31/08/2026 reseauinternational.net  7min #325040

Si l'Ue souhaite véritablement dialoguer, elle doit d'abord adopter la bonne attitude : éditorial du Global Times

par Global Times

Alors que l'UE s'inquiète de son déficit commercial, la Chine est tout aussi préoccupée par l'accès à son marché, les enquêtes discriminatoires et le nombre croissant d'instruments unilatéraux déployés à son encontre. Sous couvert d'"enquête", l'UE exige des entités chinoises, de manière transfrontalière, des informations nationales exhaustives et non essentielles, ce qui a déjà dévié du cadre normal de la régulation des marchés pour se transformer en une intrusion abusive dans les frontières de la souveraineté nationale. Ces questions devraient également être abordées dans le dialogue bilatéral.

Le 27 août, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré aux représentants du monde des affaires et de la politique français, lors d'un événement organisé par le Mouvement des entreprises de France : "Le dialogue avec la Chine demeure nécessaire. Mais il doit produire des résultats... Et lorsque le dialogue ne suffit pas, nous devons être prêts à utiliser pleinement nos instruments". Appeler au dialogue tout en brandissant la menace : cela ressemble moins à une volonté de négociation qu'à un ultimatum. Nous sommes pleinement favorables à la résolution des différends par le dialogue, mais celui-ci doit être mené dans un esprit approprié. Brandir la menace tout en appelant au "dialogue" n'intimidera jamais la Chine.

L'affirmation selon laquelle, en cas d'échec du dialogue, des mesures coercitives seront prises, relève fondamentalement d'une forme d'hégémonie. Le sous-texte est clair : la Chine doit accepter toutes les conditions de l'UE, sous peine de conflit. L'UE elle-même est menacée de droits de douane élevés de la part de Washington et nourrit du ressentiment face aux ultimatums du type "acceptez ou vous vous battez". Elle est, elle aussi, victime d'hégémonie. Mais, malheureusement, au lieu de défendre fermement le libre-échange et de s'opposer à de tels agissements, l'UE semble les imiter, adoptant inconsciemment une approche hégémonique. C'est un tournant décevant.

Ce que l'UE appelle "résultats" se résume en grande partie à son déficit commercial avec la Chine. La popularité des produits chinois - y compris les produits intermédiaires - au sein de l'UE a alimenté les inquiétudes des élites politiques européennes quant à l'impact négatif sur les marques locales. Un déficit commercial - phénomène normalement courant et neutre dans le commerce international - a ainsi été redéfini comme un problème qui "doit être résolu". Le fait est que les importations chinoises en provenance de l'UE ont continué d'augmenter, bien qu'à un rythme beaucoup plus lent que ses exportations vers l'UE.

Trois raisons principales expliquent cette situation : premièrement, l'avance technologique de l'UE s'est affaiblie, tandis que la production nationale chinoise s'est accélérée ; deuxièmement, de plus en plus d'entreprises européennes produisent et vendent en Chine, transformant de fait les "exportations vers la Chine" en "production en Chine" ; troisièmement, l'UE elle-même a imposé des restrictions, renforçant les contrôles à l'exportation dans les secteurs de haute technologie tels que les semi-conducteurs. Tout cela montre clairement que si l'UE souhaite s'attaquer au problème du déficit, elle ne peut pas rester les bras croisés. On attend que la Chine nous serve sur un plateau une "liste d'importations élargie".

Par ailleurs, le déficit commercial ne reflète pas toute la complexité des échanges entre la Chine et l'UE. Si l'UE s'inquiète de ce déficit, la Chine est tout aussi préoccupée par l'accès à son marché, les enquêtes discriminatoires et la multiplication des instruments unilatéraux déployés à son encontre. Récemment, le ministère chinois de la Justice, conjointement avec le ministère du Commerce, a conclu que les pratiques d'enquête transfrontalières de l'UE visant des entités chinoises dans le cadre de son enquête sur JD.com, menée en vertu du règlement sur les subventions étrangères, constituaient une extraterritorialité illégale et qu'"aucune organisation ni aucun individu ne doit se conformer aux mesures d'extraterritorialité illégales de l'UE ni contribuer à leur mise en œuvre".

Il s'agissait de la deuxième application formelle de ce règlement, après l'affaire Nuctech du 15 mai. Ces développements montrent que, sous couvert d'"enquête", l'UE exige des entités chinoises, par voie transfrontalière, des informations nationales exhaustives et non essentielles, ce qui a déjà conduit l'UE à dépasser le cadre normal de la régulation des marchés pour se muer en une intrusion abusive dans ses frontières souveraines. Ces questions devraient également être abordées dans le dialogue bilatéral.

Le problème entre la Chine et l'UE ne réside pas dans un échec du dialogue ; il s'agit plutôt d'une erreur d'appréciation de la part de certains membres de l'UE. Derrière les déclarations belliqueuses se cache un manque de confiance dans la capacité de l'UE à résoudre ses propres problèmes. Les causes profondes du déclin de la compétitivité industrielle de l'UE se trouvent en son sein même : des politiques énergétiques malavisées, un investissement insuffisant dans l'innovation et un marché du travail rigide.

Les canaux de dialogue Chine-UE sont toujours restés ouverts. Le mécanisme de consultation Chine-UE sur le commerce et l'investissement a été mis en place, quatre groupes de travail poursuivent leurs échanges et plus de vingt cycles de consultations ont permis des progrès substantiels. L'invitation à la deuxième réunion de ce mécanisme, prévue cet automne, a été lancée il y a longtemps. L'accord conclu en début d'année sur un mécanisme d'engagement de prix pour les véhicules électriques démontre que les divergences ne sont pas un obstacle insurmontable. Si les deux parties les abordent avec sincérité et respect, elles peuvent toujours trouver des solutions communes pour les résoudre.

Par ailleurs, l'UE dispose d'une alternative. Alors même que les tensions entre la Chine et l'UE s'intensifiaient, la Chine et la Suisse ont finalisé les négociations de modernisation de leur accord de libre-échange bilatéral. Les échanges bilatéraux ont progressé de plus de 60% au cours de la décennie écoulée depuis l'entrée en vigueur de l'accord initial. Suite à cette modernisation, 99,8% des exportations suisses vers la Chine seront exemptées de droits de douane, et 77,5% des marchandises bénéficieront d'un traitement en franchise de droits dès l'entrée en vigueur de l'accord.

D'une part, les échanges commerciaux peuvent se contracter rapidement suite à l'imposition de droits de douane, de restrictions et d'enquêtes ; d'autre part, la coopération peut continuer à se développer lorsque les barrières sont abaissées et l'accès au marché élargi. Face à ces deux options, il est aisé pour l'UE de déterminer laquelle sert le mieux ses intérêts. Une UE véritablement compétitive doit conquérir des marchés en améliorant son efficacité et son innovation, plutôt qu'en érigeant sans cesse des barrières pour prouver qu'elle dispose encore d'"instruments".

Le respect mutuel, l'égalité et une coopération mutuellement avantageuse sont les principes qui guident l'engagement de la Chine auprès de l'UE. La concurrence entre la Chine et l'UE est normale, mais elle ne doit pas être déloyale ; elle doit reposer sur des règles. Dans un contexte concurrentiel, les deux parties doivent s'orienter vers de nouveaux espaces de coopération et la recherche de solutions gagnant-gagnant, plutôt que de s'opposer à l'oppression ou de s'engager dans une guerre commerciale.

Si l'UE souhaite réellement dialoguer, elle doit faire preuve d'une sincérité égale : les conditions peuvent être discutées en premier lieu, sans qu'il soit nécessaire de lancer des ultimatums ; les préoccupations peuvent être pleinement exprimées, mais celles de l'autre partie doivent également être prises en compte. La porte du dialogue Chine-UE est toujours restée ouverte. Avant de s'y engager, l'UE doit toutefois adopter l'attitude adéquate.

source :  Global Times via  Histoire et société

 reseauinternational.net