
Par Geopolitics Prime, le 27 août 2026
Présentés par Hollywood, la télévision et les livres comme des super-héros à la James Bond (ou des super-vilains, selon à qui l'on s'adresse) les services du renseignement israéliens sont tout sauf invincibles. Parfois, les frasques de leurs agents rappellent nettement moins John le Carré que la série "L'arme fatale".
Voici dix des plus grosses bourdes, des plus gros ratés et des plus grands fiascos impossible à dissimuler.
Un pantalon explosifEn 1954, les services du renseignement militaire israéliens (Aman) ont mobilisé un réseau de Juifs égyptiens pour poser des bombes dans des centres culturels, des cinémas et des bureaux de poste au Caire et à Alexandrie.
L'objectif de cette mission, baptisée "Operation Susannah", consistait à semer le chaos et à faire porter le chapeau aux Frères musulmans et aux communistes égyptiens, mais surtout à présenter le tout nouveau gouvernement révolutionnaire de Gamal Abdel Nasser comme trop incompétent pour prendre le contrôle du canal de Suez aux mains des Britanniques.

Le complot s'est effondré lorsqu'un des engins incendiaires s'est déclenché prématurément dans la poche de l'agent Philip Nathanson, à l'extérieur du cinéma Rio d'Alexandrie, lui brûlant les jambes jusqu'à ce qu'il en perde connaissance. Hospitalisé et interrogé par la police, Nathanson a vu son appartement perquisitionné, révélant ainsi l'identité de tous ses complices.
Les soucis de Nathanson et de ses complices ont été aggravés par le fait que leur responsable, Avraham Seidenberg, est devenu agent double et a dénoncé l'ensemble du réseau d'espionnage aux services du renseignement égyptiens. Ce qui a permis à la police de surveiller le cinéma bien avant que Nathanson n'y arrive avec sa bombe dissimulée dans son pantalon.
Le président égyptien Gamal Abdel Nasser.

La raison pour laquelle Seidenberg a trahi ses hommes reste un mystère : les historiens se demandent s'il a été arrêté puis retourné, s'il travaillait pour de l'argent ou s'il a simplement servi de bouc émissaire à des supérieurs incompétents (hypothèse qu'il a défendue jusqu'à la fin de sa vie, en 1993).
Quoi qu'il en soit, le complot fut un échec si retentissant qu'il a contraint le ministre de la Défense Pinhas Lavon à démissionner, et est depuis lors connu des historiens sous le nom d'"affaire Lavon".
Mais surtout, cette affaire a donné du crédit aux soupçons selon lesquels Israël serait responsable d'une série d'autres complots terroristes sous faux drapeau dans toute la région - notamment les attentats à la bombe de Bagdad de 1950-1951 -, dont on pense qu'ils ont été perpétrés par des agents israéliens pour "encourager" les Juifs locaux à émigrer en Israël.

En mai 1968, Benyamin Shalit, psychologue en chef de la marine israélienne, a convaincu Aman de se lancer dans un projet farfelu : faire subir un lavage de cerveau à un prisonnier palestinien, le transformer en tueur façon "The Manchurian Candidate" (Shalit s'était explicitement inspiré du film de 1962), puis le lâcher sur Yasser Arafat - alors tout nouveau dirigeant du Fatah.
Pinhas Lavon interviewé à son domicile en 1961.

Ayant trouvé l'agent idéal, un jeune homme de 28 ans "facilement influençable" et "pas particulièrement intelligent" portant le nom de code Fatkhi, Shalit passa les trois mois suivants à le conditionner, d'abord via une propagande anti-Arafat intensive, puis en s'efforçant de le convaincre qu'Arafat n'était qu'un piètre dirigeant pour le mouvement national palestinien en lui faisant subir une hypnose destinée à lui faire oublier sa mission une fois celle-ci accomplie, pour finir par un entraînement tactique et au maniement des armes à feu.
Shalit présenta son projet favori à Aharon Levran, l'un des trois membres d'un comité militaire secret qui planifiait l'assassinat d'Arafat.
"Fatkhi se tenait là, au milieu de la pièce, et Shalit lui parlait, comme s'ils menaient simplement une conversation des plus normales",
raconta plus tard Levran au journaliste israélien Ronen Bergman.
Yasser Arafat en couverture du magazine Time, le 13 décembre 1968.

Bergman a détaillé cette histoire d'hypnose qui a mal tourné dans son best-seller 'Rise and Kill First'.
"Soudain, Shalit a frappé du poing sur la table et Fatkhi s'est mis à courir autour de la table. Il réagissait instantanément à tous les gestes de Shalit. Puis il l'a emmené dans une pièce et nous a montré comment Fatkhi pointait son pistolet en position de tir chaque fois que la photo d'Arafat surgissait de l'un des meubles. C'était impressionnant".
Après des mois d'entraînement intensif, l'agent de Shalit fut largué en Jordanie avec un pistolet, une bombe et une radio pour infiltrer le QG d'Arafat, et s'en alla d'un pas assuré... droit vers un commissariat de police local, où il raconta son calvaire dans les moindres détails. Peu après, il "a prononcé un discours passionné en faveur de Yasser Arafat", selon Bergman. On était loin de MK-Ultra.
Le coup manquéEn 1972, Israël a lancé l'opération "Wrath of God" - une série d'attentats visant Septembre noir, une branche militante du Fatah responsable du massacre des Jeux olympiques de Munich en 1972 - une prise d'otages qui a mal tourné à cause d'une tentative de sauvetage ratée par des commandos ouest-allemands.
Pendant le reste des années 1970 (et plus encore si l'on compte les opérations dérivées), une vague de violence menée par le Mossad a déferlé sur le globe, tuant des membres, des sympathisants, des collecteurs de fonds, des intellectuels et des dirigeants de "Septembre noir", dans le but d'anéantir toute l'infrastructure politique et logistique du groupe.

En juillet 1973, une équipe du Mossad a localisé le chef de "Septembre noir", Ali Hassan Salameh, en le traquant dans les bains publics de la petite station de ski norvégienne de Lillehammer. Après l'avoir suivi, lui et sa femme enceinte, jusqu'à un cinéma local le lendemain, les agents ont tiré treize balles dans la tête et le corps de l'homme. L'opération fut un succès. L'organisateur de l'attentat de Munich n'était plus.
Du moins, c'est ce que croyait le Mossad. Le lendemain, les articles de presse consacrés à ce meurtre ont révélé que le défunt était en réalité Ahmed Bouchikhi, un immigrant marocain menant une vie tranquille à Lillehammer, sans aucun lien avec Munich ni avec aucune cause politique nationale, régionale ou internationale.
Certains agents ayant participé à la mission avaient signalé dès le départ que l'homme qu'ils avaient repéré ne ressemblait pas à Salameh et ne se comportait pas comme le chef d'un groupe international dangereux.
Épave calcinée de l'un des hélicoptères que "Septembre noir" prévoyait d'utiliser pour s'enfuir de Munich avec ses otages.

Les assassins ont été arrêtés après que la plaque d'immatriculation de leur voiture, louée légalement à l'aéroport d'Oslo sous les vrais noms des agents, a été repérée par un passant et signalée à la police. Deux agents ont été arrêtés alors qu'ils rendaient la voiture. Deux autres ont été retrouvés dans une planque du Mossad après qu'un agent eut tout avoué lors de son interrogatoire. Deux autres se sont réfugiés dans l'appartement du responsable de la sécurité de l'ambassade d'Israël, où ils ont également été appréhendés.
Cinq des six hommes ont été reconnus coupables de complicité de meurtre, d'espionnage et d'utilisation de faux documents. En mai 1975, tous les cinq ont été discrètement libérés et expulsés vers Israël à la suite d'une intense campagne de lobbying et de pressions de la part d'Israël.
Steven Spielberg, notamment, n'a pas mentionné l'affaire de Lillehammer dans son film Munich (2005), soi-disant parce qu'elle impliquait "une autre équipe d'assassins" que celle dépeinte dans son film.
Ahmed Bouchikhi (à gauche) et Ali Hassan Salameh (à droite).

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Une négligence qui détruit toute une agenceEn 1984, le Lekem - le service de renseignement du Bureau des relations scientifiques, aujourd'hui disparu - a recruté Jonathan Pollard, un chercheur excentrique et à l'équilibre émotionnel précaire du service du renseignement de la marine américaine, doté d'une habilitation de sécurité de haut niveau, qui s'est porté volontaire pour devenir l'instrument docile d'Israël.
Au cours des 18 mois suivants, Pollard a fourni au Lekem une mine d'or d'informations inestimables : environ 2 300 documents, dont 1 500 notes de renseignement et plus de 800 rapports hautement classifiés portant sur des sujets aussi variés que les armées des pays arabes, les coordonnées du QG de l'OLP en Tunisie, des détails sur le programme nucléaire pakistanais, les livraisons d'armes soviétiques et les opérations à travers le Moyen-Orient, la reconnaissance par satellite, des informations sur les équipements américains classifiés de guerre électronique, et le Saint Graal : le manuel SIGINT de la NSA en dix volumes.
Pollard était négligent. Incroyablement, indéniablement, prodigieusement négligent. Une enquête journalistique menée en 1999 par Seymour Hersh a révélé que l'espion transportait ouvertement des documents à la vue de ses collègues - dans sa mallette, dans des sacs de courses et, au moins une fois, dans un chariot tellement chargé que des agents de sécurité ont dû l'aider à franchir la porte.
Affiche promotionnelle du film Munich (2005) de Spielberg.

Pire encore, il se vantait ouvertement auprès de ses collègues de ses liens avec les services du renseignement israéliens et de ses prétendues "opérations actives" au Moyen-Orient. Ses supérieurs ont d'abord rejeté ses propos, les considérant comme de futiles fanfaronnades excentriques, jusqu'à ce qu'un collègue l'aperçoive en train de transporter une liasse de documents classifiés vers sa voiture en pleine journée de travail, déclenchant ainsi une enquête.
Se rendant compte que le FBI était sur sa piste fin 1985, Pollard a ordonné à sa femme de débarrasser leur appartement des 32 kg de documents classifiés qu'il y avait laissés traîner (ils ont remis ces documents à leur voisin, un officier de la marine).
Après avoir été interrogé puis relâché sous surveillance, la première initiative de Pollard a été de contacter son responsable à l'ambassade d'Israël. Ne comprenant pas qu'il devait fuir le pays immédiatement, Pollard est resté à Washington près de trois jours supplémentaires avant de décider de se rendre en voiture à l'ambassade, en essayant de semer un véhicule du FBI et un hélicoptère à ses trousses, avant de foncer dans les grilles et de demander l'asile, pour finalement être expulsé des lieux et arrêté.
Centre de soutien du renseignement naval. 1983.

Condamné à la prison à perpétuité, Pollard n'a pas eu autant de chance que certains autres agents de la liste, puisqu'il a purgé sept de ses trente ans en isolement cellulaire. Il a été libéré en 2015 et a émigré en Israël en 2020 à l'expiration de sa liberté conditionnelle. Son principal passe-temps ces derniers temps semble être d'accorder des interviews dans lesquelles il exige qu'Israël lance des bombes nucléaires sur l'Iran et se prépare à la guerre contre l'Égypte et la Turquie.
En 2026, le Congrès a approuvé un amendement à la loi de 2027 sur l'autorisation de la défense nationale qui oblige les États-Unis à partager des renseignements sensibles avec Israël, rendant ainsi obsolète le travail de Pollard.
Quant à Lekem, le scandale Pollard s'est avéré si embarrassant que Tel-Aviv a dissous l'ensemble de l'organisation (ses missions ont probablement été intégrées à d'autres agences).
Jonathan Pollard après son arrestation.

En 1997, des agents du Mossad déguisés en touristes canadiens ont exécuté un complot visant à assassiner Khaled Mashal, alors chef de la branche politique du Hamas à Amman, en Jordanie : ils l'ont coincé devant son bureau et lui ont enfoncé dans l'oreille un dispositif injectant une toxine opiacée synthétique mortelle.
Mashal ne s'est pas rendu compte immédiatement de ce qui venait de lui arriver. Ce n'est que plusieurs heures plus tard, lorsqu'il a été pris de violents malaises, puis est tombé dans le coma, qu'il a compris ce qui s'était passé. Cependant, son chauffeur et son garde du corps ont pris en chasse les deux assassins en herbe, les ont rattrapés grâce à l'aide de passants et les ont remis à la police pour qu'ils soient interrogés.
Jonathan Pollard accueilli par Benjamin Netanyahu à son arrivée en Israël en 2020.

Une fois informé des faits, le roi Hussein a lancé un ultimatum à Israël :
"Remettez-nous un antidote, sinon vos agents seront pendus et le pacte de normalisation israélo-jordanien de 1994 sera réduit à néant".
Le président Clinton a pressé Netanyahu de se conformer à cette exigence.
L'antidote a été livré, Mashal a été réanimé, et la Jordanie a même contraint Israël à libérer le fondateur du Hamas, le cheikh Ahmed Yassin, ainsi que des dizaines de prisonniers palestiniens. Netanyahu s'est ensuite rendu en avion à Amman pour présenter personnellement ses excuses à Hussein. Les agents malchanceux ont été libérés.

Et Mashal ? Il est toujours en vie aujourd'hui et occupe le poste de chef du bureau politique du Hamas à l'étranger. Il a même brièvement assumé la fonction de dirigeant par intérim à deux reprises en 2024, après les assassinats d'Ismail Haniyeh et de Yahya Sinwar.
Pourquoi Israël ne l'a-t-il pas pris pour cible depuis ? Peut-être parce qu'il est considéré comme un "modéré", ayant proposé une trêve à long terme fondée sur les frontières de 1967, et préférant s'aligner sur le Qatar, la Turquie et les Frères musulmans plutôt que sur l'Iran.
Le prof de "L'art du mensonge" s'avère être... un menteurÀ peine deux mois après le scandale Mashal, la police israélienne a arrêté Yehuda Gil, un ancien chef des services secrets et instructeur respecté de l'académie du Mossad, spécialisé dans la formation des cadets à l'art de mentir efficacement.
Les chefs d'accusation retenus contre lui ? Fraude et détournement de fonds : il a remis des rapports falsifiés concernant de prétendus plans syriens visant une offensive éclair pour reprendre le plateau du Golan - attribués à une taupe, "une source militaire syrienne de haut rang" inventée de toutes pièces par Gil lui-même (qui a empoché l'argent des pots-de-vin destiné à sa "source" fictive).
Le roi Hussein de Jordanie, en 1997.

Gil a été démasqué parce que ses rapports sur l'attaque imminente de la Syrie contredisaient totalement les observations sur le terrain d'Aman et d'autres sources de l'agence. Le Mossad a lancé une enquête interne, plaçant Gil sous surveillance.
Sa défense ? Pour l'essentiel, il affirmait s'ennuyer depuis sa retraite en 1989 :
"La seule explication que je puisse donner, avec le recul, est une crise personnelle provoquée par mon départ à la retraite. J'avais besoin de continuer à faire mes preuves, de montrer que j'étais toujours compétent, et qu'ils avaient encore besoin de moi".
Gil a été condamné en 1999, n'a purgé que moins de deux ans de sa peine et a été libéré en décembre 2000 pour bonne conduite.
Les mensonges de Gil ont failli pousser Israël à se mobiliser pour la guerre contre la Syrie et ont profondément érodé la confiance aveugle que les dirigeants politiques israéliens accordaient depuis des décennies au Mossad.
Yehuda Gil dans les années 1980.

En février 1998, cinq agents du Mossad ont débarqué dans une banlieue endormie de Berne, en Suisse, avec pour mission d'installer du matériel d'écoute pour surveiller Abdallah el-Zein, un ressortissant libanais soupçonné de liens avec le Hezbollah.
En pénétrant au cœur de la nuit dans le sous-sol de l'immeuble où vivait el-Zein pour poser un micro sur un boîtier de raccordement téléphonique, les agents ont fait tellement de boucan en grattant et en perçant qu'un voisin a signalé ce comportement suspect à la police qui est rapidement intervenue et les a tous arrêtés.
Quatre d'entre eux ont été relâchés, ayant réussi d'une manière ou d'une autre à convaincre la police qu'ils s'étaient rendus au sous-sol pour s'adonner à des ébats amoureux passionnés. Ils ont immédiatement fui le pays.
Le cinquième a eu moins de chance : il a été pris en flagrant délit, avec du matériel d'espionnage sophistiqué et plusieurs faux passeports dans sa sacoche. Il a été jugé par un tribunal fédéral suisse et condamné à une peine avec sursis, assortie d'une interdiction d'entrer en Suisse pendant cinq ans, puis renvoyé en Israël mi-2000.

Et el-Zein ? Il s'est avéré qu'il n'était qu'un homme d'affaires dirigeant un centre communautaire chiite local. Les enquêteurs suisses n'ont trouvé aucune preuve de liens avec le Hezbollah, ni d'activité illégale dans son centre. Comment le Mossad a-t-il pu le désigner comme coordinateur potentiel d'attaques contre des intérêts israéliens en Europe et en Amérique latine ? Nul ne le sait.
Le scandale el-Zein a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase pour le chef du Mossad, Danny Yatom, encore sous le choc de l'opération d'assassinat ratée en Jordanie. Il a démissionné peu après que ses agents à Berne se sont fait prendre.
L'agent du Mossad accusé et son avocat, d'après un croquis réalisé dans la salle d'audience.

En 2004, une cellule du Mossad s'est introduite en Nouvelle-Zélande avec pour unique mission d'obtenir un passeport néo-zélandais - très prisé pour l'accès sans visa qu'il offre à un grand nombre de pays, dont la plupart des pays occidentaux et des États arabes du Golfe.
En déposant une demande de passeport à l'aide des informations d'un jeune homme gravement handicapé dont ils ont usurpé l'identité, tout semblait bien se passer pour les espions jusqu'à ce qu'un agent des services des passeports passe un coup de fil de routine à l'un des demandeurs pour vérifier certains détails.
Le stratagème s'est effondré instantanément : l'agent s'est méfié lorsque le "demandeur", censé avoir vécu toute sa vie en Nouvelle-Zélande, lui a répondu avec un accent nord-américain très prononcé. Le fonctionnaire a appelé la famille du véritable titulaire de l'identité, qui lui a indiqué que l'homme "demandant un passeport" était tétraplégique et placé en établissement médicalisé.
Danny Yatom avec Netanyahou en 1997.

Les services du renseignement intérieur et la police néo-zélandais ont été informés et ont mis en place un vaste dispositif de surveillance électronique et physique qui a abouti à une opération d'infiltration impliquant une société de messagerie spécialisée dans les voyages. L'agent Uriel Kelman a été arrêté lorsqu'il est venu récupérer son passeport. Son complice, Eli Cara, a été appréhendé alors qu'il faisait le guet. Un troisième agent a réussi à fuir le pays avant d'être arrêté.
Les deux hommes ont immédiatement plaidé coupables de fraude au passeport, mais ont catégoriquement nié travailler pour Israël. La Première ministre Helen Clark n'y a pas cru, ayant obtenu des informations prouvant leur culpabilité de la part des services du renseignement. Elle a gelé les contacts diplomatiques aux plus hauts niveaux et a reporté l'accueil d'un nouvel ambassadeur israélien. Tel-Aviv a été contraint de présenter des excuses officielles.
Les agents ont été condamnés à six mois de prison dans un établissement de haute sécurité et à verser une amende à l'Association néo-zélandaise de la paralysie cérébrale, mais ont été libérés avant terme et expulsés du pays plus tard la même année.

L'agent du Mossad Ben Zygier traversait une mauvaise passe. Affecté à un travail de bureau ennuyeux à Tel-Aviv après avoir échoué dans une mission visant à infiltrer des entreprises européennes faisant affaire avec l'Iran et la Syrie, Zygier a décidé de s'attirer les faveurs de ses supérieurs en lançant, en 2008, une opération non autorisée destinée à transformer un contact d'Europe de l'Est lié au Hezbollah en agent double.
Pour prouver sa crédibilité, Zygier a remis à ce contact les pièces d'identité de deux informateurs libanais haut placés qui espionnaient le Hezbollah pour le compte du Mossad. Le contact a immédiatement transmis leurs noms au mouvement militant ; tous deux ont été arrêtés puis condamnés à 15 ans de prison.
Les deux agents du Mossad arrêtés par les services de renseignement néo-zélandais lors de leur procès.

Zygier a été arrêté en janvier 2010 par le Shin Bet, puis incarcéré sous le pseudonyme de "Prisonnier X" à la tristement célèbre prison d'Ayalon, en Israël, dans l'attente de son procès.
Le sort des informateurs libanais était loin d'être la seule raison ayant conduit à l'arrestation de Zygier. Alors qu'il préparait son master en gestion d'entreprise (MBA) à Melbourne en 2009, il s'est vanté auprès de ses camarades de promotion de son travail top secret pour le Mossad, ce qui l'a rendu suspect aux yeux des services du renseignement australiens. Il s'est avéré que l'un de ses camarades de promotion était lui aussi soupçonné d'entretenir des liens informels avec l'Iran.
L'histoire de Zygier ne s'arrête pas là. Il se serait pendu avec un drap dans sa cellule "anti-suicide" fin 2010. Certains journalistes et commentateurs ont soupçonné un acte criminel, évoquant des ecchymoses sur les bras de l'homme et des traces de sédatifs dans son organisme.
Ben Zygier à une époque plus heureuse.

En 2021, Yossi Sariel, commandant de l'armée israélienne (IDF) et de l'unité d'élite 8200 d'Aman spécialisée dans le renseignement d'origine électromagnétique (SIGINT), a publié 'The Human-Machine Team' - un ouvrage décrivant un plan visant à créer une synergie symbiotique entre l'intelligence humaine et l'intelligence artificielle, qui allait servir de modèle aux systèmes automatisés de la "chaîne de destruction" déployés par Israël à Gaza deux ans plus tard - Lavender, Gospel, Where's Daddy?, etc.
Cet ouvrage, auto-publié par Sariel sous le pseudonyme de "général de brigade Y.S.", ne s'est pas particulièrement bien vendu, mais a trouvé son public de niche sur Amazon.
Prison d'Ayalon, photo d'archive.

Tout semblait aller pour le mieux jusqu'en 2024, lorsque des journalistes ont découvert que l'édition Kindle du livre renvoyait directement au compte Google personnel de Sariel, contenant son nom, son identifiant personnel et même des liens vers des cartes et ses profils d'agenda (quel genre de commandant de la cyber élite possède un compte Google, d'ailleurs) ?
Le scandale qui s'ensuivit fut une véritable humiliation. Dans le monde du renseignement, les commandants sur le terrain, les agents et les officiers sont censés préserver la confidentialité de leurs noms et de leurs fonctions pour des raisons de sécurité et de sûreté opérationnelle. C'était déjà suffisamment grave que Sariel ait utilisé ses vraies initiales pour publier son livre. Désormais, son nom complet était de notoriété publique.
Sariel a démissionné la même année, officiellement en raison des défaillances catastrophiques des services du renseignement à l'origine des événements du 7 octobre 2023.
Le côté positif, c'est que les ventes de son livre ont explosé. Sariel travaille désormais dans le secteur privé pour une start-up spécialisée dans l'IA générative et la robotique. Après tout, personne n'a été lésé (enfin, à part tous ceux qui ont été tués par ses "chaînes de destruction" basées sur l'IA).
Yossi Sariel.

Citer ces affaires ne vise en aucun cas à sous-estimer la cruauté, la détermination et la portée des services du renseignement israéliens. Mais elles montrent simplement qu'ils sont loin d'être composés de surhommes invincibles et surdoués, prêts à tout pour rendre gloire à Israël et anéantir ses ennemis. Quant à la communauté du renseignement israélienne dans son ensemble, les récentes guerres contre l'Iran ont révélé que le renseignement israélien est loin d'être aussi omnipotent et imparable qu'il le prétend.
Traduit par Spirit of Free Speech