• Impuissance confirmée de la défense ('Patriot'), crise majeure de la direction, voilà les deux nouvelles illustrant la crise existentielle du Pentagone. • L'attaque iranienne de bases américaniste en Jordanie confirme l'impuissance pathétique des moyens de défense des forces, appuyées sur le 'Patriot', cette quincaillerie aussi ratée que le F-35 et que tous les alliés réclament à grands cris. • La démission du Secrétaire à l'US Army Dan Driscoll, ami du vice-président JD Vance, boucle la crise en la politisant gravement.
Cela fait des décennies, pas loin de trois-quarts de siècle, que l'on se demande comment réformer l'irréformable, - le monstre, le 'Titanic', 'Moby Dick' (comme l'avait nommé en 1998 le secrétaire à la défense Cohen, également poète). Le premier à avoir sonné l'alarme était justement un militaire : le General of the Army et président des États-Unis Dwight Eisenhower, dans son fameux discours d'adieu de janvier 1961 sur le Complexe Militaro-Industriel (CMI). On y lisait notamment ce paragraphe, et nous avons mis en évidence, en caractère gras, le qualificatif qui nous importe...
"Cette conjonction d'un appareil militaire colossal et d'une importante industrie d'armement est inédite dans l'histoire américaine. Son influence totale - économique, politique, voire spirituelle - se fait sentir dans chaque ville, chaque assemblée législative d'État, chaque bureau du gouvernement fédéral. Nous reconnaissons l'impérieuse nécessité de ce développement. Cependant, nous ne devons pas sous-estimer ses graves implications. Notre richesse, nos ressources et nos moyens de subsistance sont tous en jeu ; c'est le fondement même de notre société."
Ce qui est en jeu, à mesure que s'amoncellent les éléments de la crise du commandement et de la direction civile et de la crise des forces dans les conflits poursuivis ou démarrés par une présidence folle, c'est la viabilité et la stabilité du monstre, - la crise fondamentale et existentielle de 'Moby Dick', qui est l'un des moteurs essentiels de la GrandeCrise. (ce pourquoi le qualificatif "spirituel" est fondamental dans le discours d'Eisenhower, puisque correspondant à l'universalité civilisationnelle de cet événement). On a connu ces derniers jours deux épisodes :
• l'échec retentissant du missile-mythique de défense anti-missile, le 'Patriot', et
• la démission du Secrétaire à l'US Army Dan Driscoll, un proche de J.D. Vance en conflit aigu depuis des mois avec le secrétaire à la défense ("à la guerre") Pete Hegseth.
Malgré le rideau de silence de CentralCommand et des Jordaniens sur les résultats de l'attaque iranienne de dimanche,- mis à part quelques chiffres triomphants fort peu convainquants, - il semble qu'elle ait été particulièrement efficace. Il s'agissait d'une attaque contre des bases de concentration des forces terrestres, principalement des Marines. Le but des Iraniens, qui ont utilisé des missiles anciens, était d'abord d'épuiser la défense par missiles tout en causant certains dégâts. Cette tactique iranienne est maintenant bien au point tandis que les 'Patriot' ne cessent de confirmer leur médiocrité.
Un compte-rendu du journal 'Military Watch', qui s'appuie sur des photos des phases terminales des tirs iraniens, confirme ce qu'on sait depuis des décennies sur ce missile. Malgré les améliorations apportées sur les versions avancées, qui portent sur leurs capacités anti-missiles, ces subterfuges ne suppriment guère ses faiblesses conceptuelles évidentes depuis les années 1990 (voir nos textes du 1er avril 2018 et du 14 décembre 2022, qui reprennent des arguments et des précisions connus depuis l origine et sans cesse confirmés par les différentes campagnes réalisées depuis malgré les fables de la presseSystème qui ne parviennent à faire de l'engin qu'un simulacre-mythique.).
Le compte-rendu de 'Military Watch', - extrêmement bien documenté et de très bonne réputation dans la presse militaire US, - reprend la situation générale des 'Patriot' pour la séquence de ces derniers mois et les chiffres impressionnants du gâchis totalement inefficaces de ce système.
La direction du Pentagone en crise ouverte"Dans la nuit du 30 août, l'armée américaine a tiré plus de 80 missiles sol-air du système MIM-104 Patriot contre des missiles balistiques iraniens en approche au-dessus de la Jordanie, en utilisant deux batteries déployées depuis Ansbach, en Allemagne. Près de quatre tirs de Patriot ont été effectués contre chaque missile iranien, la grande majorité des tirs ayant été filmés. Chaque intercepteur Patriot coûte environ quatre à cinq fois plus cher que les missiles balistiques iraniens utilisés lors de l'attaque. Cette opération met en lumière un défi croissant pour les systèmes de défense antimissile américains : les attaquants peuvent imposer des coûts disproportionnés en forçant les défenseurs à utiliser des intercepteurs, une ressource rare.
" L'Iran a lancé son attaque contre les bases américaines en représailles à une frappe américaine contre des installations navales iraniennes, qui a fait de nombreuses victimes. L'utilisation, selon certaines estimations, de plus de 80 intercepteurs PAC-3 lors d'un seul engagement représente plus de dix pour cent de l'arsenal américain total, alors même que les intercepteurs sont en pénurie dans le monde occidental, principalement en raison de leur utilisation massive contre l'Iran, mais aussi des importants dons faits à l'Ukraine. Si des sources gouvernementales américaines ont affirmé qu'aucune installation n'avait été endommagée par les frappes iraniennes, des images prises au sol et par satellite ont confirmé des dégâts, renforçant les inquiétudes persistantes quant à l'efficacité limitée du système Patriot.
"Les frappes iraniennes sont décrites comme étant planifiées selon une stratégie d'épuisement des intercepteurs, qui tire parti des importants stocks de missiles de première génération tels que le Shahab 3, acquis dans les années 1990. L'Iran n'a pas nécessairement besoin que tous ses missiles balistiques atteignent leur cible si ces derniers contraignent les batteries américaines à lancer plusieurs intercepteurs en réponse. Si plusieurs intercepteurs sont tirés contre un même missile, le nombre d'armes défensives consommées peut rapidement dépasser le nombre d'armes offensives qui parviennent effectivement à pénétrer le système de défense. Les États-Unis ont lancé des attaques contre l'Iran en février alors que leur arsenal d'intercepteurs pour systèmes Patriot était déjà fortement réduit. En juillet 2026, il a été confirmé que les stocks étaient tombés à seulement 25% du volume jugé nécessaire par le Pentagone. Plusieurs sources occidentales ont confirmé le 5 mars 2026 que l'armée américaine avait utilisé plus de 800 intercepteurs de systèmes Patriot en seulement cinq jours d'engagements avec les forces iraniennes. Les pénuries étaient telles qu'en mars, les États-Unis ont été contraints de demander des intercepteurs à la Pologne pour reconstituer leurs stocks.
" Face à ces graves pénuries d'intercepteurs et d'autres missiles, les États-Unis ont été contraints de suspendre leurs livraisons d'armes à leurs partenaires stratégiques en Asie et en Europe, et de retirer un grand nombre de moyens du théâtre d'opérations du Pacifique, notamment les systèmes THAAD et Patriot en Corée du Sud. L'Iran a utilisé une large gamme de missiles et de drones pour atteindre ses cibles. Les cibles prioritaires sont frappées par des missiles plus complexes et coûteux, comme le Fattah 2, qui intègre un planeur hypersonique quasi impossible à intercepter. Fin mars, le journal israélien Haaretz a confirmé que 80% des missiles iraniens lancés contre des cibles israéliennes atteignaient leur cible, ce qui indique que les bases américaines en Europe, bien moins bien défendues, pourraient être très vulnérables."
La démission du Secrétaire à l'US Army Dan Driscoll, un proche de JD Vance, a eu un écho considérable en raison de la stature et du rôle important joué par Driscoll dans des questions dépassant son mandat (participation, avec Vance, aux tentatives d'arriver à un règlement pacifique de la guerre en Ukraine). Son départ couronne une crise majeure de l'US Army avec des déplacements et des départs brutaux d'officiers généraux. (L'US Army ne dispose plus désormais de responsable civil ou militaire autorisé à participer à des auditions des commissions spéciales du Congrès.)
La déclaration officielle de la Maison-Blanche, avec l'intention de dissimuler la crise, parvient paradoxalement à en confirmer l'importance en couvrant de fleurs Driscoll (sans doute sur l'insistance de Vance), avec une précision fantasmée d'un comique involontaire sur l'état de l'US Army. Si un homme aussi méritant s'en va sans aucune obligation extérieure, c'est bien que la crise illustrant sa mésentente avec Hegseth et la direction du Pentagone est très grave...
Le compte-rendu de l'événement est donné ici par FoxNews , ce qui nous protège de la moindre critique pas très aimable de Trump, - et aggravant encore plus le sentiment de crise !
"Le secrétaire à l'Armée de terre, Dan Driscoll, a présenté sa démission au président Trump après 18 mois en poste, a confirmé la Maison Blanche lundi. Ce départ est le dernier en date d'un haut responsable militaire sous l'administration Trump et intervient après des mois de tensions avec le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth.
""Le secrétaire Driscoll a joué un rôle déterminant dans la mise en œuvre du programme du président Trump visant à renforcer la puissance de l'Amérique au sein du département de l'Armée de terre, en faisant preuve d'un leadership exceptionnel lors d'opérations militaires historiques, en remettant l'accent sur la préparation et la capacité de frappe, en contribuant aux négociations entre la Russie et l'Ukraine, et bien plus encore", a déclaré la porte-parole de la Maison Blanche, Anna Kelly, dans un communiqué.
" "L'Armée de terre américaine est plus puissante que jamais grâce à son travail aux côtés du commandant en chef et du secrétaire à la Guerre", a-t-elle ajouté.
"En avril, Hegseth a relevé de ses fonctions le plus haut gradé de l'armée de terre américaine, le général Randy George. Puis, en juin, le général Christopher Donahue, commandant des forces terrestres américaines en Europe et en Afrique, a démissionné de manière inattendue.
" Driscoll, vétéran de la guerre en Irak, investisseur technologique et ancien conseiller du vice-président JD Vance, a rencontré ce dernier à la faculté de droit de Yale. Lors de sa nomination en 2024, Trump l'a décrit comme "un acteur de rupture et un agent du changement".
"En tant que secrétaire à l'Armée de terre, Driscoll a également assumé la tâche inhabituelle de contribuer aux négociations visant à mettre fin à la guerre russo-ukrainienne. Il a été un fervent défenseur de la réduction des obstacles à la passation de marchés afin que les entreprises puissent développer plus rapidement des drones et des technologies anti-drones."
Tout concourt donc à faire du départ de Driscoll une crise majeure de la direction civile du Pentagone, alors que "L'Armée de terre américaine est plus puissante que jamais", comme on peut chaque jour le constater sur divers théâtres des opérations. Le départ de Driscoll a également une grande signification politique en raison de ses liens avec Vance et du mécontentement à peine dissimulée des deux hommes après que leur tentative d'aboutir à un accord avec les Russes sur l'Ukraine ait été torpillée par l'entourage ultra-neocon de Trump.
Le député démocrate Jason Crowe, lui aussi et comme Driscoll vétéran des guerres diverses post-9/11, a vivement mis en cause le secrétaire à la défense ("à la guerre" comme à la guerre) Hegseth dans cette affaire.
"Le député Jason Crow a lancé une attaque virulente contre le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, après la démission du secrétaire à l'Armée de terre, Dan Driscoll, avertissant que les troubles au Pentagone sont particulièrement dangereux alors que les États-Unis restent engagés dans un conflit à l'étranger."
Crowe renforce ainsi un courant plaidant pour le renvoi de Hegseth par Trump, et son remplacement éventuel par Driscoll. C'est un scénario impossible à imaginer de façon réaliste, tant la vanité perverse-narcissique de Trump est engagée dans le soutien à Hegseth qui ne cesse de lui distiller du Fake à haute dose, conforme au simulacre que Netanyahou ne cesse de décorer de guirlandes multicolores-LGTBQ pour le bonheur du président US... Néanmoins et pour nous contredire nous-mêmes face à l'incontinence morale de Trump, si la pression devient trop forte et la situation face à l'Iran trop mauvaise, Trump, selon son habitude, se débarrassera de Hegseth comme fusible de circonstance.
De 'The House of War' à "l'Indicible"Ces deux cas frappent en l'accentuant presque jusqu'à la rupture le phénomène crisique du Pentagone en-cours quasiment dès sa création et les années Eisenhower encombrées des frères Dulles et d'un LeMay, - comme si le Pentagone était bien cette ' House of War' installée dans l'immense Pentagone (ce bâtiment devait être un hôpital) depuis un 11 septembre (1941), parcourue de signes satanistes et suçant le sang de la richesse américaine comme un monstrueux parasite. Cela, comme l'écrivait et le décrivait dans son livre au titre éponyme James Carroll, un écrivain fils d'un général et venu de la religion à l'activisme anti-guerre, de la même plume d'anxiété métaphysique que James Douglass, l'auteur de 'JFK et l'Indicible' décrivant le sort d'une autre victime sacramentelle du monstre.
C'est dire si nous percevons cette situation de crise désormais hyper-active du Pentagone, comme non seulement politique, technologique et opérationnelle, - mais également comme "spirituelle" selon le mot du président Eisenhower. La situation du Pentagone reflète la crise de l'effondrement des Etats-Unis, dans le cadre d'une guerre absurde et quasiment autodestructrice, lancée par un personnage, - mises à part toutes les intrigues nihilistes des Netanyahou et autres neocon, et les salades grotesques de l'hollywoodisme, - qui semble avoir été mis à la place qu'il occupe pour accomplir et terminer une destinée absolument tragique entrevue par des poètes comme Walt Whutman et des hommes d'État comme Abraham Lincoln. Sans hésiter, nous lui accordons une place fondamentale, d'essence purement "spirituelle" infestée par le satanisme, quelque chose de plus grave que la cupidité de Wall Street, que l'inégalité du foisonnement des milliardaires, que les rêveries pleines de ' Fantasy' des dirigeants des 'High Tech' qui ont peut-être inventé avec l'intelligence artificielle un processus capable de finaliser l'autodestruction en cours.
Que va-t-il se passer ? Rien ne vaut l' inconnaissance pour ne pas répondre à une question qui est celle de "l'Indicible". Ce n'est pas un hasard, tant s'en faut, si nous avons cité, pour ouvrir cette rapide réflexion de conclusion deux écrivains venus de la spiritualité religieuse qui nous annoncent la Fin des Temps, - du notre, en tout cas.
"It's not the econimics, stupid !"
Mis en ligne le 2 septembre 2026 à 12H00