📑 03/09/2026 euro-synergies.hautetfort.com  6min #325494

Le populisme prospère sur le terreau d'une démocratie paralysée

L'arrogance morale empêche toute discussion ouverte

Herbert Ammon

Source:  tabularasamagazin.de

L'AfD, parti populiste de droite, doit son ascension non seulement à des décisions politiques contestables, mais aussi au fait que toute discussion sur la question centrale de l'immigration sans limites est rejetée avec une "arrogance morale provocatrice" (comte Kielmannsegg). Dans son article, Herbert Ammon rappelle les prises de position d'Eva Quistorp, de Richard Schröder et de Gunter Weißgerber, dont les voix sont restées inaudibles dans les milieux ecclésiastiques.

Encore un commentaire sur l'apocalypse médiatiquement annoncée pour le 6 septembre ? Oui, assurément. Ce nouveau commentaire m'a été inspiré par l'essai du politologue, le Comte Peter von Kielmannsegg (photo), publié dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung du 31 août 2026 (p. 6) sous le titre: "Le naufrage de la démocratie peut-il encore être évité?". L'auteur ne fait pas partie de ces prophètes de malheur qui, face à la victoire électorale imminente de l'AfD en Saxe-Anhalt, voient déjà se profiler une répétition de la catastrophe allemande de 1933 à 1945. Il désigne et explique plutôt le dilemme dans lequel "la démocratie allemande [...] s'est empêtrée", et qui pourrait tout de même "déboucher sur une véritable crise démocratique".

Les phrases essentielles du texte sont les suivantes: "Le dilemme peut se résumer en une phrase: la République fédérale ne peut pas être gouvernée avec l'AfD, mais elle ne peut désormais plus l'être sans elle. La démocratie allemande s'est, dans une large mesure, elle-même placée dans cette situation. D'un côté, elle n'a presque rien omis de ce qui était susceptible de faire naître un puissant populisme de droite. De l'autre, elle a fait tout ce qui était imaginable pour rendre impossible une domestication démocratique de ce populisme. À présent, elle, la démocratie allemande, se heurte à elle-même".

Kielmannsegg désigne sans détour la principale raison de l'essor — particulièrement spectaculaire en comparaison avec d'autres pays — du populisme de droite allemand, sans toutefois mentionner la chancelière Angela Merkel comme principale responsable: l'immigration massive, rendue possible sans égard pour la population locale et élevée au rang d'impératif idéologique. "Ce qui a surtout ouvert la voie à l'AfD, c'est que la politique des frontières ouvertes s'est refusée pendant des années, avec une arrogance morale provocatrice, à toute discussion sérieuse. Un front uni (sic!) des partis politiques établis ne laissait aucune place à la controverse en matière d'immigration, tandis que l'espace public sanctionnait durement, par les moyens dont il disposait, toute infraction à l'ordre de"s'ouvrir au monde"".

Rares sont les représentants de l'élite universitaire à avoir jusqu'ici désigné aussi clairement les causes — et les responsables — de l'envolée de l'AfD. Kielmannsegg aurait également pu mentionner le front idéologique uni dans les médias, ainsi que les ONG, acteurs imbus d'eux-mêmes émanant de la "société civile". Enfin, les Églises, qui revendiquent un rôle de direction morale dans toutes les questions politiquement pertinentes — au premier rang desquelles figure l'"immigration" —, jouent, elles aussi, un rôle contestable du point de vue d'une éthique de la responsabilité.

Il convient néanmoins de rappeler ici une exception éditoriale concernant la "culture de l'accueil", mise en scène avec des ours en peluche et des acclamations après l'ouverture des frontières décidée par Merkel. En 2018, Eva Quistorp (photo) — théologienne et autrefois cofondatrice des Verts —, le philosophe et théologien Richard Schröder — ancien président du groupe parlementaire du SPD à la Chambre du peuple librement élue — et Gunter Weißgerber — alors encore membre du SPD — publièrent aux éditions Herder un mémorandum sur la question des réfugiés intitulé Weltoffenes Deutschland ? Zehn Thesen, die unser Land verändern ("Une Allemagne ouverte sur le monde ? Dix thèses qui transforment notre pays").

Il y était question de la nécessité — également commandée par l'éthique — de tenir compte des limites d'une immigration illimitée. Voir également :  ulrich-siebgeber.blogspot.com. Dans les milieux de l'Église évangélique en Allemagne (EKD), cet avertissement resta lettre morte. Quiconque aborde aujourd'hui la coresponsabilité des Églises — dont les effectifs diminuent de manière spectaculaire pour de multiples raisons — dans la polarisation croissante de la vie politique et de la société se heurte à une fin de non-recevoir indignée.

Dans son essai, Kielmannsegg relie la question de l'AfD à des problèmes fondamentaux de la théorie démocratique. Il s'agit des contradictions inhérentes à la notion de "souverain" — c'est-à-dire du "peuple" comme source du pouvoir établi — ainsi que de la confiance réciproque entre gouvernants et gouvernés. Le populisme signale la perte de confiance du "peuple" envers le système de pouvoir établi. Voir également H.A. :  globkult.de.

En ce qui concerne "la troupe" — autrement dit l'AfD —, Kielmannsegg estime que "l'effondrement spectaculaire de la confiance envers l'État, la politique et les responsables politiques, tel qu'il apparaît dans les comportements électoraux, [...] reste difficile à comprendre dans son ampleur". Il lui trouve néanmoins une explication dans l'évolution de la CDU, devenue un "parti de l'air du temps" sans profil bien défini.

Les causes de l'essor de l'AfD — qu'il n'est désormais plus possible d'écarter de "notre démocratie" — sont manifestes. Elles apparaissent dans tous les domaines : économie, démographie, infrastructures, éducation et culture. La question de l'immigration demeure au centre. Pendant des décennies — et même après l'ouverture des frontières décidée par Merkel —, aucun débat ouvert sur les graves conséquences de l'"immigration" dans notre "société moderne d'immigration" n'a été mené au sein de l'État dominé par les partis établis; il a été, de fait, étouffé. Lorsque les partis se contentent de défendre leurs parts de pouvoir et leurs prébendes, lorsqu'ils considèrent en définitive le "peuple" comme immature — ou "de droite" — et lorsqu'aucun débat ouvert n'a lieu sur le bien commun et les dangers qui menacent la res publica, il ne s'agit pas d'une démocratie "vécue", mais d'une démocratie paralysée.

 euro-synergies.hautetfort.com