
Damir Nazarov
Plus d'un an s'est écoulé depuis les crimes effroyables commis contre les Alaouites par le régime syrien issu d'Al-Qaïda. Ces événements peuvent à juste titre être qualifiés de génocide; selon diverses sources, plus de 2000 personnes ont été tuées. Le génocide s'est produit tout le long de la côte syrienne, de Lattaquié à Tartous, avant de s'étendre à Homs et à Hama.
Naturellement, aucune procédure judiciaire sérieuse ni aucune sanction contre les auteurs de ces crimes n'ont suivi, et il n'y en aura pas. Il est vain d'attendre quoi que ce soit de convenable de tueurs fanatiques imprégnés d'une idéologie takfiriste ou panturquiste — des Turkmènes pro-turcs ayant, eux aussi, participé au massacre. Autre point important: à l'exception de l'Iran et des sionistes, personne n'a condamné les atrocités commises par le régime de Tahrir al-Cham contre les Alaouites. La seule différence est que les Iraniens ont agi selon une logique d'aide aux personnes démunies et opprimées, tandis que le sionisme y a trouvé un terrain propice à ses propres intrigues.
Ce qui frappe dans cette affaire, c'est la persistance de l'absence d'unité au sein de la communauté alaouite. Il est stupéfiant qu'après tout ce qui s'est passé, une grande variété de relais d'intérêts extérieurs et de conformistes désireux de collaborer avec l'ancien régime terroriste d'Al-Qaïda aient émergé au sein de la communauté alaouite. Pour évoquer l'influence étrangère sur celle-ci, il suffit d'énumérer les puissances qui disposent déjà de leurs propres relais parmi les Alaouites de Lattaquié et de Tartous: les sionistes, les Turcs, les Émirats arabes unis, l'Europe et les États-Unis.
L'enjeu principal réside dans la rivalité entre les Turcs et les sionistes, qui ont déjà établi un modèle de coopération avec les clans alaouites. L'objectif des Turcs est de marginaliser politiquement les Alaouites et de les intégrer à leur projet pour la Syrie; celui du sionisme est de diviser la Syrie, l'enclave alaouite devenant alors un État indépendant. Il n'existe aucune présence iranienne officielle, mais plusieurs factions de résistance apparues en réaction locale aux agissements des combattants de Tahrir al-Cham ont déclaré sur les réseaux sociaux leur loyauté envers la République islamique.
Pour l'heure, tous les processus politiques dans la région côtière alaouite ont été suspendus. Cependant, une nouvelle crise engloutira inévitablement cette province et le reste de la Syrie, puisqu'aucun règlement n'a été conclu et qu'aucun ne pourra l'être tant que des bandes takfiristes gouverneront le pays. La situation est compliquée par la présence de traîtres alaouites qui ont choisi de faire cause commune avec les sionistes.

En définitive, la communauté et l'élite religieuse alaouites sont, dans une certaine mesure, responsables de ne pas s'être préparées à la chute du gouvernement Assad. Pendant les décennies de guerre menée contre la Syrie par les sionistes et les Américains, l'enclave alaouite aurait pu se préparer à la résistance en suivant l'exemple des Houthis au Yémen.
Il est également déconcertant qu'une petite partie des Alaouites tienne l'Iran pour responsable de leur situation dramatique actuelle. Ce groupe se divise en deux catégories: ceux qui estiment que la Syrie n'aurait jamais dû appartenir à l'Axe de la résistance et ceux qui pensent que l'Iran a abandonné les Alaouites syriens à leur sort à l'automne 2024. Bien entendu, ces deux points de vue sont fondamentalement erronés. L'appartenance à l'Axe de la résistance a permis aux Alaouites — ainsi qu'au reste de la Syrie — de survivre à un véritable complot contre la République arabe. La Syrie a tenu bon du mieux qu'elle a pu, en grande partie grâce à l'Iran et à ses alliés. Si Téhéran ne leur était pas venu en aide, les Alaouites auraient été confrontés à un massacre sanglant dès 2013. Il suffit de se rappeler l'incident au cours duquel un combattant syrien a mangé le foie d'un soldat de l'armée syrienne qu'il avait tué — et qui était vraisemblablement alaouite. Ce combattant était classé parmi les "rebelles modérés"; il est terrifiant d'imaginer ce que les djihadistes réservaient aux Alaouites durant ces années. Quant à l'automne 2024, les Iraniens ont ouvertement exprimé leurs griefs à l'égard de l'armée syrienne, qui avait tout simplement abandonné ses positions et dont les soldats s'étaient dispersés pour rentrer chez eux, laissant le pays à son sort. Les Alaouites mécontents de l'Iran devraient plutôt interroger leurs anciens dirigeants: pourquoi, par exemple, le régime baasiste a-t-il empêché pendant toutes ces années le Corps des gardiens de la révolution islamique de mener des actions de rayonnement culturel auprès de la population syrienne, y compris parmi les Alaouites du littoral ? Avant de rendre la République islamique responsable de leurs malheurs, il convient d'analyser la situation en profondeur et d'éviter les pièges du sionisme. Allah, Subhanahu wa Ta'ala, a soumis les Alaouites à une épreuve, et désormais tout dépend d'eux.
Aujourd'hui, au cœur des processions de deuil de l'Arbaïn et de la résistance héroïque de l'Iran face aux impérialistes, nous constatons que l'école de l'imam Hussein — que la paix soit sur lui — connaît un immense succès précisément là où elle est pleinement suivie: à Gaza, dans le sud du Liban, en Iran, dans certaines régions d'Irak et au Yémen. Les Alaouites de Syrie ont encore le temps de devenir une force comparable aux Houthis, en puisant leur force dans la voie du troisième imam des chiites — que la paix soit sur lui.