Par Olivier Berruyer
On annonçait l'effondrement de l'économie russe. Il n'a jamais eu lieu. Quatre ans après les sanctions occidentales, le PIB russe est à son plus haut historique : 2,1 % perdus en 2022, repris dès 2023. Comme le Japon et la Corée du Sud, la Russie a mieux traversé les crises de 2020 et de 2022 que l'Occident. Mais le véritable défi de ces trois économies est ailleurs. Le Japon stagne au niveau de 2019 ; la Corée du Sud vient d'enchaîner quatre trimestres de croissance nulle, du jamais-vu depuis le début de ses statistiques. Et toutes trois convergent vers le même point : elles rétrécissent. Moins d'habitants chaque année à Moscou, à Tokyo et à Séoul - et bientôt beaucoup moins. Nos graphiques montrent, pays par pays, pourquoi la démographie est désormais plus décisive que la conjoncture.
1- Russie : un "écroulement" annoncé facilement évité
2- Japon : la stagnation économique perdure
3- Corée du Sud : une économie en retournement
4- Ce que ces trois pays nous disent de notre avenir
Voici notre dernière analyse de l'été sur les économies des grands pays d'Europe et des BRICS. Si vous appréciez ce type de suivi original et inédit, n'hésitez pas à vous abonner sur notre site ou notre application mobile, afin de nous aider à poursuivre notre travail d'information dès cette rentrée. Merci d'avance pour votre soutien !
N.B. : sauf mention contraire, les taux annuels (2024, 2025, prévisions 2026) sont des moyennes annuelles ; les chiffres "actuels" ou "début 2026" sont des rythmes en glissement sur un an. Les comparaisons de niveaux de vie avec la France sont exprimées en parité de pouvoir d'achat, c'est-à-dire en corrigeant les écarts de prix entre pays.
Russie : un "écroulement" annoncé facilement évitéEn Russie, l'observation du Produit Intérieur Brut (le fameux PIB, c'est-à-dire en simplifiant, la valeur de ce que le pays a réellement produit) montre clairement les lourdes crises qu'a traversées le pays depuis un demi-siècle, et qui expliquent beaucoup de ses difficultés actuelles.
La très grave dépression des années 1990 a durement frappé la Russie, avec une brutale division par 2 du niveau de vie et une hausse dramatique de la mortalité. En parallèle, le pillage du pays par les nouveaux oligarques (notamment au moyen des privatisations à très bas prix, qui ont spolié les citoyens) a laissé de lourdes traces dans la population russe. Quand on s'étonne, à Paris, du rapport des Russes à leur État fort, c'est pourtant là qu'il faut chercher l'explication.
Cependant, l'économie russe sait faire preuve d'une importante résilience : malgré les troubles actuels, le PIB russe a atteint au dernier trimestre 2025 son plus haut historique. La crise économique de 2020 a été d'une ampleur nettement plus faible que dans la plupart des autres pays européens, et la situation s'est normalisée en quelques mois à peine.
Le tableau s'est en revanche nettement assombri depuis : la croissance s'est essoufflée tout au long de 2025, étranglée par l'inflation persistante et des taux d'intérêt prohibitifs, et l'activité s'est même contractée d'environ -0,3 % au premier trimestre 2026.
Le déclenchement de la guerre d'Ukraine et le train de sanctions occidentales qui l'a accompagné ont, au final, eu un impact relativement limité sur l'économie russe : une baisse du PIB d'à peine -2,1 % en 2022. Cette baisse a été très largement compensée en quelques trimestres, avec un fort rebond de +4,1 % en 2023 puis de +4,9 % en 2024, en particulier grâce à la hausse des prix de l'énergie, largement alimentée par des sanctions contre-productives... Le ralentissement est intervenu en 2025 : +1,0 % seulement, la croissance la plus faible depuis 2016 (hors 2020 et 2022).
En 2026, la croissance russe devrait encore ralentir, les prévisions s'étageant entre 0 % et +1 % : le ministère russe de l'Économie a divisé sa propre prévision par trois au printemps (de 1,3 % à 0,4 %), quand le FMI, prenant acte de l'envolée des cours du pétrole liée à la guerre d'Iran, remontait la sienne à 1,1 %. Autant dire que personne ne sait réellement ce qu'il en sera, mais plus personne ne parle de croissance forte.
Avec -2 % de croissance pendant seulement 1 an, la situation est assez éloignée de la fameuse promesse de Bruno Le Maire qui, le 1er mars 2022, nous annonçait l'écroulement de l'économie russe :
"Les sanctions économiques et financières sont d'une efficacité redoutable. [...] Nous allons livrer une guerre économique et financière totale à la Russie. [...] Le peuple russe en paiera aussi les conséquences. [...] Nous visons toute l'économie russe. Nous avons donc préparé un train de sanctions [...] Ces sanctions doivent frapper vite et fort. Et on en voit déjà les effets.
Le rouble s'est effondré de 30 %. Les réserves de change russes sont en train de fondre comme neige au soleil et le fameux trésor de guerre de Vladimir Poutine est réduit à presque rien. [...] La Banque centrale n'a pas eu d'autre choix que d'augmenter les taux d'intérêt de 10 % à 20 %, ce qui veut dire que les entreprises ne pourront pas emprunter, sauf à des taux très élevés, pour investir et pour développer l'économie. Nous allons donc provoquer l'effondrement de l'économie russe."
Mais ce fiasco géostratégique (analysé à l'époque dans notre article sur l'échec des sanctions occidentales contre la Russie) est en réalité peu surprenant, même au-delà du cas particulier de la Russie (très grosse économie, exportatrice majeure d'hydrocarbures, soutien des BRICS...).
En effet, les sanctions économiques n'atteignent pratiquement jamais leurs objectifs, comme l'ont montré Bryan Early ou Nicholas Mulder par exemple. Les problèmes entre grandes nations se résolvent généralement mieux par la négociation diplomatique que par la contrainte ou la force.
Plus largement, depuis une dizaine d'années, hors crise, la croissance russe fluctue entre +2 % et +4 % par an.
L'analyse des contributions sectorielles à la croissance au cours des dernières années révèle que la croissance russe est largement entretenue par la consommation des ménages. Contrairement à ce que l'on pourrait penser pour ce pays très exportateur, le commerce extérieur a, en moyenne, une contribution assez faible à la croissance du PIB (il a en revanche une très importante contribution dans la valeur du PIB : c'est lui qui remplit les caisses, ce n'est pas lui qui tire la croissance).
Une évolution du PIB par habitant désormais proche de celle du PIB globalLe recours au PIB trimestriel par habitant permet de mieux analyser l'évolution du niveau de vie moyen. Il est en effet important de tenir compte de la croissance démographique : si le PIB augmente de +1 % et que la population augmente de +2 %, la richesse par habitant baisse en réalité de -1 %. Cet indicateur est donc beaucoup plus pertinent pour apprécier la croissance réelle d'une économie.
Or, la Russie connaît depuis quelques années un renouveau de son problème démographique. Alors que la croissance annuelle de la population avait repris un signe positif entre 2006 et 2017, elle est repartie à la baisse depuis. La population russe a atteint son maximum en 2020, avec 146,5 millions d'habitants, et décroît depuis lors, à un rythme atteignant actuellement environ -0,5 % par an, soit près de 800 000 habitants de moins chaque année. Le solde naturel, c'est-à-dire les naissances moins les décès, s'est établi à -600 000 Russes en 2025, auquel s'ajoute désormais un solde migratoire négatif de -180 000 (rappelons qu'il était encore de +300 000 en 2021, et de +770 000 personnes en 2022 en raison de la guerre en Ukraine).
La population déclinant encore modérément, la prise en compte du facteur démographique change peu l'analyse : la croissance par habitant évolue de manière régulière.
Au cours de la dernière décennie, la dynamique de croissance du PIB trimestriel par habitant en Russie est restée relativement robuste, fluctuant entre +1 % et +4 % ; elle n'était toutefois plus que de +0,5 % début 2026. Et le déclin démographique va finir par se ressentir sur ce chiffre au fil du temps (l'ONU estime la décroissance démographique annuelle à environ -0,3 % sur les vingt prochaines années).
Sans surprise, au vu de l'effondrement des années 1990, l'économie russe surperforme assez nettement par rapport à celle de la France depuis les années 2000 : quand on part du fond du gouffre, on remonte vite.
Conséquence de l'histoire contemporaine plus que troublée du pays : le PIB par habitant français reste environ 40 % supérieur à celui de la Russie (autrement dit, le revenu moyen russe atteint environ 70 % du nôtre), soit quasiment le même écart qu'en 1989. Trente-cinq ans pour revenir au point de départ relatif : voilà ce que coûtent une thérapie de choc et deux décennies de troubles. La Russie rattrape néanmoins son lourd retard depuis 1998, année où le PIB par habitant français valait 2,5 fois le sien, ce dernier s'étant littéralement effondré après la chute du bloc soviétique.
La croissance russe reste faible par rapport aux besoins de développement du paysPour prendre du recul sur la dynamique de croissance russe, on peut observer la croissance décennale depuis les années 1960. L'échec du système communiste est patent dès la fin des années 1970 : la croissance décennale s'effrite d'une décennie sur l'autre, bien avant la chute du Mur, c'est la fameuse stagnation brejnévienne. Le redécollage économique des années 2000 a ensuite laissé de très bons souvenirs aux Russes, mais les tensions géopolitiques avec l'Occident à partir des années 2010, combinées à la chute des cours du pétrole de 2014-2016, ont ramené depuis lors la croissance moyenne à seulement +2 %.
Sur le temps très long, et hors périodes de guerres, la Russie a finalement connu une croissance soutenue depuis 1890, mais elle partait de très bas.
Son développement se poursuit toujours, mais à une allure très modérée depuis vingt ans, ce qui ralentit le comblement du fossé qui la sépare de l'Occident : le revenu moyen par habitant en Russie représente aujourd'hui, en gros, le revenu moyen des Français... des années 1980. À 1 % de croissance moyenne, la Russie atteindrait le niveau actuel de la France dans 30 ans, à 2 % dans environ 15 ans et à 3 % dans 10 ans seulement (en supposant, comme toujours dans ces calculs, que notre propre niveau ne bouge pas).
La Russie connaît cependant de très fortes disparités de développement, avec des villes au niveau de vie presque occidental et des campagnes toujours pauvres. La poursuite du développement dans de meilleures conditions est donc un des enjeux majeurs du pays pour les prochaines décennies.
Japon : la stagnation économique perdure
L'économie du Japon connaît un très fort ralentissement depuis les années 1990. Le pays, alors grand exportateur, a très fortement souffert de la crise de 2008, dont il ne s'est remis qu'en 2013
Il a également souffert de la crise du Covid, mais avec retard, en raison de la fermeture de ses frontières. Il n'a guère été affecté par la crise de 2022, ses sanctions contre la Russie étant restées limitées. Cependant, la croissance japonaise reste faible, et le PIB réel au début de 2026 est quasiment le même que celui de 2019. Sept ans pour rien, et personne, à Tokyo, ne semble plus s'en étonner.
Si l'on s'intéresse à la croissance du PIB japonais (c'est-à-dire à la valeur de sa hausse ou de sa baisse), on constate que la chute de 4 % de 2020 a mis trois ans à être compensée. En 2024, l'activité a quasiment stagné (entre -0,2 % et +0,1 % selon les bases statistiques : le plus bas niveau observé hors crise majeure depuis le début des statistiques japonaises, en 1954), avant un rebond à +1,1 % en 2025.
En 2026, la croissance devrait rester atone, les prévisions tournant autour de +0,8 %. La conjoncture connaît en effet un ralentissement marqué, pénalisée par les mesures protectionnistes de Donald Trump, qui a imposé une surtaxe douanière de 15 %, comparable à celle frappant l'Europe. Le nouveau gouvernement Takaichi a répliqué à sa façon : un plan de relance d'environ 21 300 milliards de yens (3,3 % du PIB), dont les effets devraient surtout se faire sentir en 2026. La planche à billets, recette japonaise inchangée depuis trente ans.
En moyenne, la croissance japonaise, hors crise, fluctue globalement entre 0 % et +2 % par an depuis une dizaine d'années.
Du côté des contributions sectorielles, la croissance japonaise est en général entretenue par la consommation des ménages et par l'investissement. Le commerce extérieur avait en moyenne une faible contribution avant 2020, et cette dernière reste faible sur les derniers trimestres.
Une évolution du PIB par habitant renforcée par le déclin démographiqueLe Japon est depuis 2010 en décroissance démographique, et ce déclin s'approfondit gravement. Le pays perd actuellement 1 % de sa population tous les 2 ans, ce qui est colossal : ce sont ainsi 650 000 Japonais qui ont "disparu" en 2024, soit la population du Luxembourg, ou celle du département des Côtes-d'Armor. Chaque année, un Luxembourg s'efface de l'archipel.
Le solde naturel a quant à lui été négatif de -800 000, ce qui n'a été que partiellement compensé par les +150 000 immigrés nets. Et l'ONU prévoit une aggravation de ce déclin dans les prochaines décennies, jusqu'à -0,8 % par an vers 2060.
En conséquence, l'évolution du PIB par habitant du Japon devient logiquement un peu plus vigoureuse que celle du PIB : le gâteau ne grossit guère, mais le nombre de convives diminue plus vite encore. C'est le paradoxe statistique des pays en déclin démographique, que nous avions déjà rencontré avec la Grèce.
Au cours de la dernière décennie, la dynamique de croissance du PIB trimestriel par habitant au Japon (hors crise) s'est ainsi maintenue entre +1 % et +3 % par an.
Sur longue période, l'économie du Japon a une évolution très proche de celle de la France depuis la crise de 2008.
Conséquence de cette "panne de croissance" : le PIB par habitant au Japon est désormais redevenu près de 20 % inférieur à celui de la France, alors qu'ils étaient proches au début des années 1990. Rappelons d'où venait le pays : en 1960, le PIB par habitant de la France était le double de celui du Japon (en parité de pouvoir d'achat). Le miracle japonais a bien eu lieu ; simplement, il s'est arrêté en 1992, et rien ne l'a remplacé depuis.
Depuis 60 ans, une croissance japonaise en diminution constanteSur le temps long, on s'aperçoit que la croissance japonaise a commencé à décliner dès les années 1970, avant d'entrer en crise en 1992. La croissance par habitant stagne depuis lors entre 0,3 % et 1,3 %.
Cette baisse est liée à différents facteurs. Les très forts niveaux de croissance des années 1950 et 1960 ont été induits par la forte mécanisation du pays et l'introduction de techniques ayant fait exploser la productivité. Mais il est désormais de plus en plus dur de continuer à l'augmenter : une fois qu'on a remplacé le cheval par le tracteur, il est difficile de trouver par quoi remplacer le tracteur pour obtenir le même gain.
Sur le temps très long (et hors guerre), cet affaiblissement progressif de la croissance du PIB par habitant se vérifie : il faut remonter à la fin du XIXe siècle pour retrouver une croissance du PIB par habitant aussi faible sur l'ensemble d'une décennie. Le Japon est, à ce titre, le laboratoire du monde d'après la croissance : trente ans d'avance sur nous, et une leçon en creux, ni effondrement ni misère, mais une interminable stagnation. Nous y reviendrons en conclusion.
Corée du Sud : une économie en retournement
L'économie de la Corée du Sud connaît une hausse relativement constante de son PIB depuis les années 1980.
Elle a subi un choc modéré lors de la crise du Covid en 2020, dont elle s'est assez rapidement relevée. Mais la belle mécanique s'est enrayée depuis.
La croissance a en effet atteint +2,2 % en 2024, mais elle est tombée à +1,1 % en 2025, au terme d'un épisode inédit : quatre trimestres consécutifs de quasi-stagnation entre mi-2024 et mi-2025, une situation jamais observée depuis le début des statistiques coréennes, pas même lors des crises de 1997 ou de 2008.
Il faut dire que le pays a cumulé les chocs : droits de douane américains sur ses exportations, mais aussi une grave crise institutionnelle (proclamation de la loi martiale fin 2024, destitution du président Yoon, élection anticipée mi-2025), qui a gelé la consommation et l'investissement pendant des mois. En 2026, la croissance devrait repartir, les prévisions tournant autour de +1,8 % à +2 %, portées par le redressement des exportations.
Hors crise, la croissance coréenne fluctue globalement entre +2 % et +4 % par an depuis une dizaine d'années. L'économie connaît d'ailleurs actuellement un net retournement à la hausse, en raison de l'envolée des exportations de semi-conducteurs et, plus généralement, de "l'effet IA" : quand le monde entier construit des centres de données, c'est Séoul qui vend une partie des puces mémoire.
Du côté des contributions sectorielles, comme au Japon, la croissance coréenne est en général entretenue par la consommation des ménages et par l'investissement. Le commerce extérieur avait en moyenne une faible contribution avant 2020, mais celle-ci est plutôt positive depuis deux ans (essentiellement en raison du recul des importations, les exportations se maintenant).
Un PIB par habitant désormais impacté par le déclin démographique coréenLa Corée du Sud suit le triste parcours démographique de beaucoup de pays développés d'Asie : sa population s'est mise à baisser en 2021, très faiblement pour l'instant (-0,1 % environ). Le solde naturel en 2025 a été d'environ -120 000, partiellement compensé par un solde migratoire positif d'environ +75 000 personnes (en valeur nette). La baisse est donc légère. Hélas, c'est très provisoire.
Car la Corée du Sud affiche le taux de fécondité le plus bas au monde, environ 0,7 enfant par femme. Mesurons ce que signifie ce chiffre : il faut 2,1 enfants par femme pour renouveler une population ; la Corée en fait trois fois moins. L'ONU prévoit donc une très forte accélération de ce déclin démographique, jusqu'à des niveaux dramatiques : -0,5 % par an vers 2035, -1 % vers 2050, -1,5 % vers 2070. Ainsi, les 52 millions de Coréens du Sud ne devraient plus être que 45 millions en 2050, 32 millions en 2075 et 22 millions en 2100... Un pays divisé par plus de deux en trois générations, sans guerre, sans épidémie, sans famine. Simplement parce que les enfants ne naissent plus.
Le PIB par habitant de la Corée du Sud a longtemps évolué moins vite que le PIB, mais la différence s'estompe désormais.
Au cours de la dernière décennie, la dynamique de croissance du PIB trimestriel par habitant en Corée du Sud a été un peu plus vive qu'au Japon, se situant en moyenne entre +2 % et +3 %.
Sur longue période, l'économie de la Corée du Sud a eu une évolution beaucoup plus dynamique que celle de la France, même si l'écart se resserre.
Le rattrapage du retard économique de la Corée ne faiblit d'ailleurs pas : alors que son PIB réel par habitant était 10 fois plus faible que celui de la France en 1960, le rapport est tombé à 5 en 1980, puis à 2 en 2000 ; aujourd'hui, l'écart n'est plus que de 13 % environ (en parité de pouvoir d'achat). En deux générations, un pays classé parmi les moins avancés du monde en 1960 a pratiquement rejoint la France. C'est, avec la Chine, le rattrapage le plus spectaculaire du siècle, et il s'est fait sans pétrole, sans matières premières, et sans que cela soit largement mis en avant.
Depuis 50 ans, une croissance coréenne qui atterritSur le temps long, on s'aperçoit cependant que la croissance coréenne diminue régulièrement, comme si elle avait entamé un "atterrissage" : elle perd 1 à 2 points chaque décennie depuis 1970.
Au final, la croissance du PIB par habitant en Corée du Sud est retombée à environ 2 % par an en moyenne décennale, le plus bas niveau depuis les années 1920-1930. C'est certes un niveau classique dans les pays occidentaux, mais il demeure pénalisant dans un pays où le revenu moyen par habitant reste encore inférieur à celui de la France, et où la démographie s'apprête à tout compliquer.
Ce que ces trois pays nous disent de notre avenirCes trois trajectoires si différentes racontent, au fond, la même histoire. La Russie a survécu sans encombre à la "guerre économique totale" de Bercy, mais plafonne désormais à 1 % de croissance avec une population qui fond de 800 000 habitants par an. Le Japon vit depuis trente ans dans le monde d'après la croissance, et perd un Luxembourg chaque année. La Corée du Sud, qui a réussi le rattrapage économique le plus spectaculaire du siècle, s'apprête à voir sa population divisée par plus de deux d'ici 2100. Trois grandes économies entrent ainsi, chacune à leur rythme, dans un territoire que l'humanité moderne n'a jamais exploré : celui de la décroissance démographique durable. Nous ferions bien de les observer attentivement, car sur ce chemin, elles ne font que nous précéder.
Et la toile de fond est la même que dans toute cette série : à l'échelle d'une vie humaine, on a l'impression de vivre une "panne" de la croissance, et les responsables politiques baratinent donc sans cesse la population, promettant le "retour de la croissance" pour peu qu'on les élise. Bien entendu, cela n'arrive jamais, pour la simple et bonne raison que la croissance a retrouvé son très bas niveau historique. "L'anomalie", c'était les Trente Glorieuses.
Il est vrai que tout ceci serait sans doute de bon augure pour la planète. Mais pour que cela soit également bon pour les citoyens, il conviendrait de réorganiser en profondeur l'économie, afin de conserver notre prospérité avec une croissance bien plus faible que par le passé, et, désormais, avec moins de bras et plus de retraités. Le Japon nous montre depuis trente ans que c'est possible ; il nous montre aussi que cela ne s'improvise pas. En tirerons-nous les leçons ?



































