🌎 02/09/2026 reseauinternational.net  6min #325323

 Le pétrole vénézuélien accaparé par Washington: que sont devenus les revenus pétroliers depuis le 3 janvier 2026 ?

Le rêve de Trump est devenu réalité : le pétrole vénézuélien est désormais entre les mains des États-Unis

par Seph

Le vendredi 28 août au soir, les États-Unis ont conclu un accord avec Delcy Rodriguez pour prendre le contrôle de 65 milliards de barils de réserves prouvées du Venezuela :

"Sur mes instructions, le secrétaire d'État Marco Rubio et le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth, en étroite collaboration avec la très respectée présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, et en partenariat avec le secteur privé, ont permis aux États-Unis de contrôler plus de 65 milliards de barils de réserves pétrolières prouvées au Venezuela, sans aucun coût pour le contribuable américain. Cet accord historique fait plus que doubler la taille des réserves pétrolières américaines", a écrit Trump dans sa publication sur Truth Social.

"Notre objectif est de renforcer notre position de pays producteur d'énergie, de mettre nos vastes réserves au service du développement national, de créer des emplois, d'augmenter les revenus de nos travailleurs et d'améliorer le bien-être de notre population", a déclaré Delcy Rodriguez, sur Telegram.

Elle a précisé que l'accord prévoit le développement de 17 gisements pétroliers, des investissements de plus de 100 milliards de dollars et des recettes fiscales estimées à 209 milliards de dollars pour le gouvernement vénézuélien.

Rodriguez a expliqué que, prenant 65 dollars comme prix de référence par baril, les revenus du Venezuela atteindraient 209,335 millions de dollars, ce qui signifie que pour chaque baril produit et vendu, le pays recevrait environ 19 dollars.

Tout le monde est satisfait !!!!. Cela soulève la question suivante : quelle est la part des recettes qui sera réellement restituée au Venezuela ?

Examinons les éléments de cet accord qu'on a en possession :

Les détails de l'accord n'ont pas encore été divulgués, mais une source anonyme a décrit cet arrangement inhabituel comme une sorte de "partenariat public-privé" entre les États-Unis, des entreprises privées et le Venezuela. Selon ce responsable, cité par le New York Times : "avec le soutien des États-Unis, Rodriguez a accordé à une entreprise privée (apparemment Chevron) des concessions de 100 ans sur des gisements aux réserves prouvées de 63 milliards de barils".

L'accord accorde aux États-Unis 55% de la production totale de cette "nouvelle société privée", assortie d'une participation au capital et du droit d'acheter le pétrole au prix coûtant. Ce droit s'élève à 20% de la production !!!!!

De plus, l'opération sera supervisée par la Strategic Cap l Agency du Pentagone, qui contribue au financement de projets qui, comme l'ont démontré les guerres en Iran, au Venezuela, au Yémen, en Somalie, au Nigeria, en Syrie et en Irak, et indirectement à Gaza et au Liban, "renforcent la défense nationale américaine".

Par ailleurs, en juin, Trump a déclaré que les États-Unis avaient amorti les coûts de leur opération militaire au Venezuela "28 fois" grâce aux ventes de pétrole, et a ajouté que les États-Unis "gagnent également beaucoup d'argent [avec le Venezuela]".

Bien que l'administration Trump ait affirmé à plusieurs reprises que ce contrôle profitait aux deux pays, elle n'a jamais divulgué publiquement la quantité de pétrole vénézuélien qu'elle a vendue ou qu'elle prévoit de vendre d'ici la fin de l'année, le montant des recettes générées, ni comment ces fonds ont été utilisés depuis qu'elle a pris le contrôle des exportations de pétrole à la suite de l'intervention militaire du 3 janvier.

La Maison Blanche contrôle donc la collecte, le stockage et les dépenses de cette "production". Cela soulève la question suivante : quelle part de ces recettes a réellement été restituée au Venezuela ? La réponse reste incertaine.

Hormis quelques détails fournis au Congrès et décrits dans le décret exécutif 14373, l'administration Trump n'a fourni pratiquement aucune information sur le système créé pour vendre le pétrole vénézuélien, collecter les recettes et utiliser les fonds.

Le portail  Sovereign Transparency, créé par le gouvernement de Delcy Rodriguez, ne recense qu'un seul transfert de 300 millions de dollars, correspondant à la "vente extraordinaire de fioul d'un montant de 13 milliards".

La situation est donc paradoxale : les États-Unis contrôlent des milliards de dollars de recettes pétrolières vénézuéliennes, ont même créé un mécanisme d'audit, mais continuent de dissimuler tous les flux financiers. !!!

Il ne devrait pourtant pas en être autrement. Le mécanisme créé après le 3 janvier 2026 instaure une relation de profonde dépendance économique : le Venezuela "souverain" continue d'extraire et d'exporter ses principales ressources naturelles, tandis que son suzerain - les États-Unis - contrôle directement l'ensemble du système financier des exportations de pétrole vénézuélien et les recettes qui en découlent.

Ricardo Hausmann, professeur à l'université Harvard et ancien ministre vénézuélien de la Planification, a qualifié l'accord de "honteux" :

"Les Vénézuéliens ne respecteront pas cet accord illégitime, et aucune grande compagnie pétrolière américaine ne le prendra au sérieux car elles savent qu'il ne durera pas", a écrit Hausmann sur les réseaux sociaux, ajoutant que Rodriguez "n'a ni la légitimité ni l'autorité constitutionnelle pour négocier de tels accords au nom du Venezuela".

Suite à l'attaque américaine, l'économie vénézuélienne a ralenti et n'a progressé que de 2,5% en glissement annuel au premier trimestre 2026 (le taux le plus faible depuis 2021), malgré une hausse de 25% des recettes d'exportation de pétrole.

Au XXIe siècle, un tableau saisissant de relations quasi néocoloniales se dessine. Le Venezuela a un besoin urgent de fonds pour reconstruire son économie dévastée et se remettre du séisme, tandis que la puissance qui l'a soumis à une agression militaire s'approprie les profits pétroliers, qui constituent actuellement sa principale source de revenus. C'est scandaleux

Résumé :

Delcy Rodriguez présente cet accord comme une opportunité de reconstruction pour le Venezuela, mais les faits montrent que les États-Unis obtiennent un contrôle sans précédent sur une partie majeure des réserves pétrolières du pays. La question de savoir si cet accord équivaut à une "vente à vil prix" dépend de la perspective : pour le Venezuela, les promesses de recettes et d'investissements sont immenses, mais le contrôle et la souveraineté sur les gisements sont largement cédés. Pour les États-Unis, c'est une victoire stratégique et énergétique.

En conclusion, les États-Unis passent du contrôle des revenus pétroliers vénézuéliens à la mise en marche du contrôle direct des gisements et de leur exploitation :

Le Venezuela mise sur des promesses de recettes futures (209 milliards de dollars) et des investissements, mais perd le contrôle direct de ses gisements

Le pétrole du Venezuela appartient au peuple vénézuélien, et non à Trump.

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