À son apogée, l'ancien directeur de la CIA comptait parmi les voix les plus virulentes aux États-Unis en faveur d'une intervention militaire à l'étranger.
Source : Responsible Statecraft, Jim Lobe
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises
R. James "Jim" Woolsey, fervent défenseur de la guerre en Irak et de la guerre contre le terrorisme (GWOT) ainsi que démocrate néoconservateur, s'est éteint mardi à l'âge de 84 ans.
Woolsey a brièvement occupé le poste de directeur de la CIA, mais s'est surtout fait connaître en tant que fervent défenseur, à la télévision et dans les pages d'opinion du Wall Street Journal, tant de la guerre en Irak que de la guerre contre le terrorisme au sens large, qu'il qualifiait parfois de "Quatrième Guerre mondiale."
En effet, immédiatement après les attentats du 11 Septembre, Woolsey était omniprésent pour affirmer que le président irakien Saddam Hussein était non seulement lié à Al-Qaïda, mais qu'il avait très bien pu approuver ou contribuer lui-même à la planification du complot.
Après avoir été contraint de quitter son poste de directeur de la CIA par le président Bill Clinton en 1994, Woolsey s'est progressivement orienté vers la droite, comme le souligne une nécrologie globalement élogieuse publiée mercredi par le New York Times, rejoignant les néoconservateurs likoudistes basés à Washington et menés par le "Prince noir" en personne, Richard Perle, de l'American Enterprise Institute (AEI).
Woolsey, un orateur captivant, quoique plutôt désinvolte, qui ne semblait jamais à court de mots, est devenu un élément clé de ce que l'anthropologue Janine Wedel, de l'université George Mason, a qualifié de "noyau néoconservateur" dans les années qui ont précédé et suivi la guerre en Irak et la "guerre contre le terrorisme" (GWOT). Cela comprenait la promotion d'une confrontation avec la Syrie et l'Iran, ainsi qu'avec d'autres États jugés hostiles à Israël et, par conséquent, selon eux, aux États-Unis également.
Selon Janine Wedel, ce noyau de onze membres comprenait des hommes qui allaient occuper des postes clés sous la présidence de George W. Bush, parmi lesquels le futur secrétaire adjoint à la Défense de Bush, Paul Wolfowitz, son sous-secrétaire à la Défense, Douglas Feith, son directeur chargé de la politique du Proche-Orient au Conseil national de sécurité, Elliott Abrams et le chef de cabinet et conseiller à la sécurité nationale du vice-président Dick Cheney, I. Lewis "Scooter" Libby.
Tous ces hommes ont siégé au sein de divers conseils d'administration, dont les mandats se recoupaient, au sein de grandes organisations et de groupes de réflexion basés à Washington, alignés sur le Likoud, le parti de droite israélien. Ensemble, ces groupes ont joué le rôle d'une chambre d'écho médiatique remarquablement efficace après le 11 Septembre et à l'approche de l'invasion de l'Irak, en diffusant notamment des informations erronées ou de la désinformation concernant le développement présumé par Saddam Hussein de programmes d'armes nucléaires et d'autres armes de destruction massive, ainsi que ses liens avec Al-Qaïda.
Outre Perle et le reste du personnel de l'aile de politique étrangère de l'AEI, on comptait parmi eux des groupes tels que le Jewish Institute for National Security Affairs (récemment rebaptisé Jewish Institute for National Security of America, ou JINSA), le Center for Security Policy (CSP), le Washington Institute for Near East Policy (WINEP), plus modéré, issu de l'American Israel Public Affairs Committee, et le Project for the New American Century (PNAC), une organisation de façade qui prônait l'hégémonie mondiale des États-Unis et le changement de régime dans les pays du Moyen-Orient considérés comme hostiles à Israël.
Woolsey a été impliqué dans la quasi-totalité de la véritable pléiade d'organisations de façade néoconservatrices créées pour défendre des politiques telles que l'invasion de l'Irak. Il a occupé des fonctions au sein des conseils consultatifs et autres instances dirigeantes du CSP, du WINEP et du Comité pour la libération de l'Irak. Il a également présidé le Conseil de direction de la Fondation pour la défense des démocraties (FDD), qui, pendant la majeure partie des vingt dernières années, a de fait remplacé l'AEI en tant que think tank pro-israélien le plus influent de Washington, prônant la guerre contre l'Iran. Woolsey a également été cofondateur de "United Against a Nuclear Iran" (UANI), un groupe de pression étroitement lié aux services de renseignement israéliens qui prône des sanctions économiques globales contre Téhéran depuis sa création en 2008.
Bien que Woolsey n'ait pas été signataire de la charte de 1997 du PNAC, signée par plusieurs hauts responsables de l'administration Bush fils, dont Cheney et le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, il a toutefois signé neuf des lettres ouvertes du groupe, notamment une déclaration d'avril 2002 appelant l'administration "à accélérer les plans visant à destituer Saddam Hussein" et affirmant que "la lutte d'Israël contre le terrorisme est notre combat."
Woolsey a également siégé au Conseil de politique de défense du Pentagone, un organe consultatif civil mis en place sous l'administration Bush, initialement présidé et organisé par Perle. Quelques jours seulement après le 11 Septembre, Perle a convoqué le Conseil et invité Ahmed Chalabi, chef du Congrès national irakien (INC) - une opposition auparavant soutenue par la CIA - et collaborateur de longue date de Perle, à participer à ses délibérations sur l'Irak en tant que cible potentielle d'une intervention militaire américaine et d'un changement de régime. À la suite de cette réunion, Wolfowitz a dépêché Woolsey - qui, comme Perle, avait déjà déclaré à la télévision que Saddam Hussein était probablement à l'origine des attentats contre les tours jumelles et le Pentagone - pour recueillir des preuves concernant les liens présumés (mais inexistants) de Saddam avec Al-Qaïda et un précédent attentat à la bombe perpétré en 1993 dans le parking du World Trade Center.
Sa mission - dont ni le Département d'État ni la CIA (qui avait rompu ses liens avec Chalabi plusieurs années auparavant, le jugeant totalement indigne de confiance) n'avaient été informés - s'est achevée sans qu'il ne parvienne à obtenir les renseignements escomptés. Pourtant, Woolsey, soutenu par l'administration ainsi que par le réseau néoconservateur et la chambre d'écho dont il était devenu un maillon important, a continué d'affirmer que Saddam et Al-Qaïda collaboraient.
L'INC de Chalabi est néanmoins devenu la principale source de désinformation concernant les prétendues armes de destruction massive de l'Irak, information qui a été reprise et relayée dans les médias par le Pentagone, la Maison Blanche et la chambre d'écho néoconservatrice, dont Woolsey lui-même faisait partie.
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Jim Lobe est rédacteur en chef adjoint de Responsible Statecraft. Il a précédemment occupé le poste de chef du bureau de Washington de l'Inter Press Service de 1980 à 1985, puis de nouveau de 1989 à 2015.
Source : Responsible Statecraft, Jim Lobe, 23-07-2026
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises
