📑 05/09/2026 lesakerfrancophone.fr  8min #325632

Les proxys du Mi6 et de la Cia luttent pour savoir qui dirigera l'Ukraine

Par  Moon of Alabama - Le 4 septembre 2026

La lutte pour l'avenir de l'Ukraine s'intensifie.

Non seulement sur la ligne de front, ou entre les centres de pouvoir locaux à Kiev, mais aussi entre les services de sécurité des "alliés" anglo-américains.

Mercredi, une fusillade entre des unités du principal service de renseignement (militaire) GUR et des forces du service de sécurité intérieure (SBU) a eu lieu à Kiev.

Ce déroutant incident a un contexte multiforme. Events in Ukraine tente  d'en résumer les raisons :

Tout d'abord, l'ancien conflit entre le SBU et le GRU. Dans ce cas, il s'agit en fait du SBU et de la nouvelle direction du GRU contre l'ancien chef du GUR, Kirilo Budanov, et les légions de guerriers du GUR qui restent fidèles à Budanov. Du côté du SBU, nous avons son impitoyable chef Oleksandr Poklad, également connu sous le nom de "l'étrangleur".

Un deuxième conflit apparait derrière ce premier conflit. Du côté du SBU se trouve le clan au pouvoir de Zelensky, qui a longtemps été frustré par les ambitions excessives de Budanov. Le fait que Budanov manie toujours une armée privée de seigneurs de guerre idéologiquement fanatiques déplaît au président et à sa cour privée. Budanov a également tenté de contrecarrer le plan de Zelensky de nommer l'ultra-loyal Poklad à la tête de jure du SBU....

Troisièmement et principalement, les revenus. Plus précisément, la concurrence pour le contrôle de l'activité très lucrative des centres d'appels frauduleux, qui emploie environ 60 000 Ukrainiens et rapporte 1 milliard de dollars par mois. Les Européens ont poussé Zelensky à sévir contre cette industrie, qui fonctionne très évidemment avec la bénédiction des agences ukrainiennes "d'application de la loi", en particulier le GUR et le SBU.

Il y a déjà eu de tels incidents entre le GUR et le SBU. Une fusillade concernait le contrôle d'un centre de vacances de luxe. D'autres concernaient des entreprises plus précieuses :

La fusillade d'aujourd'hui survient juste au moment où Zelensky a annoncé une nouvelle loi pour cibler les centres d'appels frauduleux. Juste à temps, car au cours des derniers mois, il y a eu une vague d'attaques terroristes et de meurtres dans le monde entier, tous liés au GRU et à ses centres d'appels frauduleux - torture et décapitation à Bali, explosions à Monaco et, pire encore, bourgeois européens naïfs arnaqués de leurs économies. Constamment liée à ce réseau transnational de violence se trouve l'étrange groupe de seigneurs de guerre fanatiques du GRU, ainsi que des chefs mafieux plus traditionnels.

Ces guerres de territoire mafieuses sont depuis longtemps devenues normales en Ukraine.

Mais il y a plus, derrière la récente fusillade, qu'un problème de revenus financiers par escroquerie téléphonique.

En tant que chef du GUR, Kirilo Budanov était devenu un concurrent sérieux pour le président (par intérim) Vladimir Zelinski. Il a été promu à l'écart du GUR, et ainsi coupé de la plupart de ses ressources et de ses soldats, pour diriger le bureau du président. Bien qu'il s'agisse d'une position puissante, la décision a été prise pour garder Budanov sous contrôle.

Encore plus profondément derrière cela se cache une bagarre entre les alliés de Zelenski au sein du MI6 britannique et la CIA pour savoir qui doit prendre la tête de l'Ukraine.

Comme l'écrit  Black Mountain Analysis:

L'idée que l'Ukraine fonctionne comme une entité pleinement souveraine prenant des décisions indépendantes est contredite par l'influence omniprésente des services de renseignement occidentaux, en particulier le MI6 britannique. La stratégie de l'Ukraine en temps de guerre est en grande partie façonnée depuis l'étranger, les renseignements britanniques étant profondément ancrés dans la prise de décision militaire et politique du pays.

Zelenski et le SBU sont plus ou moins des agents du MI6.

La CIA, et la Maison Blanche derrière elle, veulent que leur homme, Kirilo Budanov, prenne le contrôle et trouve un arrangement avec la Russie.

Zelenski est censé être mis de côté.

Lisez ce conseil donné par l'Atlantic Council, dirigé par les États-Unis, dans  un récent article de Foreign Policy (archivé) :

Depuis l'été dernier, le mécontentement du public face aux accusations de corruption dans le cercle restreint de Zelensky et le récent limogeage de Fedorov ont intensifié la chute de Zelensky dans l'opinion publique.

...

Il y a deux façons de résoudre ce problème. La première - une élection en temps de guerre - a peu de soutien parmi les Ukrainiens, reste complexe sur le plan logistique et est actuellement illégale. La seconde consiste à remanier le système de gouvernance en réduisant l'implication présidentielle dans la gestion du programme national, en créant un gouvernement d'unité nationale et en installant un groupe de fonctionnaires efficaces et sans soupçons, venant des différents partis, à qui on ajouterait les fonctionnaires compétents que Zelensky a limogé parce qu'il les considérait comme des concurrents potentiels.

Malheureusement, rien ne suggère que Zelensky puisse prendre une telle mesure. Le temps de la domination centralisée par un petit groupe de copains est révolu depuis longtemps, et les dirigeants occidentaux et son propre peuple devraient le presser à chaque occasion de prendre des mesures pour assurer l'unité nationale et une gouvernance efficace.

Cette ligne de pensée a été promue pendant un certain temps par diverses ONG occidentales rémunérées. Zelenski doit être maintenu en place en tant que chef d'État cérémoniel tandis que les vraies affaires devraient être effectuées par une sorte de comité (contrôlé par les États-Unis).

Coïncidence (non !) - au lendemain de la publication de l'article anti-Zelenski via Foreign Policy, le New York Times a publié un article pro-Budanov :

 Après avoir combattu férocement la Russie, il veut ouvrir le chemin vers la paix en Ukraine - New York Times - 4 septembre 2026

Kyrylo Budanov, soldat décoré et ancien chef des espions militaires, préconise un règlement négocié. Les pourparlers devraient reprendre ce mois-ci.

Budanov, 40 ans, est chef d'état-major du président Volodymyr Zelensky et lieutenant général dans l'armée ukrainienne. Comme il prône la négociation, il lui reste peu à prouver en tant que soldat qui a combattu les Russes.

...

Il a servi dans une unité, entraînée par la CIA, au sein de l'agence ukrainienne de renseignement de défense dont le chef a été assassiné dans un attentat à la voiture piégée à Kiev. En 2016, une balle de mitrailleuse a brisé le coude de M. Budanov. Il a été soigné au Centre médical militaire national Walter Reed dans le Maryland pendant des mois, pour que son bras soit reconstruit. Après l'invasion russe de 2022, il a aidé à organiser certaines des contre-attaques les plus audacieuses de l'Ukraine.

Budanov porte toujours une coupe de cheveux à la militaire et est connu pour ses regards perçants avec ses yeux sombres. Dans un bureau orné d'une icône chrétienne peinte sur la plaque de céramique d'un gilet blindé, il a entrouvert le rideau sur l'art de négocier avec des ennemis mortels.

Bodanov est présenté comme celui qui pourrait conduire l'Ukraine vers la paix avec la Russie (dans les conditions américaines) :

L'une des principales raisons pour lesquelles M. Budanov a accepté le poste de chef de cabinet en janvier dernier, a-t-il déclaré, était l'opportunité de mener des négociations.

À ce moment-là, M. Witkoff et les négociateurs russes et ukrainiens avaient écrit un plan de paix en 20 points mais deux points clés étaient non résolus:..

...

Lors des entretiens à Abou Dhabi, M. Budanov a tenté de donner un nouveau ton, a-t-il expliqué.

Il a dit qu'il avait dit à la délégation russe qu'elle devrait se fixer un objectif, comme la conception de compromis pour la gouvernance d'après-guerre dans le Donbass, et y travailler.

En février, a-t-il déclaré, des idées potentielles incluaient la remise de la zone à des entrepreneurs militaires privés, permettre au Conseil de la paix de M. Trump de la gouverner, ou la formation d'administrations civiles conjointes ukrainiennes et russes.

Cette proposition absurde, que Budanov a argumentée, doit provenir des amateurs de la Maison Blanche.

La fusillade à Kiev était donc bien plus qu'une discussion mafieuse concernant des affaires commerciales.

Elle est le symptome d'une lutte pour savoir qui contrôlera la politique étrangère de l'Ukraine. Le MI6 et la CIA ayant chacun leurs préférences.

Mais ce qui est vraiment intéressant, c'est que Moscou, semble-t-il, a pris une position active dans ce domaine :

Yaroslav Trofimov @yarotrof -  13h30 UTC · 4 septembre 2026

Un drone à réaction russe (essentiellement un missile de croisière) vient de voler dans le bureau du chef du service de renseignement ukrainien SBU, Poklad, situé au cœur de Kiev. Il n'a pas été tué mais Zelensky a ordonné des représailles chaque fois que possible....

L'attaque russe (ou venant du GUR?) contre Poklad, l'homme de main de Zelenski, qui tente lui-même d'éliminer Budanov, intervient alors que la Maison Blanche, après une longue pause,  relance les négociations sur l'Ukraine :

- Les négociateurs américains Steve Witkoff et Jared Kushner prévoient de se rendre prochainement à Kiev et à Moscou, a déclaré une source à TASS.

- Début septembre, une source a déclaré à l'agence que Witkoff et Kushner intensifiaient leurs efforts de médiation sur l'Ukraine.

- Des contacts téléphoniques avec la partie ukrainienne ont déjà eu lieu, selon la source.

- Vladimir Zelensky a déclaré la veille que des dates provisoires pour la visite de Witkoff et Kushner à Kiev avaient déjà été fixées.

- La visite pourrait avoir lieu dans un avenir proche, a-t-il noté.

Witkoff et Kushner devraient interpréter l'attaque de drone "russe" contre le siège du SBU comme un geste de bienvenue.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

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