• Analyse des affrontements violents à Kiev, entre agents des deux services de renseignement GUR et SBU. • Andrew Korybko y voit la préfiguration des élections à venir, après la guerre et peut-être après Zelenski.
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Andrew Korybko nous donne donc une analyse des affrontements de Kiev entre les deux services de renseignement (le GUR, militaire, et le SBU, police secrète). Il l'interprète comme un grave incident qui prépare les affrontements électoraux pour les élections qui suivront la fin de la guerre, qu'il juge désormais inexorable. Sans le dire précisément, il laisse entendre que l'éviction de Zelinski, soit par attentat, soit par une inéluctable défaite électorale, est une hypothèse possible.
Une précision qui ajoute à l'intérêt de cette affaire : le GUR et le SBU sont contrôlés par la CIA, ainsi que l'organisme chargé d'enquêter sur la corruption. Cela n'empêche pas une certaine autonomie des uns et des autres, ce qui n'étonnera personne dans le cadre démocratique qui caractérise l'Ukraine. Par ailleurs, la CIA, dont la guerre en Ukraine est l'œuvre quasi-exclusive, peut parfaitement être divisée en factions aux intérêts différentes ; là aussi, la démocratie règne.
Cette explication bien ordonnée de ce qui constitue un chaos considérable ne nous empêche pas de penser que bien des événements et des interventions directes, venues de tous les côtés dans ce pauvre pays-fanion de la " danse de Saint-Guy" sanglante qui caractérise l'Europe (notamment), peuvent interférer et provoquer bien d'autres prolongements. Ce désordre très rationnellement expliqué bien qu'extraordinaire est parfaitement illustratif de l'étrange séquence de chaos que nous traversons, tout comme les incertitudes qui traversent les certitudes des uns et des autres.
dde.org Sur le violent affrontement GUR-SUBLa situation politique intérieure de l'Ukraine en temps de guerre a toujours été trouble, mais aucun observateur objectif n'avait jusqu'ici douté de l'existence de factions au sein de ses institutions militaires, de renseignement, de sécurité et politiques, ni des rivalités qui les unissent, lesquelles viennent d'être confirmées. Le GUR et le SBU, respectivement le renseignement militaire et la police secrète ukrainiens, se sont affrontés par balle la semaine dernière après que le SBU a temporairement détenu un néonazi russe dont la milice opère sous le patronage du GUR.
Cet événement a précédé une mystérieuse attaque de drone contre le quartier général du SBU à Kiev, que Zelensky a imputée à la Russie. Certains, comme le duo du podcast populaire ' Russians With Attitude', ont suggéré qu'il pourrait s'agir d'une riposte "plausiblement niable" du GUR contre le SBU. Quelle que soit la vérité, la nouvelle escalade de la violence entre le GUR et le SBU fait suite aux brèves manifestations d'envergure qui ont eu lieu cet été en soutien au ministre de la Défense récemment limogé, manifestations que cette analyse, dans le cadre de laquelle elles ont été évoquées, étaient liées aux États-Unis.
La tendance générale est au désenchantement des Ukrainiens envers Zelensky, en raison de soupçons de corruption. Nombreux sont ceux qui pensent que l'enquête en cours sur la clique dirigeante du pays, qui a déjà entraîné la destitution de son conseiller Andreï Yermak, l'implique d'une manière ou d'une autre. Il ne s'agit pas d'un simple vœu pieux, comme pourraient le prétendre les sceptiques, mais d'une analyse approfondie menée par le magazine Foreign Policy, qui cite un récent sondage ukrainien montrant à quel point l'opinion publique s'est radicalement retournée contre lui au cours de l'année écoulée. D'après leur rapport, "90 % des Ukrainiens estiment que la corruption est élevée, voire extrêmement élevée. Signe le plus significatif et emblématique de cette évolution, près de 57 % des Ukrainiens imputent la corruption à Zelensky, soit presque le double du chiffre obtenu lors d'un sondage similaire réalisé par SOCIS en avril 2025. Ce sondage prévoit également que trois adversaires différents le battraient largement au second tour, chacun avec un score d'environ deux contre un."
Ce contexte laisse penser que la rivalité, récemment devenue violente, entre le GUR et le SBU pourrait s'inscrire dans une lutte de pouvoir préventive pour l'avenir politique de l'Ukraine. En effet, la fin inévitable du conflit ukrainien, quelle que soit sa date et ses modalités, entraînera la tenue d'élections attendues depuis longtemps. Plus intéressant encore, le GUR et le SBU sont tous deux étroitement liés à la CIA, tandis que les organismes anticorruption ukrainiens sont, selon Poutine, "directement contrôlés" par les États-Unis, ce qui place l'influence américaine sur l'ensemble de ces développements.
Malgré l'influence de la CIA sur le GUR et le SBU, ces services conservent une certaine autonomie, et leur spontanéité imprévisible est caractéristique du contexte entropique dans lequel ils opèrent. Cela signifie que les États-Unis n'ont probablement pas orchestré leur affrontement, mais ils ont certainement un intérêt dans leur rivalité, que leurs divers éléments de l'"État profond" - potentiellement y compris des éléments rivaux - pourraient tenter d'influencer. Il en va de même, quoique dans une moindre mesure, pour les autres partenaires étrangers de ces deux services, comme le Royaume-Uni.
L'issue de la rivalité GUR-SBU devrait donc déterminer en grande partie l'avenir politique de l'Ukraine. Elle pourrait même avoir un impact avant la fin de la guerre si l'un ou les deux s'inspirent du Japon de l'entre-deux-guerres en lançant une vague d'assassinats politiques, de leur propre initiative ou à la demande de l'un de leurs protecteurs étrangers, qui pourraient même viser Zelenski s'ils le perçoivent comme soutenant leur rival. Une chose est sûre : la rivalité GUR-SBU est désormais la dynamique politique intérieure la plus importante de l'Ukraine.
Andrew Krylenko