31/08/2026 elucid.media  3min #325027

Guerre d'Iran, El Niño : la crise alimentaire viendra d'abord de la politique

Par  Jack Thompson

La guerre d'Iran et le retour d'El Niño en 2026 semblent composer le scénario parfait d'une nouvelle crise alimentaire mondiale. Depuis juin, les manchettes annoncent un " Godzilla El Niño" capable de déchaîner sécheresses, inondations et famines. Mais la faim ne se lit ni dans le seul prix du baril ni sur une carte météorologique. Le climat et les marchés ne frappent jamais dans le vide. Ils deviennent catastrophiques là où la guerre, la pauvreté et des institutions défaillantes ont déjà détruit les protections collectives. La guerre d'Iran et El Niño peuvent fragiliser l'équilibre alimentaire mondial ; ils agiront surtout comme les multiplicateurs de vulnérabilités politiques plus anciennes, dans un système encore capable de s'adapter - mais pas partout.

À l'aube du samedi 28 février 2026, Donald Trump et Benjamin Netanyahou lancent une attaque massive contre l'Iran. À la réouverture des marchés, le  Brent bondit de 13 % et le baril atteint 82 dollars avant de refluer. L'inquiétude est immédiate : environ 27 % du pétrole mondial transite par le détroit d'Ormuz. Pour l'agriculture, le risque ne tient pas seulement au pétrole, mais aussi au gaz, aux engrais et au coût du transport. Pour la troisième fois depuis 2020, le système alimentaire mondial est soumis à rude épreuve.

Guerre d'Iran : un troisième choc alimentaire depuis 2020

La pandémie de Covid-19 avait provoqué un choc logistique : main-d'œuvre, transport, transformation et distribution avaient été simultanément perturbés. En 2022, l'invasion de l'Ukraine par la Russie a frappé l'offre et le commerce des céréales et des oléagineux.  Les deux pays représentaient alors 19 % des exportations mondiales d'orge, 14 % de celles de blé et 4 % de celles de maïs, alors qu'ils ne pesaient que 8,8 % de la production mondiale de céréales entre 2017 et 2022.

Le choc fut brutal. Entre mai 2021 et mai 2022, l' indice FAO des prix alimentaires a progressé de 22,8 %. Mais il ne s'est pas installé : les flux commerciaux se sont recomposés, les disponibilités se sont améliorées et les cours ont fortement reculé après le pic de 2022. Fin 2025 et début 2026, le blé et le riz coûtaient respectivement 7 % et 8 % de moins qu'en 2020 ; le maïs, lui, restait 10 % plus cher.

La même capacité d'adaptation s'est observée pour les engrais.  Avant la guerre, la Russie fournissait environ 16 % des exportations mondiales d'urée et 12 % de celles de DAP et de MAP (1). Les sanctions ont surtout déplacé ses débouchés de l'Europe vers les BRICS,  notamment le Brésil, sans faire disparaître l'offre. Depuis, la guerre frappe plus directement les capacités de production et d'exportation :  les drones ukrainiens endommagent l'industrie chimique russe, tandis que Moscou bombarde les silos et ports nécessaires au commerce des céréales ukrainiennes.

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