31/08/2026 linvestigateurafricain.tg  4min #325065

 Niger : des dizaines de mutins capturés après la reprise de la base 101, le commandement salue l'appui des militaires russes

Mutinerie à Niamey : retour au calme, mais de profondes fractures au sein de l'armée nigérienne

Komla YAWO

La mutinerie à Niamey est désormais contenue, mais son onde de choc pourrait durablement fragiliser le pouvoir militaire nigérien. Après plusieurs heures de tirs et de détonations, les autorités ont repris le contrôle des principaux sites stratégiques de la capitale, tandis que la vie reprenait progressivement son cours dimanche. Mais derrière ce retour au calme se dessine une réalité plus préoccupante, l'armée nigérienne apparaît divisée et le régime du général  Abdourahamane Tiani vient de subir l'une de ses plus sérieuses menaces depuis le coup d'État de juillet 2023.

Mutinerie à Niamey, que s'est-il réellement passé ?

Les affrontements ont commencé dans la nuit du vendredi 28 au samedi 29 août autour de la Base 101, située dans l'enceinte de l'aéroport international Diori-Hamani. Des soldats mutinés ont ensuite tenté de progresser vers plusieurs sites sensibles, notamment le palais présidentiel et la télévision nationale. Les combats ont provoqué des tirs nourris et des explosions dans plusieurs secteurs de la capitale. La télévision publique a momentanément interrompu ses programmes avant de reprendre ses émissions.

Les mutins seraient principalement de jeunes militaires issus des forces spéciales, avec également des éléments venus de zones comme Ouallam, Téra et Dosso. Ces régions sont particulièrement exposées aux attaques des groupes armés jihadistes. Cette origine géographique nourrit l'hypothèse d'un mécontentement lié aux conditions de combat, aux pertes enregistrées sur le terrain et à la capacité du pouvoir à répondre à l'insécurité.

Après plusieurs heures d'incertitude, les forces loyales au régime ont repris la Base 101. L'intervention de l'Africa Corps russe a été déterminante. Selon plusieurs sources, environ 200 à 300 éléments russes ont participé aux opérations contre les mutins, à la demande des autorités nigériennes.

Quel bilan et où est le général Tiani ?

Le bilan exact reste difficile à établir. Les autorités nigériennes et les médias d'État font état de dizaines de militaires tués ou arrêtés. Plusieurs soldats auraient également été faits prisonniers après la reprise des positions occupées. Mais aucun bilan officiel complet des morts et des blessés n'a, pour l'heure, permis de mesurer précisément l'ampleur des affrontements.

Une autre question domine les interrogations; le général Abdourahamane Tiani est-il vivant ? À ce stade, rien n'indique qu'il ait été tué ou blessé comme l'on fait croire différents internautes. En revanche, son absence de toute apparition publique depuis les affrontements entretient les spéculations. Les sources disponibles ne permettent donc pas de confirmer publiquement sa localisation au moment où la situation a été rétablie.

La garde présidentielle, ancienne unité dirigée par Tiani avant son arrivée au pouvoir, lui est restée fidèle et a joué un rôle central dans la défense des institutions. Cette loyauté a probablement contribué à empêcher les mutins de prendre le contrôle du palais présidentiel.

Un retour au calme qui ne règle pas la crise

Le principal enseignement de cette mutinerie dépasse donc les affrontements eux-mêmes. Le régime avait justifié son arrivée au pouvoir en 2023 par la promesse de restaurer la sécurité. Or les attaques jihadistes continuent de provoquer de lourdes pertes dans les rangs de l'armée, notamment dans l'ouest du pays. Cette situation nourrit la frustration de certains militaires et fragilise la cohésion de l'appareil sécuritaire.

L'épisode révèle également une dépendance croissante du pouvoir nigérien à l'égard de la Russie. Alors que Niamey a rompu avec plusieurs partenaires occidentaux, notamment la France, ce sont désormais les éléments russes de  l'Africa Corps qui ont contribué à sauver le régime d'une menace venue de l'intérieur même de l'armée.

Le calme revenu dans les rues de Niamey ne signifie donc pas que la crise est terminée. Le pouvoir devra désormais identifier les causes profondes de cette mutinerie, rétablir la confiance dans les rangs et éviter de nouvelles divisions. Car si les armes se sont tues, la fracture au sein de l'armée nigérienne pourrait, elle, être beaucoup plus difficile à refermer.

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