📺 07/09/2026 palestine-solidarite.fr  7min #325849

Le New York Times fabrique un récit de « sabotage russe »

Une enseigne du New York Times au-dessus de l'entrée de son immeuble
à New York, le 6 mai 2021. [AP Photo/Mark Lennihan]

Par Andre Damon

Le New York Times a publié vendredi, à sa une, un article intitulé "Un dangereux schéma de sabotage russe en Europe risque un affrontement avec l'OTAN", affirmant, sans en apporter la preuve, une "vague" de "complots" russes visant à mener des attaques contre des pays membres de l'OTAN.

Cette "vague" de "complots" a réussi, on ne sait comment, à ne blesser personne et à ne laisser aucune preuve tangible de son existence, en dehors des affirmations de responsables gouvernementaux et de leurs porte-parole médiatiques qui réclament à cor et à cri une escalade de la guerre contre la Russie.

Il s'agit, en d'autres termes, d'une fabrication de toutes pièces, concoctée dans le cadre d'une incessante campagne de propagande menée par les classes dirigeantes américaines et européennes pour justifier l'escalade de la guerre entre l'OTAN et un État doté de l'arme nucléaire.

Cet article est un exemple de ce que l'on appelait, à une époque antérieure, le "journalisme jaune". Selon les propos attribués à William Randolph Hearst en 1897, expliquant ses efforts pour embrigader l'opinion publique en faveur de la guerre hispano-américaine: "Vous fournissez les photos, je fournirai la guerre."

Le Times construit son article de vendredi, signé Michael Schwirtz et Adam Goldman, autour d'allégations selon lesquelles un drone russe aurait attaqué un avion-cargo ukrainien stationné à l'aéroport de Leipzig/Halle, une plaque tournante du transport aérien militaire de l'OTAN. Ces allégations reposent sur un drone découvert à l'aéroport le 4 août, que le gouvernement allemand a affirmé être russe, sans en apporter la preuve.

Le journal affirme que l'événement supposé survenu en Allemagne est "le plus spectaculaire d'une vague d'attaques de ce type, qui comprend des complots visant à placer des dispositifs incendiaires à bord d'avions-cargos de DHL, à faire sauter des voies ferrées en Pologne, et à incendier des entrepôts et des centres commerciaux dans toute l'Europe".

Le Times cite le ministre allemand de l'Intérieur, Alexander Dobrindt, qui a déclaré mardi que les opérateurs du drone agissaient "pour le compte d'entités étatiques russes", sans que ni lui ni le Times n'apportent la moindre preuve. Le service de renseignement danois, le PET, est cité affirmant que "la Russie planifie et exécute des actes de sabotage contre des entreprises et l'industrie de la défense en Europe".

L'article continue ainsi, allégation non étayée sur allégation non étayée, sans qu'un seul fait ne vienne les accompagner. Et nulle part l'absence totale de preuves sur cette campagne de "sabotage" n'est contrastée avec le fait qu'en ce moment même, des missiles produits par les pays de l'OTAN et guidés par leurs données de ciblage s'abattent sur les villes russes.

L'objectif de ces allégations, qui est de créer un casus belli, est exposé par Julianne Smith, ancienne ambassadrice des États-Unis auprès de l'OTAN: parce que la Russie "n'a pas été suffisamment dissuadée et que Moscou n'en a pas payé le prix, Poutine interprète cela comme un signal pour continuer".

Le Times affirme que les attaques russes en Europe "ont commencé peu après le lancement par la Russie de son invasion à grande échelle de l'Ukraine en 2022". Or, de manière significative, l'article passe sous silence l'attaque la plus destructrice contre des infrastructures européennes au cours de ces quatre années : la destruction, le 26 septembre 2022, des gazoducs Nord Stream reliant la Russie à l'Allemagne.

Dès le lendemain des explosions, le Times a contribué à lancer la campagne visant à en accuser la Russie. Le 27 septembre 2022, il titrait son bulletin "La Russie soupçonnée de sabotage du gazoduc" et citait le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki: "Nous ne connaissons pas encore les détails de ce qui s'est passé, mais nous pouvons clairement voir qu'il s'agit d'un acte de sabotage."

Mais dès le 7 mars 2023, le Times lui-même rapportait, citant à nouveau des responsables américains anonymes, que de nouveaux renseignements "suggéraient" qu'un "groupe pro-ukrainien" avait mené l'attentat. Le 30 juin 2026, le procureur fédéral allemand a mis en accusation un officier de l'armée ukrainienne, affirmant que celui-ci et d'autres soldats ukrainiens avaient conçu le plan "en agissant sur ordre d'organismes d'État ukrainiens", posé les explosifs depuis le yacht Andromeda, affrété à Rostock, et voulu couper définitivement l'approvisionnement en gaz.

Le Times ne peut pas mentionner Nord Stream, car cela révélerait le mensonge que constitue l'affirmation de quatre années d'attaques russes contre l'Europe.

Le Times joue depuis longtemps un rôle déterminant dans la diffusion de la propagande de guerre américaine. Dans la période précédant l'invasion de l'Irak en 2003, le Times et sa journaliste Judith Miller ont propagé les mensonges sur les "armes de destruction massive" et les "tubes en aluminium", que l'administration Bush a utilisés pour justifier son invasion criminelle. Dans les deux cas, le journal a présenté comme des faits les affirmations de responsables anonymes, et ces affirmations n'ont été démasquées qu'après avoir rempli leur objectif.

Schwirtz et Goldman se livrent depuis des années à une entreprise systématique de diabolisation de la Russie destinée à justifier la guerre. Schwirtz, ancien correspondant à Moscou, a été co-lauréat d'un prix Pulitzer en 2020 pour des articles "dénonçant les prédations du régime de Vladimir Poutine". Goldman a été co-lauréat d'un prix Pulitzer en 2018 pour sa couverture de "l'ingérence" russe dans l'élection de 2016.

Le World Socialist Web Site demandait, le 28 septembre 2022, deux jours après les attaques contre les gazoducs Nord Stream: "Cui bono ? À qui profite le crime, et qui avait le mobile pour le commettre ?" La même question s'applique à la "vague" de "complots" qu'allègue aujourd'hui le Times. Il faut poser la question: à qui profite l'escalade du conflit entre la Russie et l'OTAN ?

Depuis quatre ans, le Kremlin a laissé l'OTAN franchir l'une après l'autre les lignes rouges: d'abord les chars occidentaux, puis, en août 2024, une invasion terrestre ukrainienne de la région russe de Koursk menée avec du matériel de l'OTAN, ensuite des missiles américains et britanniques tirés sur le territoire russe, et désormais des frappes quotidiennes à longue portée contre les raffineries et les centrales électriques russes. La politique de la Russie a consisté à éviter une confrontation directe avec l'OTAN.

La politique des puissances de l'OTAN a été, à l'inverse, de poursuivre l'escalade maximale possible de la guerre, cherchant, par l'assujettissement de l'ex-Union soviétique, un moyen de compenser et de contrebalancer la crise du capitalisme tant américain qu'européen.

Cet article paraît alors que le régime ukrainien traverse une crise de plus en plus profonde. Un sondage réalisé par l'institut ukrainien SOCIS, publié le 6 août, révèle que 49,3 % des Ukrainiens désignent la corruption gouvernementale comme le plus grand préjudice causé au pays, contre 44,6 % qui désignent les attaques russes de drones et de missiles. À l'intérieur de l'Ukraine, l'opposition à la conscription forcée grandit, avec de larges et significatives manifestations dans tout le pays contre l'enlèvement de jeunes gens par des bandes de recruteurs sillonnant les rues.

Le Times parle au nom du Parti démocrate et des secteurs des services de renseignement et de la classe dirigeante dont l'opposition à Trump s'est concentrée sur la politique étrangère. Deux mois avant les élections de mi-mandat du 3 novembre, la préoccupation centrale des démocrates est d'obtenir une escalade massive de la guerre contre la Russie. L'administration Trump, de son côté, a envoyé le mois dernier le directeur de la CIA à Moscou, tout en bombardant l'Iran et en préparant la guerre contre la Chine.

Les mensonges qui ont permis de vendre l'invasion de l'Irak n'ont été démasqués qu'après l'invasion. Les mensonges que l'on profère aujourd'hui sur la Russie sont destinés à servir le même objectif, et cette fois la guerre que l'on prépare oppose des puissances nucléaires. Il faut les démasquer avant qu'ils n'aient produit leur effet, et la seule force qui ait intérêt à le faire est la classe ouvrière, aux États-Unis, en Europe, en Russie et en Ukraine. L'opposition à la guerre ne viendra d'aucune partie de l'establishment politique, qui organise cette guerre. Elle exige la mobilisation indépendante des travailleurs contre leur propre classe dirigeante et contre le système capitaliste qui engendre la guerre.

Source : WSWS
 wsws.org

Notre dossier  médias
Notre dossier  Russie

 palestine-solidarite.fr