📑 05/09/2026 mondialisation.ca  11min #325687

Une main invisible à l'œuvre dans le conflit en Ukraine

Par  MARC Jean

Une main invisible semble diriger les événements dans le conflit ukrainien. Une main puissante capable d'obliger l'ensemble des dirigeants occidentaux à suivre la même politique de confrontation avec la Russie. Au plus grand détriment de l'intérêt bien compris des peuples d'Europe. Sinon, comment comprendre l'unanimisme des dirigeants et des médias dans la genèse de ce conflit, complètement irrationnel et susceptible de dégénérer à tout moment en un affrontement militaire de grande envergure, éventuellement nucléaire ? Nous allons évoquer un certain nombre de faits inexplicables sans la présence, en sous-main, d'une direction résolue à l'accomplissement de ses objectifs.

Quels sont les objectifs poursuivis ?

Ce sont la destruction de la Russie,(1) son morcellement en plusieurs entités,(2) la main-mise sur ses énormes richesses naturelles, et enfin le nivellement de ses valeurs patriotique, familiales et chrétiennes par le nouvel ordre mondial. En attendant d'atteindre ces objectifs, les commanditaires vont, en coupant la Russie de l'Ouest, obliger les Européens à s'approvisionner en énergie auprès d'autres fournisseurs à des tarifs plus élevés, et provoquer la ruine de beaucoup d'industries, obligés de se relocaliser aux États-Unis. Il ne s'agit pas de fantasmes, mais des projets annoncés sans se dissimuler par les comploteurs. Ouvrons une parenthèse et faisons un retour en arrière. Après la chute du mur de Berlin et l'effondrement de l'empire soviétique, les ennemis de la Russie ont bénéficié d'une période propice à la mise en application de leur projet de découpe de la Russie, leur permettant de faire main basse sur les richesses du pays. Des oligarques ont pillé sans vergogne le patrimoine industriel et pétrolier, se bâtissant des empires. La mise à l'écart du Président Gorbatchev remplacé par Boris Elsine, a permis à une horde d'affairistes sans scrupules de s'enrichir. Pendant ce temps, le pays sombrait dans la misère la plus noire. Les médias occidentaux n'avaient qu'éloges pour ces deux dirigeants, exécrés par leur peuple.

Ils occultaient soigneusement la réalité de l'économie russe, rabaissée au rang d'une nation du tiers monde.

Devenu un terrain de conquête pour les prédateurs et les firmes occidentales, la Russie ne présentait plus aucun danger et pouvait donc être dépouillée de ses richesses. « Les idéologues du FMI en Russie imposèrent la liberté version néolibérale à une Russie dévastée. Les privatisations permirent à une petite clique de pilleurs de s'emparer des richesses nationales sous couvert de conversion au capitalisme » précise Guy Mettan (3), en ajoutant que la propagande anti russe reprit de plus belle, lorsque les autorités russes, avec Evgueni Primakov comme Premier ministre, et plus tard Vladimir Poutine, amorcèrent un revirement en privilégiant les intérêts de leur pays. La reprise en mains et la mise au pas des affairistes allaient être brutales. La remise sur pieds de l'économie russe demanderait des efforts considérables, mais le résultat sera à la hauteur. Le Président Poutine a redonné confiance en soi au peuple russe et redressé son économie. Subitement, les médias occidentaux sont devenus des critiques acharnés de la Russie et de son dirigeant. Comme dirigés par un chef d'orchestre invisible !

Les avertissements n'ont pas manqué, mais les dirigeants occidentaux les ont ignorés

Trente ans de documents et de témoignage dessinent ainsi une continuité difficile à balayer.

Le 9 février 1990, à Moscou, le secrétaire d'État américain James Baker explique au ministre soviétique des Affaires étrangères Edouard Chevardnadze qu'une Allemagne réunifiée ancrée dans une OTAN transformée devrait s'accompagner de « garanties de fer » :

« NATO's jurisdiction or forces would not move eastward ». Devant Gorbatchev, Baker emploie la formule devenue célèbre : « not one inch eastward » (pas un pouce vers l'Est).

Photo à gauche : James Baker et Gorbatchev

Le ministre soviétique des Affaires étrangères Edouard Chevardnadze derrière Gorbatchev.

Jack F. Matlock Jr., diplomate de carrière, spécialiste de l'URSS, fut ambassadeur des États-Unis à Moscou de 1987 à 1991 sous Ronald Reagan puis George H. W. Bush et un des acteurs principaux coté américain de l'organisation diplomatique de la fin de la guerre froide. Lorsque l'administration Bill Clinton décide d'élargir l'OTAN, Matlock s'y opposa. Il témoignera devant le Congrès contre cette politique et expliquera plus tard avoir averti »qu'elle devait au minimum s'arrêter avant d'atteindre des pays comme l'Ukraine et la Géorgie, car cela serait inacceptable pour n'importe quel gouvernement russe. »(4)

Diplomate, historien et soviétologue, Georges F. Kennan [photo à droite] avait formulé dès 1946-1947 la doctrine du containment du communisme et participera à sa mise en œuvre, soit l'endiguement de l'URSS qui allait structurer la politique américaine pendant la guerre froide.Or, en février 1997, alors que la Russie d'Eltsine est économiquement effondrée, militairement affaiblie et ne constitue aucune menace conventionnelle crédible contre l'Europe occidentale, Kennan publie dans le New York Times un article »Une Erreur fatale ». Son avertissement est saisissant : il déclare explicitement que »l'expansion de l'OTAN serait l'erreur la plus fatidique de la politique américaine dans toute l'après-guerre froide ». (5)

Vladimir Poutine formule publiquement la ligne rouge russe le 10 février 2007 devant la Conférence de Munich sur la sécurité. Son discours est souvent présenté comme le moment où la Russie « redevient agressive ». Il peut aussi être lu, dans une grille réaliste, comme l'annonce publique d'une ligne rouge que la Russie n'accepte pas de voir franchie.

William J. Burns, [photo à gauche] alors ambassadeur des États-Unis à Moscou avertissait Washington en 2008 des conséquences potentielles d'une entrée de l'Ukraine dans l'OTAN Ce n'est pas un idéologue pro russe, mais l'un des diplomates américains les plus accomplis de sa génération. Il deviendra secrétaire d'État adjoint puis, sous Joe Biden, directeur de la CIA.

John J. Mearsheimer, Professeur à l'université de Chicago et l'un des principaux théoriciens mondiaux du réalisme en géopolitique, publie, en septembre 2014, dans Foreign Affairs un texte devenu célèbre foreignaffairs.com.(6) Sa thèse tient en une phrase : « La racine profonde du problème est l'élargissement de l'OTAN. ».

Jeffrey Sachs, économiste mondialement reconnu, professeur à Columbia University, conseiller de nombreux gouvernements et du Secrétaire général de l'ONU, soutient que la guerre est l'aboutissement de « decades in the making » (« qui se préparait depuis des décennies »). (7)

Enfin Jeffrey Sachs et George Beebe, ancien directeur de l'analyse à la CIA, aujourd'hui au directeur de la grande stratégie au Quincy Institute for Responsible Statecraft, apportent une perspective particulièrement intéressante. décrivant l'engrenage qui conduit finalement à 2022 et le déclenchement du conflit militaire(3).

Malheureusement, tous ces avertissements ont été ignorés, malgré leur analyse parfaitement fondée et rationnelle. Ils n'ont suscité que peu de retentissement dans l'opinion et sont restés ignorés par les médias..

Les médias dans leur majorité sont devenus les complices de cette politique

Jamais, même aux pires périodes de la guerre froide, la russophobie n'avait atteint un tel sommet frisant l'hystérie. Les critiques se sont transformées en attaques haineuses telles que le monde ne les avait pas connues depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Un esprit rationnel s'interrogera sur les raisons de cette explosion de rage et de haine envers la Russie. « La crise ukrainienne aidant, la détestation de la Russie a atteint des proportions qui dépassent toute rationalité et défient l'imagination. 'C'est la faute à la Russie' est devenu un leitmotiv des éditorialistes, des experts et de politiques pour expliquer chaque problème interne au continent européen » fait remarquer Guy Mettan dans son livre Russie-Occident, une guerre de mille ans. Les esprits lucides, ne s'associant pas à cette curée anti-russe, mais essayant d'analyser objectivement les raisons ayant poussé la Russie à intervenir en Ukraine, sont d'emblée traités de complices du Kremlin, au mieux d'idiots utiles et exclus définitivement des médias et des plateaux.

La russophobie de la quasi totalité des médias interroge. Pourquoi aucune approche équilibrée de ce conflit de la part des journalistes dont c'est le devoir de présenter les différents points de vue, en laissant à leurs lecteurs le soin de trancher ? Pourquoi continuellement présenter la Russie et son dirigeant sous un aspect négatif, en occultant toute voix contraire ? « Les médias traditionnels ont des responsabilités particulières, car ils sont censés informer l'opinion de manière objective, pour lui laisser la possibilité de se forger son opinion. Malheureusement, avec la crise ukrainienne, la détestation de la Russie a atteint des proportions qui dépassent toute rationalité et défient l'imagination » peut écrire Guy Mettan dans son livre précité.

L'Université de Mayence a publié une étude sur la couverture médiatique allemande des événements en Ukraine. Dans une recension de cette étude (8), Felix Livshitz écrit que « leurs conclusions confirment que, depuis le 24 février 2022, les médias ont joué un rôle majeur pour maintenir le conflit et rendre moins probable un règlement négocié.

En publiant un contenu presque universellement baisé, pro-guerre et anti-Russie ». Il ajoute que cette enquête démontre « comment les journalistes comptent parmi les lobbyistes les plus agressifs et les plus efficaces en faveur de la guerre ».

Autrement dit, à écrire des contre-vérités à longueur de colonnes, les journalistes finissent par croire en leurs propres mensonges !

Jacques Baud rapporte dans son livre, Gouverner par les fakes news, qu'un journaliste parisien, sous couvert d'anonymat, lui aurait avoué qu'il est obligé par sa rédaction de taire la vérité sur le conflit ukrainien, pour ne pas passer pour des amis de Poutine ! Car, aujourd'hui, émettre une opinion simplement nuancée sur le Président Poutine est considéré presque comme un crime de haute trahison. Jacques Baud l'a expérimenté à ses dépens lorsqu'il a fait l'objet d'une condamnation au mépris des droits fondamentaux de chaque citoyen.

Dessin de Miss Lilou. Source :  dessinsmisslilou.over-blog.com Quelle est cette puissance à l'œuvre ?

C'est là, précisément, que réside sa force redoutable : son invisibilité. On cherchera en vain à mettre un nom à la tête de cette puissance. Les mondialistes avec Georges Soros ? Le lobby militaro-industriel qui engrange les dividendes faramineux ? Les puissances financières qui se gavent en prêtant à des nations déjà endettées toujours plus de milliards ? Il faut rappeler que les guerres ont toujours été sources de profits gigantesques pour les prêteurs, tant pour financer l'effort de guerre que la reconstruction. Les proxénètes de guerre, cette coterie irresponsable de néoconservateurs et d'interventionnistes libéraux qui, après deux décennies de fiascos militaires au Moyen-Orient, suscitent maintenant une guerre suicidaire avec la Russie. ?(9)

Sans doute un conglomérat de tout cela, mais animé de la même volonté maléfique de destruction. Inspirée assurément par une divinité que Thomas Römer, Professeur d'Ancien Testament à l'Université de Lausanne, décrit comme « un dieu fondamentalement destructeur. » (10) Divinité imaginaire, peut-être, mais dont l'emprise psychologique sur ses adorateurs demeure puissante (11). A chacun de se faire sa propre opinion.

MARC Jean

Notes :

(1) Le plan américain pour démanteler la Russie par M. François Asselineau

(2)  lediplomate.media

(3) Guy Mettan, Russie-Occident, une guerre de mille ans, p.268

(4)  arretsurinfo.ch

(5)  comw.org

(6)  foreignaffairs.com

(7)  jeffsachs.org

(8)  Un rapport expose comment les médias allemands attisent le militantisme dans la société et s'efforcent d'empêcher les négociations avec la Russie

(9)  consortiumnews.com

(10)Thomas Römer, L'invention de Dieu, p.49-50

(11) Laurent Guyénot, Du yahvisme au sionisme, p.376

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

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Sans doute un conglomérat de tout cela, mais animé de la même volonté maléfique de destruction. Inspirée assurément par une divinité que Thomas Römer, Professeur d'Ancien Testament à l'Université de Lausanne, décrit comme « un dieu fondamentalement destructeur. »