🇵🇸 06/09/2026 palestine-solidarite.fr  3min #325756

Phobie du manque d'eau Gaza

Par Rami Abou Reida

Dans les camps de déplacés, l'eau n'est plus seulement un besoin quotidien. Elle est devenue une obsession qui habite chaque détail de la vie et poursuit les déplacés jusque dans les moments les plus ordinaires.

La plupart des déplacés dépendent de l'eau acheminée par des camions-citernes organisés par des institutions et des initiatives, qu'il s'agisse d'eau potable ou d'eau salée utilisée pour certains besoins quotidiens. Quant aux quelques chanceux, ils bénéficient d'un raccordement à un puits, de l'eau du "Makrot" ou de la ligne émiratie.

Mais avec la prolongation du déplacement, les coupures répétées et l'absence de toute véritable garantie que demain sera meilleur, une sorte de **phobie de l'eau** s'est installée chez beaucoup de déplacés : une peur permanente de voir arriver un jour où ils ne trouveront pas une seule goutte d'eau.

Il suffit qu'un déplacé entende le klaxon d'un camion d'eau ou le voie approcher pour qu'il se précipite afin de rassembler les jerricans vides, comme si leur remplissage contenait une part de sécurité. Il n'attend pas que son besoin s'accumule et ne se dit pas : "Je les remplirai demain", mais il les remplit aujourd'hui.

Même s'il ne possède qu'un seul récipient vide, il tient à le remplir.

Et je n'ai pas découvert cette phobie seulement chez les autres. J'ai découvert que **moi aussi, avec mes enfants, nous en souffrons**, et que beaucoup de mes connaissances et de mes amis vivent le même état. Nous ne remplissons pas les jerricans parce que nous avons nécessairement besoin d'eau à cet instant, mais parce que nous ne faisons plus confiance à demain.

La guerre nous a appris que les choses que nous considérons comme simples et garanties peuvent disparaître soudainement. L'eau qui coulait autrefois du robinet sans que nous y pensions est devenue une attente devant un camion, le transport de jerricans parfois sur de longues distances, les files d'attente interminables, la surveillance du ciel et de la route, l'attente d'une nouvelle initiative ou d'une institution qui viendra apporter de l'eau.

C'est pourquoi les jerricans vides suscitent désormais plus d'angoisse que notre besoin réel d'eau. Les voir remplis nous procure un sentiment temporaire de sécurité, tandis que les voir rester vides ouvre en nous une immense porte vers la peur.

𝗖𝗲 𝗻'𝗲𝘀𝘁 𝗽𝗮𝘀 𝘀𝗲𝘂𝗹𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝘂𝗻𝗲 𝗵𝗶𝘀𝘁𝗼𝗶𝗿𝗲 𝗱'𝗲𝗮𝘂.

C'est l'histoire d'un être humain qui a vécu longtemps sans aucune garantie. Et à force de souffrir, nous avons commencé à remplir les jerricans avant d'avoir soif, comme si nous essayions d'acheter quelques heures de tranquillité dans un monde qui ne nous offre plus aucune certitude.

C'est peut-être pour cela que l'on peut réellement appeler ce que nous vivons une **"phobie du manque d'eau"** : une peur que l'on ne voit pas seulement dans les yeux, mais que l'on retrouve dans chaque jerrican vide, dans chaque main qui porte un récipient, et dans chaque déplacé qui court derrière un camion d'eau... comme s'il courait derrière quelque chose de plus grand que l'eau elle-même :

𝗔̀ 𝗹𝗮 𝗿𝗲𝗰𝗵𝗲𝗿𝗰𝗵𝗲 𝗱'𝘂𝗻 𝗽𝗲𝘂 𝗱𝗲 𝘀𝗲́𝗰𝘂𝗿𝗶𝘁𝗲́, 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝘂𝗻𝗲 𝘃𝗶𝗲 𝗼𝘂̀ 𝗽𝗹𝘂𝘀 𝗿𝗶𝗲𝗻 𝗻'𝗲𝘀𝘁 𝗴𝗮𝗿𝗮𝗻𝘁𝗶.

 Rami Abou Reida

6 septembre 2026

𝗠𝗲𝘀 𝗲́𝗰𝗿𝗶𝘁𝘀... 𝗱𝗲𝗽𝘂𝗶𝘀 𝗺𝗮 𝘁𝗲𝗻𝘁𝗲.. 𝗔𝗹-𝗠𝗮𝘄𝗮𝘀𝗶, 𝗞𝗵𝗮𝗻 𝗬𝗼𝘂𝗻𝗲̀𝘀

Source : la page FB de l'auteur
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