🌍 05/09/2026 linvestigateurafricain.tg  5min #325664

 L'Afrique à sa juste échelle : Washington seul à voter contre à l'Onu

Correct the Map : comment le Togo veut changer la perception de l'Afrique sur les cartes du monde

Komla YAWO

Correct the Map ! Derrière ce slogan apparemment technique se joue une bataille beaucoup plus symbolique sur la représentation de l'Afrique dans le monde. Portée par le Togo au nom du Groupe africain, la campagne a connu le 4 septembre 2026 un heureux aboutissement avec l'adoption par l'Assemblée générale des Nations unies de la résolution A/80/L.104, consacrée à une représentation cartographique plus fidèle des superficies terrestres. Le texte a été adopté par 164 voix, contre une seule, celle des États-Unis, avec six abstentions.

Correct the Map, une initiative togolaise devenue cause africaine

La démarche de Lomé part d'un constat scientifique. Toutes les cartes du monde ne représentent pas les superficies de la même manière. La projection de Mercator, conçue au XVIe siècle notamment pour la navigation, déforme les dimensions relatives des territoires lorsqu'elle transforme la surface sphérique de la Terre en carte plane. Les régions proches des pôles apparaissent ainsi beaucoup plus grandes qu'elles ne le sont réellement.

L'exemple de l'Afrique est particulièrement frappant. Sur une carte de type Mercator, le Groenland peut sembler comparable à l'Afrique, alors que le continent africain est environ quatorze fois plus vaste.

C'est précisément sur cette distorsion que le Togo a choisi de construire sa campagne. Avec Correct the Map, Lomé ne demande pas de modifier les frontières ni d'interdire la projection de Mercator. La résolution encourage plutôt le recours à des projections à superficies égales, notamment Equal Earth, dans l'éducation, les institutions, les médias et les outils numériques. Elle n'a pas de caractère juridiquement contraignant.

Le choix du sujet peut donc surprendre. Pourquoi consacrer autant d'énergie diplomatique à une question cartographique ? Parce que, pour le Togo, une carte n'est pas seulement un instrument technique; elle participe aussi à la manière dont les sociétés se représentent le monde et leur propre place dans celui-ci.


Correct the Map : comment le Togo veut changer la perception de l'Afrique sur les cartes du monde
Une bataille de représentation, au-delà de la cartographie

L'importance de Correct the Map réside ainsi moins dans le changement immédiat d'un fond de carte que dans le message politique qui l'accompagne.

Le ministre togolais des Affaires étrangères,  Robert Dussey, défend l'idée qu'une représentation plus fidèle des superficies peut contribuer à corriger certaines perceptions héritées de l'histoire. Cette lecture rejoint celle de l'Union africaine, qui estime que la sous-représentation visuelle de l'Afrique dans les cartes courantes contribue à une perception erronée de son poids géographique. Le président de la Commission de l'UA, Mahmoud Ali Youssouf, a salué l'initiative togolaise et appelé les institutions internationales, les systèmes éducatifs, les éditeurs et les plateformes numériques à favoriser des représentations plus conformes aux réalités géographiques.

L'enjeu est donc aussi celui du pouvoir des représentations. Pendant des générations, les cartes scolaires ont contribué à familiariser des millions d'élèves avec une certaine vision du monde. Changer progressivement ces représentations revient à poser une question plus large; qui définit les images à travers lesquelles les sociétés apprennent à comprendre la planète ?

Pour le Togo, cette initiative s'inscrit également dans une réflexion sur les héritages de la période coloniale. Robert Dussey a toutefois insisté sur le fait que la campagne ne constitue pas une attaque contre l'Europe ou une autre civilisation.

Du symbole aux résultats, le véritable défi commence maintenant

Le vote de l'ONU constitue une victoire diplomatique pour Lomé, mais il ne représente pas l'aboutissement de la démarche. Le principal défi sera désormais de transformer une résolution non contraignante en changements concrets.

Le Togo entend montrer l'exemple en modifiant ses supports scolaires de géographie avant la fin de 2026. Lomé souhaite ensuite convaincre d'autres États, les organisations internationales, les établissements scolaires, les éditeurs et les entreprises technologiques d'adopter davantage de cartes à superficies égales. Des discussions avec les États membres de l'Union africaine et d'autres pays favorables à l'initiative sont annoncées dans les prochains mois.

La résistance pourrait cependant être importante. La projection de Mercator reste particulièrement adaptée à certains usages de navigation maritime et aérienne. La résolution ne cherche d'ailleurs pas à remettre en cause ces usages.

Le vote américain contre le texte illustre aussi les limites politiques de cette campagne. Washington a considéré que la résolution portait une démarche idéologique et détournait l'attention des problèmes internationaux jugés prioritaires.

Au final, Correct the Map pourrait apparaître comme une bataille pour une simple carte. Elle est en réalité révélatrice d'un débat plus profond sur la représentation, la mémoire et la place de l'Afrique dans l'ordre mondial. Pour le Togo, le pari consiste désormais à démontrer qu'une initiative symbolique peut produire une évolution durable des pratiques. La carte ne changera pas le territoire africain. Mais elle pourrait contribuer à changer la manière dont celui-ci est regardé.

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