tribunaux imposent leurs limites constitutionnelles, que la guerre reste un dernier recours et que les gouvernements admettent que l'argent emprunté n'est pas de l'argent gratuit.
L'alternative est la normalisation progressive d'une dette illimitée, d'un pouvoir exécutif illimité et de justifications à l'infini.
Le crépuscule de notre république constitutionnelle ne s'est pas déclaré parce que le soleil s'est soudainement éteint. Il s'est installé parce que, petit à petit, nous nous sommes presque tous habitués à vivre dans les ténèbres.
Traduit par Spirit of Free Speech
Pour en savoir plus sur le juge Andrew Napolitano, rendez-vous sur JudgeNap.com