
Un article militant publié en juillet soutient que l'euthanasie devrait être associée au prélèvement d'organes - une pratique déjà observée au Canada, aux Pays-Bas et en Belgique -, et que, là où l'euthanasie est légale, le prélèvement lui-même devrait constituer le moyen de donner la mort afin d'obtenir de meilleurs organes. Les auteurs ont baptisé cette proposition : "la mort par don d'organes".
The Epoch Times
*par Wesley J. Smith
Le regretté père Richard John Neuhaus écrivait, avec une formule devenue célèbre, que les bioéthiciens "guident professionnellement l'impensable dans son passage à travers le discutable, en direction du justifiable, jusqu'à ce qu'il soit finalement établi comme l'ordinaire".
Il avait raison. Les politiques bioéthiques radicales ne surgissent pas comme par magie du néant. Des idées controversées - voire pernicieuses - sont souvent débattues dans des revues de bioéthique et de médecine que peu de membres du grand public consultent.
Puis, lorsqu'un consensus général se dégage au sein de la profession, des politiques autrefois jugées "impensables" sont "soudainement" élevées au rang du justifiable et deviennent des politiques publiques ordinaires.
Voici deux exemples. La légalisation du suicide assisté était autrefois considérée comme totalement inacceptable. Puis des bioéthiciens ont commencé à défendre de telles lois. La mort provoquée est alors devenue discutable, puis justifiable et, aujourd'hui, dans de nombreuses régions, si banale que plusieurs milliers de personnes sont mortes de cette manière.
De même, à partir de 2009 environ, des articles publiés dans des revues professionnelles ont commencé à soutenir que les enfants présentant une dysphorie de genre devraient être "traités" au moyen de bloqueurs de puberté. Un peu plus d'une décennie plus tard, la transition par bloqueurs de puberté a été jugée à ce point justifiable par l'administration Biden qu'elle est devenue une politique officielle du gouvernement, tandis que plusieurs États démocrates adoptaient des lois autorisant le retrait de la garde d'enfants aux parents qui refuseraient de s'y conformer.
C'est pourquoi il faut prêter attention à l'attaque actuellement menée, dans les débats bioéthiques, contre la "règle du donneur décédé" en matière de don d'organes. Cette règle exige que les donneurs d'organes vitaux soient véritablement morts avant le prélèvement de leurs organes. Un principe corollaire veut que nul ne puisse être tué pour ses organes.
La remise en cause de la règle du donneur décédéHélas, l'abrogation de cette règle se trouve désormais au stade du "discutable" dans le débat bioéthique. Les conséquences pourraient être catastrophiques.
Si les patients ou leurs proches venaient à croire qu'ils risquent de se faire prélever leurs organes de leur vivant en cas de maladie grave ou de blessure - ou, pire encore, d'être tués pour leurs organes -, la confiance dans le système pourrait s'effondrer comme un édifice mal construit lors d'un séisme de magnitude 7,5 sur l'échelle de Richter.
Mais ne comptez pas sur certains bioéthiciens pour s'en émouvoir. Dans le dernier numéro de la revue influente Journal of Medical Ethics, un professeur de bioéthique soutient que la règle du donneur décédé est incompatible avec des politiques bioéthiques moins controversées.
Le professeur avance notamment que, puisque le don altruiste d'un rein porte atteinte à un patient vivant en réduisant ses capacités rénales sans enfreindre la règle du donneur décédé, il serait également acceptable de prélever le foie de donneurs vivants.
Le don d'un rein entraîne rarement la mort du donneur et, dans le pire des cas, celle-ci serait accidentelle. En revanche, si le foie d'une personne vivante était prélevé, cette personne serait morte en quelques heures, sans aucune exception. La distinction est majeure, et ses conséquences sont considérables.
De même, le professeur suggère qu'une intervention chirurgicale visant à sauver un fœtus porte atteinte à la mère par les incisions et autres actes médicaux, ce qu'elle accepte volontairement, jugeant le bien-être de son enfant plus important. Il va même jusqu'à affirmer qu'une césarienne pratiquée en urgence, susceptible d'entraîner la mort de la mère pour sauver le bébé, constitue un exemple de dommage causé par des médecins qui, par souci de cohérence, devrait également autoriser le prélèvement d'organes vitaux tant que le donneur est encore vivant.
Les deux premiers cas peuvent ou non entraîner une mort involontaire. Le dernier, lui, l'entraînera nécessairement.
Associer l'euthanasie au don d'organesPlus explicitement encore, un article militant publié en juillet par le New England Journal of Medicine soutenait non seulement que l'euthanasie devrait être associée au prélèvement d'organes - une pratique déjà observée dans des pays comme le Canada, les Pays-Bas et la Belgique -, mais aussi que, là où l'euthanasie est légale, le prélèvement lui-même devrait constituer le moyen de donner la mort afin d'obtenir de meilleurs organes. Les auteurs ont baptisé cette proposition : "la mort par don d'organes".
L'un des arguments est que la mort par don d'organes permettrait le don après arrêt cardiaque et améliorerait les résultats pour les receveurs en réduisant la durée d'ischémie chaude. Elle abaisserait ainsi les taux de dysfonction primaire du greffon à des niveaux comparables à ceux obtenus grâce au don après mort cérébrale. En outre, elle pourrait accroître sensiblement le nombre de donneurs et, potentiellement, sauver de nombreuses vies.
Des propositions autrefois impensables devenues discutablesÀ quel point ces propositions de mise à mort à des fins de prélèvement - et d'autres du même ordre - sont-elles devenues respectables ?
Il est difficile d'imaginer plus prestigieux que le NEJM ou le Journal of Medical Ethics. De fait, l'idée de tuer pour prélever des organes est devenue suffisamment "discutable" dans le courant dominant de la bioéthique pour que l'un des auteurs de l'article sur la "mort par don d'organes" soit invité dans une émission réputée de la radio publique américaine NPR.
Placer la règle du donneur décédé dans le viseur de la bioéthique est à la fois imprudent et potentiellement dangereux. La confiance du public dans ce secteur ne tient déjà qu'à un fil.
Cette confiance est devenue plus fragile encore récemment, lorsque le secrétaire américain à la Santé et aux Services sociaux, Robert Kennedy, a annoncé avoir retiré l'agrément de l'État à deux organisations de prélèvement d'organes - l'une en Floride, l'autre dans le Kentucky - en raison de manquements éthiques particulièrement graves. L'organisation du Kentucky avait notamment insisté pour poursuivre un prélèvement alors que le donneur bougeait encore !
Fort heureusement, les médecins ont refusé de pratiquer l'intervention. Et, contrairement à ce que souhaitait l'organisation de prélèvement, ce patient s'est rétabli et a finalement quitté l'hôpital.
Préserver la confiance dans la médecine de transplantationIl est important, à ce stade, de souligner que la mort par don d'organes demeure controversée dans les débats bioéthiques et reste illégale, y compris dans les pays ou territoires où le suicide assisté est autorisé.
Mais cette situation ne doit pas justifier la moindre complaisance. La préservation de la moralité en médecine de transplantation est trop importante pour être abandonnée aux seuls bioéthiciens.
Si nous voulons empêcher que les dons d'organes ne prennent une tournure macabre et préserver la confiance du public dans un secteur qui sauve tant de vies, nous devons affirmer clairement que ce débat n'ira nulle part : jamais personne ne sera tué pour ses organes.
Alors, et alors seulement, cette proposition pernicieuse pourra être renvoyée au stade de l'"impensable" dans la réflexion bioéthique, là où est sa place.
source : The Epoch Times via Profession Gendarme