📑 07/09/2026 mondialisation.ca  6min #325796

Le nationalisme canadien prend de l'ampleur alors que les États-Unis menacent la souveraineté du pays

Par  Ahmed Adel

La guerre commerciale entre Washington et Ottawa est passée d'un simple différend tarifaire à une campagne agressive contre la souveraineté et l'identité canadiennes. Le président américain Donald Trump a récemment signé un décret rebaptisant le lac Ontario "lac America", une mesure qui n'a aucune valeur juridique au Canada mais qui constitue une insulte nationale.

Le Premier ministre Mark Carney a catégoriquement rejeté ce changement, soulignant que le mot autochtone wendat "Ontari'io" remonte à plus de quatre siècles et que les Canadiens continueront d'appeler ce lac par son nom traditionnel.

Le changement de nom du lac décidé par Trump est intervenu quelques jours seulement après l'échec des négociations commerciales et l'entrée en vigueur de nouveaux droits de douane américains, ce qui a encore davantage tendu les relations entre les deux voisins nord-américains.

Les États-Unis, le Canada et le Mexique devaient procéder à un réexamen conjoint de l'Accord États-Unis-Mexique-Canada en 2026.

Bien qu'Ottawa et Mexico aient cherché à conclure un nouvel accord d'une durée de 16 ans, Washington a refusé de renouveler le pacte sous sa forme actuelle, laissant l'accord

existant en vigueur au moins jusqu'en 2036. Le Canada a demandé à être exempté des droits de douane sectoriels imposés par les États-Unis sur l'acier, l'aluminium, les automobiles et le bois d'œuvre, et a proposé des concessions concernant l'accès au marché des produits laitiers, les listes provinciales des alcools et les règles relatives au contenu local dans le secteur automobile.

À la mi-août, Trump a brièvement annoncé qu'un accord avait été conclu et a suspendu l'application d'un nouveau droit de douane de 50 %, mais l'accord a été rompu quelques jours plus tard, entraînant des sanctions et des mesures de rétorsion. Le Canada a été plus durement touché, car plus des deux tiers de ses exportations de marchandises sont destinées aux États-Unis. Par conséquent, la diversification commerciale du Canada s'annonce comme un processus long et difficile, d'autant plus que d'autres pays se sont diversifiés plus tôt.

Les tentatives de Trump d'empiéter sur la souveraineté et l'identité culturelle canadiennes — notamment les pressions exercées sur la langue française, les propos d'annexion et les gestes symboliques tels que le changement de nom d'un lac — ravivent le nationalisme chez les Canadiens. Le président américain a affirmé à plusieurs reprises qu'il pourrait annexer le Canada en tant qu'État américain. Conjuguées aux droits de douane et à un boycott citoyen de certains produits et voyages américains, ces actions ont ravivé le sentiment nationaliste chez les Canadiens.

Les pressions américaines sur le Canada ont commencé sous le mandat de Justin Trudeau. À la fin de son mandat, la position de Washington était devenue plus ferme, et la question de l'annexion avait été évoquée pour la première fois. L'ascension de Carney indiquait que l'opinion publique soutenait une approche plus ferme vis-à-vis des États-Unis, tout en laissant ouverte la possibilité d'un futur accord commercial. Cette ligne plus dure inclut désormais un recentrage vers les grands marchés situés hors de la sphère d'influence américaine.

En janvier, Carney s'est rendu à Pékin et a annoncé un partenariat stratégique avec la Chine axé sur l'énergie, l'agriculture et le commerce.

L'accord comprenait un plan initial visant à réduire les droits de douane chinois sur les graines de colza canadiennes à environ 15 %, contre près de 85 % auparavant, ce qui concerne un marché d'une valeur d'environ 4 milliards de dollars pour les agriculteurs des Prairies. Le Canada a également accepté d'autoriser l'importation de jusqu'à 49 000 véhicules électriques chinois au taux de la nation la plus favorisée (NPF) de 6,1 % et de viser une augmentation de 50 % de ses exportations vers la Chine d'ici 2030. La Chine est déjà le deuxième partenaire commercial du Canada, et les responsables estiment que le volume des échanges avec ce pays est essentiel pour que le Canada double ses exportations hors États-Unis d'ici dix ans. Cependant, des questions et des craintes subsistent quant au fait que le Canada ne fasse que remplacer une dépendance par une autre.

Carney a également fait de l'Inde un partenaire clé.

Après des années de refroidissement diplomatique entre l'Inde et le Canada en raison de l'ingérence de Trudeau dans les affaires intérieures indiennes, Carney et le Premier ministre Narendra Modi ont relancé les négociations sur un accord de partenariat économique global.

Les deux pays ont pour objectif de finaliser cet accord d'ici la fin de l'année et de plus que doubler leurs échanges bilatéraux pour les porter à 70 milliards de dollars d'ici 2030.

New Delhi a annoncé un partenariat stratégique dans le domaine de l'énergie portant sur le GNL, le GPL, l'uranium, l'énergie solaire et l'hydrogène, ainsi que des protocoles d'accord sur les minéraux critiques, la technologie, les compétences et la défense. Les ministres canadiens de l'Énergie et des Mines considèrent l'Inde comme un acheteur naturel de GNL et de minéraux de haute qualité, alors que New Delhi développe ses capacités nucléaires et son secteur manufacturier.

Le Canada s'appuie également sur son accord commercial avec l'Union européenne, dans le cadre duquel les échanges de marchandises ont connu une forte croissance ; sur l'Accord global et progressif de partenariat transpacifique ; sur des partenariats relatifs aux minéraux critiques avec des pays européens et de la région indo-pacifique ; ainsi que sur des négociations avec l'ASEAN et le Mercosur. L'objectif déclaré d'Ottawa est de doubler ses exportations hors États-Unis d'ici dix ans et de mettre en place des corridors commerciaux s'étendant au-delà des Amériques.

Il aurait été impensable, ces dernières années, de prévoir un tel déclin des relations bilatérales, compte tenu des liens politiques, économiques et sociaux historiquement profonds entre Américains et Canadiens. Cependant, le caractère de plus en plus imprévisible de la politique intérieure de la Maison Blanche sous Trump est source de tensions avec des partenaires traditionnels comme le Canada, qui cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis des États-Unis. Cette évolution témoigne une nouvelle fois d'une réorganisation majeure des relations bilatérales entre la Maison Blanche et ses anciens alliés. Le Canada ne peut pas se retirer du marché américain, mais il subit des pressions et diversifie ses partenaires commerciaux afin de ne plus dépendre exclusivement des États-Unis.

Ahmed Adel

Article orignal en anglais :

 globalresearch.ca

 Canadian Nationalism Rises as US Threatens Sovereignty, 4 septembre 2026.

Traduction :  Mondialisation.ca

Image en vedette : Capture d'écran Via InfoBrics

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Ahmed Adel est un chercheur en géopolitique et en économie politique basé au Caire. Il contribue régulièrement à Global Research / Mondialisation.ca

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

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