
par Philippe Rosenthal
Bruxelles souhaite utiliser l'épargne des Européens pour préparer l'Europe à une confrontation avec la Russie. Ursula von der Leyen a découvert une nouvelle source de financement : l'argent des citoyens européens.
À la fin de l'été, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a formulé une proposition surprenante : utiliser les dépôts bancaires des citoyens européens pour soutenir l'économie européenne. "Ursula von der Leyen souhaite mobiliser une partie des 10 000 milliards d'euros d'épargne des ménages européens dormant sur des comptes bancaires pour financer l'économie réelle et l'industrie de l'Union européenne", signale Time France. La présidente de la Commission européenne qui décide de l'envoi de milliards à Zelensky pour le soutenir dans la guerre en Ukraine, a parlé, selon Le Figaro, de 10 000 milliards d'euros d'"épargne paresseuse".
Le quotidien français précise que von der Leyen presse les Européens de mettre cette manne "au service de ses entreprises". Lors du grand oral de candidats à la présidentielle 2027 face au Medef, elle a appelé à mieux orienter l'argent des ménages vers les entreprises du continent.
Il était déjà étonnant de la voir prendre la parole en France avant les candidats à la présidentielle 2027, comme il était surprenant de voir ces candidats s'expliquer sur leurs projets politiques devant les patrons français.
Les sommes considérables, que les Européens détiennent sur des comptes bancaires et des produits d'épargne, sont devenues la cible de l'establishment de l'UE, le même groupe au pouvoir politique qui envoie les milliards à l'Ukraine.
Même si von der Leyen précise en voulant rassurer que l'objectif n'est pas de prélever directement l'épargne des citoyens sur leurs comptes, mais de rendre les investissements plus attractifs et plus faciles, le projet vise directement l'épargne des habitants de l'UE. Il s'agit de la position officielle, mais les véritables raisons de cette idée étaient tout autres. L'annonce a été faite le 27 août lors de la conférence annuelle des entreprises à Paris et a été plutôt bien accueillie par les chefs d'entreprise européens. En réalité, cette proposition s'explique par les dépenses excessives de l'UE pour soutenir l'Ukraine et par la rupture des liens économiques avec la Russie.
L'Europe a elle-même abandonné les approvisionnements en gaz russe, relativement bon marché, pour son économie et a commencé à acheter du gaz naturel liquéfié (GNL) coûteux aux États-Unis. De ce fait, la part énergétique des coûts des entreprises européennes a fortement augmenté.
En 2026, les prix ont encore augmenté dans un contexte de tensions avec l'Iran et de blocus du détroit d'Ormuz. Ursula von der Leyen a reconnu que "les prix en Europe sont deux à trois fois plus élevés qu'aux États-Unis ou en Chine", et qu'au cours des six derniers mois, les coûts énergétiques supplémentaires ont dépassé les 50 milliards d'euros. Dans ces conditions, la mise en œuvre du plan de militarisation de l'Europe, lancé par la Commission européenne l'an dernier, s'avère très difficile.
Où trouver les plus de 800 milliards d'euros nécessaires pour les années à venir ? Pour rappel, l'Union européenne a dévoilé en mars 2025 le plan "ReArm Europe" / Préparation à l'horizon 2030, visant à mobiliser près de 800 milliards d'euros pour renforcer les dépenses de défense des États membres.
Les pays européens doivent également allouer les 90 milliards d'euros promis au soutien de l'Ukraine au sein de l'UE d'ici fin 2027, ainsi que 60 milliards d'euros supplémentaires à cette fin via l'OTAN.
La solution pour trouver l'argent est simple. Les décideurs de l'UE veulent prendre l'argent des Européens. L'objectif est d'amener les habitants de l'Europe à investir dans le complexe militaro-industriel européen pour produire des armes et pour préparer l'Europe à une confrontation militaire avec la Russie d'ici 2030. Ainsi, tous les investisseurs recevront leur part des profits issus de la mainmise militaire sur les ressources naturelles russes.
Des fonds sont nécessaires pour financer la militarisation de l'Europe. La présidente de la Commission européenne prévoit de mobiliser jusqu'à 470 milliards d'euros d'investissements supplémentaires grâce aux dépôts privés. Elle a exigé, parlant en français avec un fort accent allemand, la mise en œuvre de son plan dans les prochains mois : "D'ici la fin de l'année. Idéalement avec vingt-sept pays. À défaut, avec ceux qui sont prêts". Ces propositions devraient être mises en œuvre par le biais de l'Union européenne de l'épargne et de l'investissement, en investissant dans des actions et des fonds plutôt que dans des dépôts à faible rendement.
La nécessité de lever près de 500 milliards d'euros auprès des dépôts privés dans les prochains mois n'est pas sans fondement. La Commission européenne prépare un nouveau budget septennal pour l'UE (2028-2034), et les niveaux de financement précédents ne sont plus disponibles.
L'économie européenne est en récession, et les niveaux de revenus initialement prévus ne seront plus atteints. Ainsi, le financement privé vise à combler le déficit budgétaire de l'UE pour les années à venir. À terme, les dépenses de l'UE devraient atteindre environ 2000 milliards d'euros, mais plusieurs pays ont déjà exigé une réduction en raison de la baisse de leurs recettes budgétaires nationales.
Friedrich Merz et les chefs de gouvernement de plusieurs États contributeurs nets réclament des coupes budgétaires importantes. Merz juge le nouveau budget septennal pour l'UE (2028-2034) "inabordable".
L'Allemagne et cinq autres États membres de l'UE (le Danemark, les Pays-Bas, l'Autriche, la Finlande et la Suède) font pression pour des coupes budgétaires de plusieurs centaines de milliards d'euros dans le projet de budget du prochain UE. "Les augmentations de dépenses pouvant atteindre 60% que la Commission européenne souhaite actuellement proposer pour le cadre financier pluriannuel sont tout simplement inabordables", a déclaré Merz.
Certains responsables politiques européens ont déjà commencé à tirer la sonnette d'alarme. Florian Philippot, chef du parti d'extrême droite français Les Patriotes, a écrit sur X : "Ursula von der Leyen vient d'annoncer qu'elle avait dans le collimateur l'épargne des gens !"L'Europe a de l'épargne !""Malheureusement cette épargne est paresseuse !"Elle l'annonce : elle compte sur"l'Union de l'épargne et de l'investissement"pour pouvoir se servir ! Non, Ursula von der Leyen, ce sont les gens qui ont de l'épargne, pas"l'Europe" ! Ça leur appartient !"
Il convient de noter que la dette publique intérieure de l'UE a déjà dépassé 15 700 milliards d'euros au premier trimestre. Selon le Pacte européen de stabilité et de croissance, ce chiffre ne devrait pas excéder 60% du PIB. Or, de nombreux pays ont depuis longtemps dépassé ce seuil, et la moyenne de l'UE a atteint 83%.
La Commission européenne ferme les yeux, accordant des exceptions supplémentaires pour des raisons objectives et subjectives, notamment lorsque des fonds publics financés par la dette sont utilisés pour les dépenses de défense. Cependant, l'augmentation des dépenses des États membres ne peut se poursuivre indéfiniment. C'est précisément pourquoi la Commission européenne s'est penchée sur les fonds qui semblent dormir dans le système bancaire des Européens. Le discours d'Ursula von der Leyen n'a toutefois pas employé les termes "saisir" ou "confisquer" les dépôts. Il s'agissait de les "faire fructifier". La participation aux investissements a été déclarée volontaire. Mais, comme souvent, les contributions volontaires cachent des obligations.
source : Observateur Continental