Komla YAWO
Le référendum du 30 août 2026 ouvre une nouvelle ère politique en Guinée-Bissau. Avec 70 % des suffrages en faveur du projet de nouvelle Constitution, selon les résultats provisoires annoncés par la Commission nationale électorale, les électeurs ont approuvé une profonde modification de l'équilibre institutionnel. Mais que veulent réellement les Bissau-Guinéens à travers ce vote ?
Mettre fin au blocage institutionnelLe principal intérêt du projet est de modifier le fonctionnement du pouvoir exécutif. Le système semi-parlementaire, en vigueur jusqu'ici, a régulièrement été marqué par des tensions entre le président, le Premier ministre et le Parlement. Ces rivalités ont contribué aux crises politiques à répétition qui ont fragilisé le pays depuis son indépendance.
La nouvelle Constitution entend donc clarifier les responsabilités au sommet de l'État. Elle renforce considérablement les prérogatives présidentielles. Le chef de l'État pourra notamment nommer et révoquer le Premier ministre et les membres du gouvernement, mais aussi réorganiser les ministères. Dans certaines situations de crise politique grave, il pourra également dissoudre le Parlement.
Sur le papier, l'objectif est compréhensible; éviter que deux centres de pouvoir se neutralisent et permettre à l'exécutif de gouverner avec davantage de cohérence.
Cette volonté de stabilité peut expliquer une partie du vote favorable. Après des années d'instabilité, une partie de la population peut être tentée de privilégier un système dans lequel les responsabilités sont plus clairement identifiées et où l'exécutif dispose des moyens de mettre en œuvre son programme.
Mais le "Oui" ne signifie pas un blanc-seingIl serait toutefois excessif de considérer les 70 % du "Oui" comme l'expression d'une adhésion massive et sans réserve à l'ensemble du projet. La participation s'est située autour de 55 %, selon les données rapportées après le scrutin. Surtout, plusieurs formations d'opposition, dont le PAIGC, ont appelé au boycott du référendum, estimant que le processus ne présentait pas suffisamment de garanties démocratiques.
Cette donnée change la lecture du scrutin. Le résultat donne une légitimité électorale au nouveau texte, mais il ne permet pas nécessairement de mesurer l'adhésion de l'ensemble de la société bissau-guinéenne à la concentration des pouvoirs entre les mains du président.
D'autant que la réforme réduit le nombre de députés de 102 à 65 et ramène les circonscriptions électorales de 29 à 12. Le texte prévoit également des conditions plus strictes pour certaines candidatures présidentielles, notamment une résidence continue de cinq ans dans le pays. Des opposants y voient un risque pour le pluralisme politique.
Ce que les Bissau-Guinéens semblent surtout rechercherIl faut donc éviter une interprétation trop simpliste du vote. Les électeurs n'ont pas nécessairement choisi entre "démocratie" et "autoritarisme". Une partie d'entre eux a pu voter pour une promesse beaucoup plus concrète, sortir de l'instabilité politique permanente.
La Guinée-Bissau a connu plusieurs coups d'État et de nombreuses crises institutionnelles. Le dernier renversement militaire, en novembre 2025, est intervenu alors que le pays traversait encore une crise électorale. Le référendum intervient précisément dans cette période de transition, avant les élections générales annoncées pour décembre 2026.
C'est là toute l'ambivalence du scrutin. La nouvelle Constitution en Guinée-Bissau peut être perçue comme une tentative de rendre l'État plus gouvernable, mais aussi comme une occasion de renforcer durablement la présidence.
Le véritable test ne sera donc pas uniquement le résultat du référendum. Il sera dans la manière dont les nouvelles institutions fonctionneront après le retour annoncé à un pouvoir civil. Si le renforcement présidentiel permet d'éviter les blocages tout en préservant le Parlement, la justice, les libertés publiques et le pluralisme, la réforme pourra être présentée comme un outil de stabilisation.
À l'inverse, si la concentration des pouvoirs réduit les contre-pouvoirs, le "Oui" risque d'être interprété comme une étape supplémentaire dans l'affaiblissement des institutions démocratiques.
