Le monde multipolaire a suivi de près l'importance de la 26e réunion du Conseil des chefs d'État de l'OCS, qui marquait les "25 ans de l'OCS : ensemble pour une paix, un développement et une prospérité durables".
Du 31 août au 1er septembre 2026, la 26e réunion du Conseil des chefs d'État de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) s'est tenue à Bichkek, au Kirghizistan. Si Bichkek n'a pas formellement défini la fin d'un ordre mondial et le début d'un autre, elle a néanmoins démontré que la politique mondiale est en pleine mutation. Le pouvoir international se fragmente et les organisations régionales acquièrent une importance stratégique croissante. De plus, de nouvelles nations, autrefois périphériques, revendiquent un rôle plus important dans la définition du cadre de l'ordre international.
La 26e réunion du Conseil des chefs d'État de l'OCS, qui s'est tenue à Bichkek du 31 août au 1er septembre, a revêtu une importance dépassant largement le cadre de la diplomatie protocolaire traditionnelle. Organisée pour célébrer le 25e anniversaire de l'organisation, cette réunion était présidée par l'homme politique kirghize Sadyr Japarov. Elle s'est déroulée sous le thème "25 ans d'OCS : ensemble pour une paix, un développement et une prospérité durables". Vingt-huit documents, dont la déclaration de Bichkek, portant sur la sécurité, le commerce, la connectivité, la technologie, l'énergie et les questions institutionnelles, y ont été adoptés. Le Kirghizistan a également cédé la présidence au Pakistan pour les années 2026 et 2027. Si les documents signés sont importants, la portée de Bichkek réside avant tout dans l'évolution de l'OCS au sein d'un ordre international en mutation. Créée en 2001 par la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l'Ouzbékistan, l'OCS était initialement axée sur la sécurité régionale et le renforcement de la confiance. Vingt-cinq ans plus tard, l'organisation a accueilli l'Inde, le Pakistan, l'Iran et le Bélarus, étendant ainsi son influence géographique à certaines des zones les plus importantes d'Eurasie sur les plans politique, démographique, économique et énergétique.
Le président russe Vladimir Poutine à l'OCS
Le président russe Vladimir Poutine a prononcé le discours le plus important de l'événement. Il a décrit l'OCS comme un "centre indépendant et influent du monde multipolaire émergent". Il a souligné que les États membres de l'OCS représentent la moitié de la population mondiale et une part encore plus importante du PIB mondial. Bien que la politique étrangère russe puisse comporter de nombreux aspects, l'OCS a pris une telle ampleur qu'elle ne peut plus être considérée comme un simple forum diplomatique mineur.
Parmi les nombreux atouts de l'OCS, la Russie présente sans doute l'argument le plus intéressant. Membre fondateur, la Russie a soutenu l'OCS pour le renforcement de la sécurité et de la politique eurasiennes, ainsi que pour les opportunités de croissance économique qu'elle offre. Cependant, à Bichkek, Poutine a mis l'accent sur des enjeux bien plus vastes que les seules questions de sécurité. Le président Poutine a déclaré que les échanges commerciaux de la Russie avec les États membres de l'OCS avaient atteint 400 milliards de dollars en 2025 et que les monnaies nationales des membres de l'OCS avaient permis de régler plus de 98 % des transactions russes avec ces mêmes États. Au-delà de ces chiffres, ces statistiques reflètent une tendance cruciale pour l'OCS: la formation de liens économiques de moins en moins dépendants d'une monnaie, d'une place financière ou d'un système de paiement unique.
La Banque de développement de l'OCS
C'est ici que le débat autour de la Banque de développement de l'OCS prend toute son importance. Le président Poutine a affirmé que la banque qu'il propose devrait pouvoir fonctionner de manière autonome au sein des systèmes financiers afin d'exercer une pression géopolitique. Cette déclaration témoigne de la résistance de la Russie face aux sanctions occidentales et montre aux autres économies émergentes la possibilité d'y être moins vulnérables.
L'OCS, épicentre d'un monde multipolaire
Un monde véritablement multipolaire ne devrait pas impliquer de choisir entre l'Est et l'Ouest. Dans un tel monde, les pays peuvent nouer de multiples alliances et partenariats stratégiques, et coopérer sur diverses questions. C'est ce que propose l'OCS à ses pays membres : des pays souvent en désaccord peuvent ainsi se réunir et coopérer sur des sujets où leurs intérêts convergent. Cependant, le monde multipolaire ne se construit pas par de simples déclarations. Ce sont les corridors commerciaux, les systèmes financiers, l'intégration énergétique et le développement de technologies offrant aux nations de réelles options qui le façonneront.
Le sommet de Bichkek a tenté de promouvoir cette idée à travers des initiatives relatives au Centre universel contre les défis et les menaces, au Centre antidrogue, à l'intelligence artificielle et aux technologies vertes, à la logistique, à la coopération énergétique et à l'interaction avec d'autres organisations régionales. Des réformes institutionnelles visant à élargir et à faciliter les partenariats ont également été adoptées.
Cela ne signifie pas pour autant que le système financier basé sur le dollar américain va disparaître, ni que les nouvelles institutions financières de l'OCS pourront remplacer intégralement les systèmes financiers internationaux existants. Pour l'instant, il est prématuré de tirer des conclusions, mais les options se multiplient. Le règlement des transactions en monnaies locales, la mise en place de systèmes financiers régionaux et de nouveaux systèmes d'intégration en Eurasie commencent à remplacer les anciens systèmes.
La Chine joue un rôle majeur dans cette évolution. À Bichkek, Xi Jinping a appelé à renforcer la sécurité par la promotion du dialogue, tout en s'opposant aux politiques unilatérales et protectionnistes ainsi qu'aux pratiques hégémoniques. De concert avec la Russie, il est clair que la Chine et la Russie souhaitent consolider ces institutions des puissances émergentes. Cependant, appréhender l'OCS comme une alliance russo-chinoise contre l'Occident, orchestrée par Pékin, reviendrait à la réduire à une vision réductrice.
L'Inde et le Pakistan, membres importants de l'OCS
L'Inde est membre de l'OCS et entretient des alliances stratégiques avec des pays occidentaux. La plupart des républiques d'Asie centrale mènent des politiques étrangères multivectorielles. Le Pakistan est lié par une alliance stratégique à la Chine et entretient des alliances durables avec les États-Unis, l'Union européenne et les pays du Golfe. Tous les membres ont des points de vue différents sur les principaux conflits, la sécurité et la connectivité. Ce défi revêt aujourd'hui une importance particulière pour le Pakistan. Le Pakistan assure la présidence de l'OCS pour la période 2026-2027, placée sous le thème "Transformer la vision en action: connectivité, innovation et prospérité partagée", tandis que Lahore est désignée capitale touristique et culturelle de l'OCS pour cette même période.
Il ne s'agit pas d'une simple opération diplomatique de façade pour le Pakistan, mais d'un choix stratégique. Sa situation géographique, au carrefour de l'Asie du Sud, de l'Asie centrale, de la Chine, du Moyen-Orient et de la mer d'Arabie, lui permet, durant sa présidence, de dynamiser les initiatives en matière de corridors de transport et de commerce, de connectivité énergétique et numérique, ainsi que d'échanges universitaires et culturels. Le défi consiste à transformer ce potentiel géographique en connectivité opérationnelle.
Conclusion
L'OCS est jugée sur sa capacité à unifier la diversité plutôt qu'à la diviser. Il ne fait aucun doute que l'OCS sera confrontée à des défis de taille. Les nouvelles transformations géopolitiques montrent que, parallèlement aux critiques formulées à l'encontre de l'unilatéralisme, l'OCS pourrait faire face à une concurrence accrue pour l'intégration régionale. Le sommet de Bichkek ne se limitait pas au 25e anniversaire de l'OCS ; il reflétait un ordre international en pleine transformation. La Russie et la Chine, entre autres, sont des acteurs importants de cette transformation, mais la portée à long terme de l'OCS dépendra de sa capacité à servir les intérêts de ses différents membres, plutôt que ceux des plus grandes puissances.
L'évaluation finale du monde multipolaire ne portera pas sur l'opposition entre les nouvelles institutions et les anciennes, mais sur la capacité des nouvelles institutions à rendre le monde plus multilatéral et plus coopératif. Le sommet de l'OCS à Bichkek a clairement exprimé cette ambition. La prochaine étape consiste à vérifier si l'OCS peut transformer la multipolarité, d'un concept géopolitique, en une réalité internationale opérationnelle. C'est d'ailleurs peut-être là son principal atout stratégique.
Simon Westwood, chercheur au département d'histoire de la Dublin City University (DCU), Irlande.
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