🧱 08/09/2026 la-meridienne.info  57min #325926

« À plus de 4000 kilomètres du conflit »

« Les vies arabes comptent. »  Théo Garnier-Greuez -  Forme des luttes

C'est un commentaire relevé sous une publication Instagram et signé d'un·e propagandiste pro-israélien·ne (un de ces comptes bidon, avec quatre abonné·es, qui servent uniquement à distiller des éléments de langage sur les réseaux pour essayer de contrer un peu le spectaculaire effondrement de l'image d'Israël dans les opinions occidentales).

Le troll anonyme commente l'action menée le 18 juillet à Grenoble par des militant·es qui ont agité des drapeaux palestiniens et crié « Free Palestine » lors du set de la DJ Barbara Butch. Et il fustige ces manifestant·es « qui entravent la liberté des gens en France au nom de ce qui se passe à des milliers de kilomètres de là ». La formule fait florès ; on la retrouve par exemple  dans cet article : « Désormais ce sont des juifs français, vivant à plus de 4000 kilomètres du conflit, qui sont visés. »

Eh, oui : la Palestine, c'est loin.

Israël, ça n'a pas l'air d'être loin du tout. Les éditocrates, politicien·nes et pseudo-intellectuel·les (de toutes origines et confessions) qui nous reprochent d'être obsédé·es par la Palestine, ou qui nous somment de « ne pas importer en France » ce qu'elles et ils appellent le « conflit israélo-palestinien », sont, pour leur part, obsédé·es par Israël, n'ont que sa défense à l'esprit et à la bouche, chantent ses louanges, nient ou justifient ses crimes effroyables du matin au soir sur tous les plateaux et à longueur de colonnes. Le racisme et l'islamophobie hérités de l'histoire coloniale font du milieu politique et médiatique français un terreau particulièrement favorable à cette complicité.

Il y a un an, BHL est allé au Soudan uniquement pour pouvoir reprocher aux pro-palestinien·nes de garder le silence sur les atrocités qui s'y déroulent (c'est ce qu'on appelle le « whataboutism » (1)). Israël ne semble pas être trop loin non plus pour le Conseil représentatif des juifs de France (CRIF), qui n'a de représentatif que le nom (2). Cette instance devrait logiquement représenter tous·tes les citoyen·nes de confession juive de ce pays, quelles que soient leurs opinions politiques et leur attitude à l'égard d'Israël. Mais non : elle fonctionne comme une ambassade d'Israël bis, défendant sans relâche les intérêts d'un État colonial et génocidaire et s'employant à museler toutes celles et ceux qui tentent de le dénoncer.

Des milliers de Français·es (6 400, selon les données officielles) ne semblent pas non plus avoir trouvé dissuasifs les « milliers de kilomètres » qui nous séparent de la Terre sainte. Elles et ils se sont enrôlé·es dans l'armée israélienne, celle-là même qui démembre et carbonise des familles gazaouies chaque jour depuis bientôt trois ans, qui a rasé Gaza ainsi que des dizaines de villages du Sud-Liban (3), qui ravage la Cisjordanie, et qui, en plus des territoires palestiniens et libanais, occupe et/ou bombarde la Syrie, l'Iran et le Yémen. Beaucoup s'en vantent dans ces vidéos rigolardes publiées sur les réseaux sociaux où, sûrs de leur impunité, ils étalent leurs crimes de guerre. L'un d'eux, Yoel O., originaire de la banlieue lyonnaise, est visé par une  plainte pour « actes de torture » à la suite de l'une de ces vidéos.

Si vous défendez les colonisateurs et les génocidaires, vous avez le droit d'être obsédé·e. Si vous défendez avec le même acharnement les colonisé·es et les génocidé·es, on vous tombe dessus.

La Palestine, en revanche : c'est loin. Naïvement, vous auriez pu penser que c'était à peu près à la même distance qu'Israël ; mais non. Mystères insondables de la géographie.

On vous fait comprendre de mille et une manières que ce n'est qu'un endroit de la planète éloigné et mal connu parmi d'autres, et que donc, on s'en fiche. « Tu sais, il y a beaucoup d'atrocités dans le monde », finissent toujours par me dire les personnes incommodées par le récit des horreurs que je vois chaque jour sur mon fil d'actualités - y compris des personnes proches, que j'aime énormément. Une réplique qu'elles-mêmes n'auraient probablement pas très bien accueillie si on la leur avait servie après l'attaque du 7 octobre 2023 en Israël.

Si vous défendez les colonisateurs et les génocidaires, vous avez le droit d'être obsédé·e. Si vous défendez avec le même acharnement les colonisé·es et les génocidé·es, on vous tombe dessus.

J'ai déjà écrit ici sur la façon dont la propagande pro-israélienne renvoie les Palestinien·nes à une altérité absolue,  décourage sans cesse l'identification et l'empathie des populations occidentales à leur égard, dépeint Gaza comme un territoire peuplé d'une masse de créatures indistinctes, obscurantistes, congénitalement violentes et à peine humaines, avec lesquelles la société française ne saurait entretenir aucun lien. Qui sait si les Palestinien·nes n'ont pas les pieds palmés, ou fourchus ?


Motaz Azaiza, photos de  instagram.com (avec le chemisier rouge : la journaliste  instagram.com).
 

Cette vision est celle que se font depuis des décennies la grande majorité des Israélien·nes, qui ont besoin de déshumaniser la population opprimée pour pouvoir continuer à se regarder dans une glace et préserver leurs certitudes. Elle se propage facilement en France en raison des préjugés racistes et méprisants qui y ont cours, y compris à gauche, sur les musulman·es et les Arabes (rappelons qu'une minorité de Palestinien·nes est chrétienne).

Certes, la frange fanatique et violente de la population palestinienne de Gaza existe, mais elle n'est qu'une frange, justement. Elle existe à cause de l'occupation israélienne et des souffrances que celle-ci cause depuis des décennies : la dépossession (l'essentiel de la population de Gaza est constitué de familles issues de villages détruits ailleurs en Palestine), l'enfermement derrière une clôture militarisée, sur un territoire minuscule soumis à un blocus impitoyable et régulièrement frappé, depuis 2008, par des bombardements meurtriers. En 2007, Richard Falk, alors rapporteur de l'ONU pour les droits humains dans les territoires palestiniens, alertait déjà d'un « holocauste en devenir » à Gaza (4).

Le fanatisme et la violence, consubstantiels à l'entreprise coloniale, sont incomparablement plus répandus dans la société israélienne que dans la société palestinienne. «  En Israël pousse un racisme proche du nazisme à ses débuts », alertait l'historien Zeev Sternhell il y a huit ans (Le Monde, 18 février 2018). La journaliste israélienne Orly Noy, présidente de l'organisation B'Tselem, parle de « lavage de cerveaux collectif » et estime aujourd'hui qu'il va falloir des « décennies de réhabilitation de cette société génocidaire » (5).

Il existe des familles franco-palestiniennes ; il existe des gens en France et ailleurs en Occident qui ont des parents ou des ami·es à Gaza. On dirait qu'ils ne sont que des fantômes parmi nous.

Les Palestinien·nes de Gaza sont, dans leur immense majorité, des gens tout à fait ordinaires, pacifiques, connecté·es au village global, qui entretiennent de multiples liens avec le reste du monde : liens familiaux, d'amour, de travail, d'amitié. Des exemples au hasard : le collectionneur d'objets antiques  Nafez Abed, qui apparaît dans le film de Nicolas Wadimoff L'Apollon de Gaza (2018), et dont la maison pleine d'antiquités - témoins du passé riche et foisonnant de Gaza - et le jardin enchanteur ont été ravagés comme le reste du territoire. Ou encore le journaliste  Rami Abou Jamous, correspondant de l'indispensable site Orient XXI. Il existe des familles franco-palestiniennes ; il existe des gens en France et ailleurs en Occident qui ont des parents ou des ami·es à Gaza, qui ont perdu des êtres aimés, qui tremblent à chaque seconde depuis bientôt trois ans.

Il existe aussi des Libanais·es originaires du sud du pays qui assistent depuis la France à la destruction de leur région natale, des paysages aimés (6). Sur une photo aérienne de la ville de Bint Jbeil, transformée en étendue de gravats uniformément grise, la chercheuse Hana Jaber a reconnu, dans un coin,  les restes de sa maison familiale, sur lesquels veille, seul à rester debout, « le pin planté à l'été 2000 ». Depuis Paris, l'autrice  Samah Karaki a documenté sur Instagram la fuite de sa famille et la perte de sa maison d'enfance. L'année dernière, une jeune journaliste parisienne (je parle du milieu professionnel que je connais), née en France de parents libanais, me racontait le choc éprouvé quand elle avait reçu, au beau milieu d'une conférence de rédaction, une vidéo montrant les tombes détruites de ses grands-parents.

Toutefois, toutes ces personnes, à la fois membres de la société française et victimes directes ou indirectes des crimes israéliens, n'existent pas - ou à peine, très à la marge - dans l'espace médiatique. On dirait qu'elles ne sont que des fantômes parmi nous. Elles sont ignorées ; leurs drames et leurs douleurs ne suscitent que l'indifférence. Leur souffrance et leur inquiétude pour leurs proches ne sauraient être partagées. On leur signifie qu'elles ne font pas vraiment partie de la communauté nationale, que leur subjectivité n'est pas digne d'attention et d'empathie (7).

J'aimerais prolonger ici l'analyse de mon  précédent article : que se passe-t-il quand un génocide est commis par un pays comme Israël, avec lequel il existe en France une complicité sur tous les plans - politique, idéologique, économique, militaire, policière, culturelle ? Quand un pays que la société française a appris à considérer comme suprêmement vertueux et civilisé se vautre dans une barbarie sans limite qui devrait obliger à ouvrir les yeux - et à comprendre enfin qu'un projet politique fondé sur la pureté ethnique et religieuse ne peut produire que de l'oppression et de la violence, quelle que soit la noble vocation qu'on lui prête ?

Eh bien, cela se confirme : sans surprise, cette complicité résiste. Elle se défend. Elle se recompose, elle s'acharne. Elle augmente sans cesse sa virulence contre celles et ceux qui prétendent la dénoncer (8).

Cette complicité est si profonde qu'elle se manifeste y compris chez des personnes qui témoignent de la compassion pour les Palestinien·nes, voire qui acceptent de parler de génocide.

Ce que veulent dire les suspicions d'antisémitisme : « Tu fais tout de même beaucoup d'histoires parce qu'on extermine des Arabes. »

Et, en effet, même si de nombreuses personnalités consentent à verser une petite larme pour les Palestinien·nes, on s'aperçoit de plus en plus que, en réalité, ce génocide reste pour elles une abstraction ; il ne doit avoir aucune conséquence ; il n'implique rien. Elles estiment que, certes, c'est bien triste que des gens soient bombardés et affamés, mais elles ne mesurent pas l'ampleur, la monstruosité de l'événement, et jugent encore moins qu'il appelle une action ou un changement d'habitude de pensée. Cela explique d'ailleurs les suspicions d'antisémitisme à l'égard de celles et ceux qui, comme moi, sont bouleversé·es et ne cessent de parler de la Palestine, et dont on estime qu'elles et ils « en font trop », qu'elles et ils « ont vrillé ». Ce qui signifie : « Tu fais tout de même beaucoup d'histoires parce qu'on extermine des Arabes ; c'est louche. »

Cette indifférence (ou plutôt ce racisme) mal dissimulée transparaît aussi à travers cette expression d'une légèreté incongrue : le droit, ou pas, de «  critiquer Israël ». « On "critique" un gouvernement pour sa politique fiscale ou ses dépenses sociales, assène le journaliste britannique Owen Jones. Mais que voulez-vous "critiquer" ici ? Le fait que les soldats israéliens ciblent délibérément les enfants palestiniens, comme l'a récemment établi une commission de l'ONU (9) ? »

En France, le parti pris en faveur d'Israël, l'habitude de s'identifier aux Israélien·nes, de les percevoir comme « les bons », comme celles et ceux qui nous ressemblent, tandis que Palestiniens et Libanais sont « les méchants », barbares et belliqueux, ou en tout cas suspects, sacrifiables, pèse comme une chape qui semble parfois impossible à soulever. Cette chape de préjugés résiste à une accumulation infinie d'atrocités.

Mazen Kerbaj, «  instagram.com », novembre 2023.
 
Les colonisé·es sont perçu·es comme naturellement destiné·es à subir la violence ; il en va de même de leurs soutiens.

Les Israélien·nes et leurs soutiens sont les bons ; les Palestinien·nes et leurs soutiens sont les méchants. Cette grille de lecture est systématique. Ainsi, ces derniers jours, quand l'influenceuse Lena Situations (de son vrai nom Lena Mahfouf) a découvert les publications de soutien à l'armée israélienne de Gisèle Journo, directrice de l'agence Gisèle Paris, qu'elle côtoyait de temps en temps, elle s'est désolidarisée en se désabonnant de ses comptes sur les réseaux sociaux, puis en likant une publication de Rima Hassan appelant au boycott de l'agence Gisèle Paris. Ces jeunes femmes ont toutes trois subi des vagues de harcèlement haineux. Aucun harcèlement n'est acceptable ; mais pourquoi Gisèle Journo est-elle la seule à apparaître comme une victime ? Lena Situations, elle, est présentée comme  la traîtresse, la fille sans cœur qui a « lâché » une « amie ». Le  harcèlement permanent, raciste et sexiste, avec menaces de viol et de mort, que subit Rima Hassan n'a, lui, jamais été jugé digne de faire les gros titres.

Ce biais apparaît aussi de manière flagrante chaque fois que des manifestant·es tentent de faire exister le scandale du génocide dans l'espace public, et refusent de laisser se dérouler imperturbablement un événement impliquant des représentant·es ou des soutiens de l'État israélien. Invariablement, ces manifestant·es apparaissent comme des agresseur·es, des gens dangereux, « haineux », ignorants, violents, obscurantistes ; et les soutiens d'Israël, comme les victimes innocentes d'une agression intolérable et injuste. Les colonisé·es sont perçu·es comme naturellement destiné·es à subir la violence ; il en va de même de leurs soutiens.

Cette perception spontanée à laquelle est prédisposée une grande partie de l'opinion française, les propagandistes pro-israélien·nes l'encouragent et la renforcent par des campagnes de calomnies virulentes, par des tirs de barrage de désinformation, en organisant des cabales qui ne laissent aucune place à une analyse discordante. On l'a vu lors des affrontements entre supporters de l'Ajax Amsterdam et du Maccabi Tel Aviv à Amsterdam, en novembre 2025. Sans craindre le ridicule (ni le négationnisme, au passage), des commentateur·ices ont hurlé au « pogrom », voire à la « Nuit de cristal », présentant les supporters notoirement violents et racistes du Maccabi Tel Aviv comme des agneaux innocents, alors même que des vidéos les montraient chantant « Palestine on t'encule » ou « Il n'y a plus d'écoles à Gaza parce qu'il n'y a plus d'enfants » (10).

Ces distorsions de la réalité sont systématiques. Tous les symboles sont retournés pour accabler les manifestant·es. Le sang, par exemple. L'usage de faux sang dans des manifestations pour dénoncer des politiques meurtrières est tout à fait classique - qu'on pense aux actions d'Act Up. Mais quand, en avril 2024, des étudiant·es de Sciences Po Paris ont brandi leurs mains tachées de peinture rouge pour dénoncer le massacre des Palestinien·nes, une campagne calomnieuse, relayée notamment par Raphaël Enthoven et Joann Sfar, a prétendu, contre toute vraisemblance, qu'il s'agissait d'une allusion sournoise au meurtre de deux soldats israéliens lors de la seconde Intifada, et donc d'un « symbole antisémite » (11).

Un spectateur sur le récit médiatique du set de Barbara Butch : « C'est de la propagande, du mensonge, c'est fait pour nourrir cette montée du fascisme, c'est encore une inversion des valeurs. »

Autre stratagème : présenter des manifestations pacifiques comme des agressions, en montant en épingle de manière obsessionnelle des éléments susceptibles d'y faire croire, et en balayant sous le tapis les violences ou tentatives de violences visant les manifestant·es.

En novembre 2025, le collectif Palestine Action France a perturbé le concert de l'Orchestre philharmonique d'Israël à la Philharmonie de Paris. Présent dans le public, un militant a brandi une torche. L'action était impressionnante, mais pacifique. La torche n'est devenue dangereuse que lorsque son porteur l'a lâchée parce que de fins mélomanes s'étaient jetés sur lui et le tabassaient. Le jeune homme a fini en sang ; un de ses camarades a été hospitalisé une journée (après avoir subi, comme les autres, insultes et maltraitances en garde à vue), ce qui n'a été le cas d'aucun·e spectateur·ice présent·e (12). Et pourtant, ce sont eux qui ont été présentés partout comme des agresseurs.

Idem avec le set chahuté de la DJ pro-israélienne Barbara Butch au « Cabaret frappé » à Grenoble le 18 juillet (13). Pour pouvoir mieux exploiter l'événement politiquement et le mettre au service de leur harcèlement contre La France insoumise, les habituel·les fanatiques pro-israélien·nes ont hurlé au « lynchage » et à la « lapidation ». L'artiste et son avocate ont accusé les manifestant·es d'« organiser sa disparition » (Télérama, 21 juillet 2026).

 Salomé, l'une des participant·es à l'action, donne une tout autre version des faits : « À partir du moment où elle a commencé à mixer, l'extrême majorité des gens scandaient "Free Palestine". On protestait, on portait un message politique. Aucun slogan ne s'adressait à la personne de Barbara Butch. Le seul truc que j'ai vu, c'est une pancarte "Barbara Butch de là", que je trouve plutôt bon enfant. J'ai vu une seule bouteille en plastique, je ne suis même pas sûre qu'elle l'ait vue tellement elle était loin d'elle. À aucun moment on ne l'a vue esquiver des projectiles. » L'enquête menée par Arrêt sur images confirme ce récit (14).

La journaliste Élodie Safaris s'est entretenue avec trente personnes présentes dans l'assistance. Il en ressort que les perturbateurs étaient un groupe alcoolisé n'ayant rien à voir avec les manifestant·es, et que les militant·es LFI présent·es ont tout fait pour que la protestation reste calme. Personne n'a vu de bouteille en verre lancée sur la scène, contrairement à ce qu'ont affirmé certains récits médiatiques à chaud. « J'ai juste vu une écocup voler dans la foule comme dans tous les concerts que j'ai faits dans ma vie », dit Émilie, une spectatrice. « Zoé a vu "deux ou trois verres en plastique qui ont été jetés sur le devant de la scène et pas directement sur les gens qui étaient dessus" et précise que "chaque personne qui lançait un gobelet était freinée par les autres manifestants". »

La journaliste écrit en conclusion : « Tous·tes les manifestant·es avec qui Arrêt sur images s'est entretenu affirment que le récit médiatique ne correspond pas à ce qu'ils ont vécu ce soir-là. Elsa décrit un récit "exagéré et pas très réaliste". Max le trouve "scandaleux". Julie se dit "pas mal choquée de voir les récits dans les jours qui ont suivi car ça ne correspondait pas du tout à la réalité" de ce qu'elle avait vécu. » Et Jasmin : « C'est de la propagande, du mensonge, c'est fait pour nourrir cette montée du fascisme, c'est encore une inversion des valeurs. » (15)

Chaque manifestation pour la Palestine donne lieu à des dizaines d'articles. Elle est scrutée, passée au tamis d'un examen hyper critique ; un traitement qu'on rêverait de voir appliquer à l'armée israélienne.

Faute d'avoir autre chose à se mettre sous la dent (le plus « violent » ayant été quelques doigts d'honneur), le camp pro-israélien s'est hystérisé à n'en plus finir, sans craindre le ridicule, sur cette ou ces bouteilles lancées sur la scène à bonne distance de l'artiste. En revanche, on n'entend personne s'indigner des images montrant une femme qui, dans le public, essaie à plusieurs reprises d'approcher un briquet allumé d'un drapeau palestinien (le manifestant tenant le drapeau esquive la flamme avec le plus grand calme). Au-delà du symbole, particulièrement vil s'agissant du drapeau d'un peuple en train d'être exterminé, il est pourtant pour le moins dangereux de prendre sciemment le risque d'embraser un drapeau au milieu d'une foule.

L'indignation a été générale, et tout le milieu culturel a signé dans une belle unanimité des tribunes de soutien à Barbara Butch et à la « liberté d'expression ». Une vaste plaisanterie dans le contexte de la répression des soutiens à la Palestine, comme l'a souligné une contre-tribune (signée notamment par Adèle Haenel, Annie Ernaux, Fatima Daas...) :

« Sachez que nous nous réjouissons de voir que la liberté d'expression vous tient tant à cœur. Car c'est bien au nom de cette dernière que la metteuse en scène Tamara Al Saadi, que les musicien.ne.s et artistes Habibitch, Médine, Adam Laloum, Yung Yude, Akim Omiri, les cinéastes dissidents du FID, la comédienne Blanche Gardin, la philosophe Judith Butler et tant d'autres ont affronté seul.e.s la censure des tutelles, des organisateur.ice.s et coproducteur.ice.s de leurs activités artistiques - quand iels ne se voyaient pas directement menacé.e.s de mort -, en raison de leur soutien au peuple palestinien. Où étiez-vous alors ?

C'est aussi dans l'exercice de cette même liberté d'expression que l'artiste visuel Amna Al Salmi, les réalisateurices et photographes Fatma Hassouna et Ismail Abu Hatab, les footballers Salim Khader Al-Ashqar et Suleiman Obeid et tant d'autres ont été assassiné.e.s à Gaza par les forces armées israéliennes ; des collègues elleux aussi. Où étiez-vous alors ? (16) »

Aqraba (région de Naplouse), 2025. Sakir Khader/Magnum Photos
 

En résumé : les actions politiques pour la Palestine, ça ne va jamais. Chacune d'elles donne lieu à des dizaines d'articles. Elle est scrutée, passée au tamis d'un examen hyper critique ; un traitement que l'on rêverait de voir appliquer à l'armée israélienne. Elles sont toujours jugées inappropriées, maladroites, violentes, dangereuses, visant les mauvaises personnes : le directeur de l'Orchestre philharmonique d'Israël serait un « opposant à Netanyahou », Barbara Butch regretterait son soutien à la loi Yadan... Rien ne doit venir déranger la normalité de la présence pro-israélienne dans la vie culturelle française, ni la respectabilité des personnes qui incarnent ce soutien.

« Tu dessers ta cause » : une réaction que les féministes, entre autres, sont habituées à susciter de manière sempiternelle.

On s'aperçoit à cette occasion que, même aux yeux de personnes qui manifestent par ailleurs de la sympathie envers les Palestinien·nes, le fait de représenter ou de soutenir l'État d'Israël n'affecte en rien la réputation d'une personnalité ou d'une organisation culturelle ; cela ne pèse d'aucun poids. Edwy Plenel est allé jusqu'à déclarer  sur BlueSky  : « À Mediapart, les principes ne se divisent pas. Barbara Butch devait pouvoir jouer à Grenoble tout comme Médine doit pouvoir chanter sans être déprogrammé (comme dans le Morbihan) au nom de ses engagements pour la Palestine. Pas de deux poids deux mesures. » Ou comment renvoyer dos à dos les soutiens des génocidaires et les soutiens des génocidé·es. Nous voilà rassuré·es : aucun parti pris là-dedans.

Apparemment, il n'existe pas de bonne manière de marquer l'opprobre que mérite le soutien à la politique israélienne. Le clivage est total entre la rubrique « Monde » de nos quotidiens et leurs rubriques « Société » et « Idées ». La rubrique « Monde », malgré ses biais et son cadrage souvent fallacieux, dépeint une interminable succession d'exactions et d'atrocités en Palestine ; les rubriques « Société » et « Idées » transforment magiquement toute protestation contre ces exactions et atrocités en démonstrations d'« antisémitisme ».

L'écrivain Brahim Metiba le résume bien : « Les réactions à l'interruption du concert [de Barbara Butch] ont permis de rendre visible une règle implicite souvent imposée au mouvement propalestinien : il peut parler, à condition de ne rien interrompre ; manifester, à condition de ne déranger personne ; boycotter, à condition de ne produire aucune conséquence ; dénoncer, à condition de ne jamais désigner de responsables accessibles. Autrement dit, on accepte volontiers une solidarité impuissante. Dès qu'une mobilisation exerce une contrainte réelle, même non violente - une activité interrompue, une réputation contestée, une institution mise en difficulté -, elle est accusée de nuire à sa propre cause. » « Tu dessers ta cause » : une réaction que les féministes, entre autres, sont habituées à susciter de manière sempiternelle.

Or Brahim Metiba estime que, au contraire, « une cause devient politiquement efficace lorsque le fait de l'ignorer ou de s'y opposer commence à avoir un coût. Ce coût ne doit évidemment pas être physique. Il ne doit pas prendre la forme de menaces personnelles ou de violences. Mais il peut être réputationnel, professionnel, électoral, commercial ou symbolique. À Grenoble, les militants ont envoyé un message très clair. (...) Ce message dépasse très largement Barbara Butch. Il s'adresse aux artistes, aux responsables politiques, aux institutions culturelles et aux programmateurs : la question palestinienne ne peut plus être confinée à quelques discours humanitaires prononcés à distance. Elle peut avoir des conséquences dans la vie sociale française. C'est exactement ainsi qu'une cause entre dans un rapport de force. » (17)

Omar Barghouti : « Le boycott n'est jamais une science exacte. »

Que ce génocide puisse avoir « des conséquences dans la vie sociale française », c'est ce que refusent un nombre impressionnant de gens - y compris, encore une fois, des gens qui éprouvent de la sympathie pour les Palestinien·nes. On l'a déjà vu en juin lorsque des cinéastes, favorables au boycott culturel d'Israël, ont retiré leur film de la programmation du FID Marseille pour protester contre la présence du film de Nadav Lapid Oui, financé en partie par des fonds israéliens et parfois projeté lors d'événements se déroulant en présence de l'ambassadeur d'Israël en France. Le cinéaste s'est alors lui-même retiré du festival, et l'indignation a été générale.

 lafabrique.fr

C'est un principe de la campagne internationale Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS) : ce qui compte, c'est l'économie d'une œuvre, et non son contenu. « Le boycott n'est jamais une science exacte, écrivait en 2010 Omar Barghouti, cofondateur du mouvement. Même lorsque la cible est parfaitement légitime, il porte nécessairement atteinte à des gens qui, en toute justice, ne peuvent être tenus pour responsables des politiques mises en cause. Le boycott économique de l'Afrique du Sud (...) pendant l'apartheid a sans doute fait du tort à des civils innocents, universitaires compris. Et, comme dans le cas du boycott de l'Afrique du Sud, au lieu de se concentrer sur la "marge d'erreur", aussi importante soit-elle, les partisans du boycott doivent insister sur les effets émancipateurs qu'un boycott total et soutenu peut avoir, non seulement sur la vie des opprimés, mais aussi sur la vie des oppresseurs eux-mêmes, tout en faisant tout leur possible pour limiter les risques de faire du tort à des individus innocents (18). »

L'inévitabilité de cette « marge d'erreur », c'est ce qu'ont très bien compris la cinquantaine de documentaristes israélien·nes qui, en septembre 2025, ont signé une lettre ouverte pour clamer qu'elles et ils approuvaient « de tout cœur » le boycott des institutions culturelles israéliennes. Elles et ils écrivaient : « Il est légitime pour les festivals internationaux de boycotter nos films. Ce boycott n'est pas contre nous en tant qu'artistes, mais contre un système qui nous utilise pour blanchir son image. Nous ne pouvons pas continuer à travailler comme si de rien n'était, alors que notre pays opprime un autre peuple. Si nos films sont utilisés pour normaliser cette oppression, alors nous acceptons qu'ils soient boycottés (19). »

Si lutter contre un génocide implique d'égratigner le confort d'un cinéaste israélien, alors le monde de la culture français, clairement, préfère le génocide.

Mais, pour Lapid et ses soutiens, pas question d'accepter ce sacrifice, si dérisoire soit-il face au saccage de la vie de millions de personnes. Comme Barbara Butch, le cinéaste a bénéficié dans les médias et dans le monde de la culture français d'environ dix fois plus de compassion que l'ensemble des victimes du génocide à Gaza. Cela lui a valu d'écumer les plateaux pour se plaindre de son exclusion. Qu'il se soit prêté à ce jeu, qu'il l'ait encouragé, en dit long sur sa prétendue solidarité avec les Palestinien·nes.

En septembre 2025, bien avant l'affaire du FID Marseille, le site de la section française du mouvement BDS pointait d'ailleurs cet enfermement narcissique : « Nadav Lapid dit lui-même qu'il ne s'intéresse qu'à sa propre société, ce qui pourrait être légitime en soi, mais, au regard de ce que sa société est en train de faire, ne devrait-il pas s'intéresser à tou·tes les Palestinien·nes réduit·es au silence dans tous les médias européens et français et leur faire de la place ? De fait, il n'accorde aucune place, ni dans son film, ni dans son discours, ni sur les plateaux audiovisuels, aux victimes de sa société. Le miroir qu'il veut tendre à sa société, dit-il, afin qu'elle s'y regarde, n'est qu'un leurre narcissique si on n'y trouve ni Palestinien·nes, ni occupation, ni colonisation (20). »

Le boycott n'est pas une solution miracle ; il est une arme dont la pertinence doit être évaluée au cas par cas. Mais, dans le cas palestinien, il a fait la preuve de sa portée et de son efficacité - comme autrefois contre le régime d'apartheid en Afrique du Sud, dont Israël était l'un des meilleurs alliés (21). Lancée officiellement en 2005 à l'initiative de 171 organisations non gouvernementales représentant la société civile palestinienne, la campagne BDS est le seul outil concret de solidarité avec la Palestine et de pression sur Israël. Aucun changement de politique ne viendra de nos gouvernements. Aucun changement ne viendra non plus de l'intérieur de la société israélienne, trop radicalisée. La moindre des choses, compte tenu de ce que subissent les Palestinien·nes, serait donc de leur faire confiance et d'accéder à leur demande si elles et ils affirment (comme le fait encore ici l'acteur  Saleh Bakri, par exemple) que c'est par le boycott, y compris culturel, qu'on peut les soutenir.

Dès son lancement, il y a vingt ans, cette campagne - qui a remporté quelques belles victoires (22) - a été férocement combattue par Israël et par ses soutiens, notamment à travers le ciblage des étudiant·es américain·es qui militaient en faveur de BDS, dont la réputation a été méthodiquement ruinée. Il fallait « délégitimer les délégitimateurs », selon un mot d'ordre lancé à l'époque (une unité militaire a même été baptisée « département de la délégitimation »). Benyamin Netanyahou a créé en 2015 un poste ministériel supplémentaire consacré exclusivement à la lutte contre BDS, avec un budget de 30 millions d'euros pour 2016.

Agressivité, insensibilité à l'art, volonté de censure : les mêmes procès que ceux faits aux féministes qui protestent contre les violences sexuelles dans le monde du cinéma

 lafabrique.fr

Il s'agissait de diffuser dans le monde entier des éléments de langage présentant les appels au boycott comme un acte de « haine » (23). C'est exactement ce qui s'est produit dans l'affaire Nadav Lapid, constate Eyal Sivan : puisque les cinéastes arabes, par leur retrait, délégitimaient le réalisateur israélien, il a fallu les délégitimer à leur tour (24).

Aujourd'hui, vu la situation à Gaza, et après l'attaque du 7 octobre 2023 en Israël, on pourrait penser que BDS, en tant que moyen pacifique et unique de lutter pour la justice, ferait enfin consensus dans les sociétés occidentales. Mais non. Si lutter contre un génocide et contre le calvaire infligé à une population entière implique d'égratigner le confort d'un cinéaste israélien, alors le monde de la culture français, clairement, préfère le génocide.

Pas question de toucher au totem du « dissident israélien », qui permet de perpétuer l'image d'un Israël vertueux, éclairé, tolérant à la critique. (Comme le fait, dans d'autres cas, la vision totalement fantasmatique des universités israéliennes en bastions de la liberté et du progressisme, alors qu'elles travaillent main dans la main avec l'armée et ont produit leur lot de théories racistes (25).)

La figure de l'« opposant à Netanyahou » permet que les Israélien·nes continuent indéfiniment à jouer tous les rôles, celui des méchants comme celui des bons. Cela permet de laisser hors champ les intellectuel·les ou les créateur·ices palestinien·nes et arabes. Les cinéastes arabes qui ont retiré leur film du FID Marseille ont été rebaptisé·es « les douze salopards » par Philippe Val (Europe 1 , 15 juin 2026). Lapid lui-même les a traités de « frustrés » et de « fainéants » ayant « franchi les limites du bon sens » (France-Inter, 10 juin 2026). Sa productrice française, Judith Lou Lévy, a qualifié leur démarche de « bureaucratique » (France Culture, 11 juin 2026). (On remarque au passage que les procès sont les mêmes que ceux faits aux féministes protestant contre les violences sexuelles dans le monde du cinéma : agressivité, insensibilité à l'art et incapacité à le comprendre, volonté de censure...)

Personne ne s'est intéressé à leurs arguments. France Culture a au moins invité Eyal Sivan, mais dans un dispositif qui le plaçait dans le rôle du radoteur inepte, importun, agaçant, ennuyeux, face à qui on s'impatiente, à qui on coupe la parole, qu'on accuse de nourrir une rancœur personnelle envers Lapid (26)...

L'affaire était entendue : ces cinéastes arabes étaient des barbares sans cœur ni jugeote, et bien sûr, probablement, des antisémites. Là aussi, on y est allé de ses pétitions de soutien signées par des centaines de personnalités. Se posant en victime, Lapid a osé parler de « terreur » (Le Nouvel Obs, 9 juin 2026). « Ceux qui interrogent les conditions politiques de circulation des œuvres deviennent des censeurs, tandis que les institutions qui blanchissent un État colonial deviennent les garantes de la liberté. Du vertige de l'inversion », commentait le cinéaste Sylvain George (27).

Élodie Safaris : « Des dizaines d'organisations (féministes et queer comprises) avaient appelé aux actions contre la venue de Barbara Butch. »

Autre stratégie pour discréditer les manifestant·es en faveur de la Palestine : prétendre qu'elles et ils s'en prennent à l'identité d'un·e artiste, et non à ses positions politiques. Le Nouvel Obs a titré sur «  l'inquiétant boycott des artistes juifs en France », une formulation totalement fallacieuse et fausse. On a lu et entendu partout que les cinéastes arabes s'étaient retiré·es du FID Marseille en raison de la nationalité israélienne de Nadav Lapid, ce qui est un pur mensonge. « On essentialise quelqu'un au simple motif de son passeport et de sa nationalité », déclarait par exemple avec assurance Benjamin Duhamel sur France-Inter (10 juin 2026).

C'est absurde : Eyal Sivan, par exemple, qui est tout aussi israélien que Lapid, milite de longue date en faveur de BDS et est peu susceptible d'accepter le moindre financement de son pays natal, de sorte que les règles du boycott ne s'appliquent pas à ses films. De même, prenez le (très bon) documentaire de Noam Shuster Eliassi  Coexistence, mon cul : il est tourné par une Israélienne, en Israël, mais sans aucun financement israélien, de sorte qu'il n'est pas concerné par BDS (28).

Cela dit, il faut poser la question : pourquoi est-il ainsi inenvisageable d'organiser un événement où ne figureraient que des artistes palestinien·nes ? Qu'y aurait-il de si scandaleux à se passer d'intervenant·es issu·es du pays oppresseur, alors qu'on exclut sans problème les intervenant·es issu·es du groupe opprimé ? Tout en invoquant les règles de BDS, les cinéastes arabes qui se sont retiré·es du FID Marseille disaient aussi leur lassitude face à « l'insistance des festivals à produire une symétrie, dans leurs invitations et leur programmation, entre productions palestiniennes et israéliennes », mettant ainsi sur le même plan « colonisés et colonisateurs » (29). On peut comprendre que l'obsession institutionnelle du « dialogue » devienne insupportable dans la mesure où elle entretient la fiction d'un « conflit » entre « deux peuples » séparés par un regrettable malentendu et appelés à se « réconcilier ». Fin de la parenthèse.

La manifestation lors du concert de Barbara Butch - motivée par les positions pro-israéliennes de l'artiste, qui  ne font aucun doute - a elle aussi été présentée comme antisémite. Une affiche appelant à manifester, qui représentait la DJ avec, en toile de fond, le drapeau de la Pride de Tel-Aviv éclaboussé de sang, soit une dénonciation du pinkwashing israélien (30), a fait scandale.

Je suis tombée au détour d'un réseau social sur des commentaires sensationnalistes et cyniquement désabusés, du genre : « Forcément, la juive est coupable. » Libération a publié une tribune de Jonas Pardo intitulée « Agresser une DJ juive ne libérera pas la Palestine » (21 juillet 2026 ; le même parlait dans Télérama d'un « acte antisémite »). Même malhonnêteté quand le CRIF parle de « chasse aux artistes juifs » parce que  le chanteur Amir est visé par un appel au boycott en raison de son soutien à l'armée israélienne. Ces procédés sont méprisables.

Tout en clamant qu'elle regrettait d'avoir signé le texte de soutien à la loi Yadan, Barbara Butch a elle-même affirmé avoir été prise à partie en tant que juive, alors qu'aucun élément dans la manifestation ne corrobore cette accusation (l'avocat de la ville de Grenoble, Arié Alimi,  le dit lui-même). Or la promotion de cette confusion entre antisionisme et antisémitisme était précisément au cœur du projet de loi Yadan.

Cautionnant cette manipulation,  Edwy Plenel a affirmé sur X : « Pour toutes les discriminations et tous les racismes, le juste critère c'est ce que ressentent les premiers concernés. Et ce que l'artiste [Barbara Butch] a vécu, c'est bien de l'antisémitisme. » Or il est aberrant d'admettre ce principe dans ce contexte de manipulation et de propagande massives. Si on y souscrit, Plenel, dont les écrits sur la Palestine ont bien dû froisser une ou deux personnes de confession juive, est sans conteste lui-même un antisémite.

L'image fabriquée d'un face-à-face entre des cadres de La France insoumise virilistes et une femme queer

On a aussi entendu dire, sur la base d'absolument rien, que Barbara Butch avait été prise à partie en tant que femme lesbienne et grosse. Ce qui a permis, grâce à un habile trompe-l'œil, de produire l'image d'un face-à-face entre des cadres de La France insoumise virilistes et sadiques et une femme queer. Ainsi, une  tribune publiée sur le site Regards le 24 juillet prétend alerter sur « les logiques antisémites, misogynes et punitives qui peuvent traverser la gauche ». On y lit que « [l'élu LFI Allan] Brunon est là, au concert de Barbara Butch, accompagné d'une foule et de nombreux hommes cisgenres - tous semblant se réjouir de l'humiliation d'une lesbienne juive et grosse sur scène ».

« Une affirmation fausse, qui ne correspond ni aux témoignages qu'Arrêt sur images a pu récolter, ni aux dizaines de vidéos de la soirée que nous avons pu visionner, commente Élodie Safaris. Surtout, ce narratif occulte complètement le fait que des dizaines d'organisations (féministes et queer comprises) avaient appelé aux actions contre la venue de Barbara Butch. (...) Dès début juin, vingt-cinq organisations avaient signé un communiqué unitaire "contre la venue de la sioniste Barbara Butch au Cabaret Frappé", parmi lesquelles des collectifs de juif.ves décoloniaux comme Tsedek ou Kessem, des organisations queer comme l'Organisation de Solidarité Trans (OST), les inverti.e.s, Queers for Palestine, L'Union communiste libertaire (UCL), l'Organisation Autonome Isère (OIA) ou encore des associations féministes comme Nous Toutes (31). »

De son côté, Léane Alestra analyse les raisons de la promotion active de Barbara Butch par le Parti socialiste parisien ces dernières années, promotion qui « éclaire les formes de visibilité lesbiennes que la mairie accepte de soutenir ». Elle rappelle le soutien constant à Israël de la mairie de Paris sous Anne Hidalgo, avec en particulier l'organisation, en août 2015, de « Tel-Aviv sur Seine » dans le cadre de Paris Plages, « à peine un an après l'offensive israélienne de 2014 contre Gaza, qui a tué 2 251 Palestinien·nes, fait plus de 11 000 blessé·es et déplacé près de 500 000 personnes ». Mais aussi l'interdiction par la mairie de Paris, le 6 décembre 2023, d'une rencontre intitulée « Contre l'antisémitisme, son instrumentalisation et pour la paix révolutionnaire en Palestine », « à laquelle devait participer Judith Butler, référence mondiale de la philosophie queer, et figure juive et lesbienne notable ».

Elle conclut : « Le Parti socialiste semble ainsi opérer un partage entre les figures LGBT+ qu'il peut reconnaître et celles qu'il tient à distance : d'un côté, les gays et les lesbiennes jugé·es modernes, respectables et compatibles avec le récit institutionnel ; de l'autre, les queers perçu·es comme trop radical·es, renvoyé·es du côté de la menace. » (32)

Vous avez peur que l'antisionisme serve de prétexte à l'antisémitisme ? Aidez-nous à lutter pour la liberté des Palestinien·nes. Ainsi les antisémites n'auront plus rien derrière quoi se cacher

Une artiste assume publiquement son soutien à Israël ; des manifestant·es, refusant que sa prestation puisse se dérouler comme si de rien n'était dans le contexte d'un génocide perpétré par cet État, agitent des drapeaux palestiniens et scandent « Free Palestine » lors d'un de ses concerts : dans un système médiatique et politique à peu près sain, cet épisode aurait fait l'objet d'un entrefilet.

En organisant ce battage médiatique délirant pour des raisons de basse politique, les « soutiens » de Barbara Butch ont produit eux-mêmes l'essentialisation qu'ils prétendaient dénoncer. En mettant en avant des caractéristiques de son identité que les manifestant·es pro-palestinien·nes n'ont jamais évoquées, ils l'ont exposée à un harcèlement portant précisément sur ces caractéristiques, comme des commentaires et des mèmes antisémites, lesbophobes et/ou grossophobes.

Ils jouent là un jeu dangereux, alors que l'antagonisme autour d'Israël est un antagonisme politique, qui met aux prises, dans les deux camps, des personnes de toutes origines. (Aux États-Unis, par exemple, le principal lobby sioniste chrétien, Christians United for Israel, fondé en 2006 et dirigé par le pasteur John Hagee, revendique plus de dix millions de membres, soit davantage que l'ensemble de la population juive américaine, au sein de laquelle tout le monde n'est pas sioniste, très loin de là (33).)

Ils mettent en danger tous·tes les juif·ves de France en renforçant de manière tout à fait fallacieuse la confusion entre défense d'Israël et judaïsme - et donc en assimilant le judaïsme au meurtre et à la destruction de masse, ce qui est absolument désastreux. Cette manipulation n'est pas nouvelle : Franc-Tireur, le torchon de Caroline Fourest et Raphaël Enthoven, a pu titrer son article sur le collectif juif décolonial  Tsedek : « Juifs mais pas trop » (11 décembre 2024), déniant ainsi à ses membres (de quel droit ?) leur judéité en raison de leur antisionisme. « Ceux qui alimentent l'antisémitisme sont ceux qui mettent à la poubelle la distinction entre Israël et ses crimes, d'une part, et les juif·ves dans leur ensemble, d'autre part », résume  Owen Jones.

Par ailleurs, si vous craignez que l'antisionisme serve de prétexte à certain·es pour exprimer leur antisémitisme, j'ai une suggestion : aidez-nous à lutter en faveur de l'égalité des droits pour tous·tes les citoyen·nes vivant entre la Méditerranée et le Jourdain, et pour le droit au retour des réfugié·es palestinien·nes. Une fois que les Palestinien·nes seront libres, les antisémites n'auront plus rien derrière quoi se cacher.

Parmi les personnes qui, dans mon entourage, traitent les événements en Palestine avec la gravité qui convient, un nombre impressionnant ont vu leur vie professionnelle se transformer en enfer.

Les accusations d'antisémitisme sont le seul et le dernier « argument » d'Israël et de ses défenseur·euses. Il est inévitable de s'y exposer si on refuse d'accepter en silence les crimes commis avec la complicité de nos gouvernements. (Un génocide s'abrite derrière la mémoire d'un autre pour pouvoir se poursuivre en toute impunité : oui, c'est un cauchemar.) Mais cela ne veut pas dire pour autant que cette accusation est indolore. Je le précise au passage, parce que je ne suis vraisemblablement pas la seule à éprouver cela. Même si je sais de quelle manipulation elle procède, et si la haine de certains collectifs pro-israéliens m'honore, elle me tord le ventre à chaque fois.

Je repense souvent à cette étudiante américaine qui, en octobre 2023, disait avoir vomi en découvrant son nom sur le flanc d'un camion qui prétendait afficher les « pires antisémites de Harvard » et qui paradait dans les rues de la ville (34). Pas étonnant que la menace d'un tel traitement soit si efficace. Il me semble que, pour celles et ceux qui ont d'ores et déjà pris des positions claires et qui continuent de les assumer, cela nous invite aussi à être indulgent·es les un·es avec les autres quant à nos accès de frilosité, nos hésitations, nos alternances de courage et de retrait, nos besoins de souffler temporairement.

On peut donc comprendre que l'écrasante majorité des personnalités publiques et des citoyen·nes français·es s'abstiennent prudemment de défendre les Palestinien·nes. De fait, parmi les personnes qui, dans mon entourage, traitent ces événements avec la gravité qui convient, un nombre impressionnant ont vu leur vie professionnelle se transformer en enfer - quand elles n'ont pas été purement et simplement licenciées. En France, à l'heure actuelle,  des centaines de procédures sont en cours contre des militant·es pour la Palestine.

L'État utilise aussi l'arme administrative du gel des avoirs, qui ne nécessite même pas une décision de justice ; « un outil présenté comme une arme contre le terrorisme, que l'État français retourne aujourd'hui contre des militants pro-palestiniens et des membres de la communauté musulmane », écrivait Camille Stineau sur Blast, dans une rare enquête sur ce sujet, en mai dernier. En a notamment été victime le militant Omar Alsoumi, auteur du livre  Enfant de Palestine (35). D'autres sont menacé·es d'expulsion, comme  Ibrahim Burnat, malgré sa relaxe par la justice, ou  Ramy Shaath, qui commençait à peine à souffler auprès de son épouse,  Céline Lebrun-Shaath, et de leur petite fille, après sa libération des geôles égyptiennes en 2022.

À la suite de cette affaire montée de toute pièce, la ministre de la culture Catherine Pégard a annoncé un renforcement du « délit d'entrave à un spectacle ».

Individuellement, donc, la prudence sur ce sujet se défend. Collectivement, c'est une autre histoire, tant nous avons à perdre à cette lâcheté.

Je ne sais pas si toutes les personnalités de gauche qui, pensant bien faire (ou cédant à la pression), ont signé les appels de soutien à Barbara Butch ont mesuré l'usage qui allait être fait de leur adhésion.

Elles ont alimenté une énième campagne contre LFI, c'est-à-dire contre la seule force de gauche de ce pays (les autres ne sont pas de gauche, un peu de sérieux : si elles accédaient au pouvoir, elles ne feraient que remettre une pièce dans la machine néolibérale qui alimente le fascisme). On risque aussi maintenant de voir revenir d'autant plus facilement, sous une autre forme, le projet de loi Yadan (retoqué en juin), gravement liberticide.

Autre conséquence : à la suite de cette affaire montée de toute pièce, la ministre de la culture Catherine Pégard a annoncé un renforcement du « délit d'entrave à un spectacle ». Ce qui risque d'empêcher, outre les manifestations contre les soutiens d'Israël, toute perturbation par des militantes féministes de la prestation d'un artiste accusé de violences sexuelles, par exemple.

Plus largement, le torpillage de toute tentative d'inscrire dans notre vie publique une claire réprobation du génocide perpétré par Israël a pour effet de nous pousser toujours davantage, nous aussi, vers la normalisation et l'acceptation du racisme et de la déshumanisation. La récente arrestation à Paris du petit « Hamza la Douane », 13 ans, traité par la police comme un dangereux criminel, rappelle fortement, par exemple, le traitement des enfants palestinien·nes par l'armée israélienne en Cisjordanie. Elle témoigne de la « désenfantisation » des enfants arabes (et noirs), pour reprendre le terme de Fatima Ouassak (36), sur le modèle israélien. Lors de la révolte des banlieues de 2005, déjà, après la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, avait recouru  au « savoir-faire » de la police israélienne. Gérald Darmanin aurait fait de même en 2023  après le meurtre de Nahel Merzouk.

Rami Abou Jamous : « Rien de ce qu'il se passe à Gaza n'a d'écho dans le silence du monde. »

L'évolution qui s'est produite en trois ans est glaçante. L'armée israélienne semble se soucier de moins en moins de justifier ses massacres, si paresseusement que ce soit (par la sempiternelle invocation de cibles « terroristes » et de « dommages collatéraux »). Alors que les bombardements continuent jour après jour, sur des immeubles résidentiels (ou ce qu'il en reste), sur des tentes de réfugié·es où dorment des familles, il semble admis par tout le monde qu'elle tue au hasard, par pure ardeur exterminatrice, sans rencontrer aucune protestation, aucun frein. « Rien de ce qu'il se passe à Gaza n'a d'écho dans le silence du monde », écrit avec amertume Rami Abou Jamous (37).

 orientxxi.info

On est passé du déni à la revendication narquoise, non seulement dans les vidéos postées par des soldat·es israélien·nes, mais aussi dans la vie publique occidentale. Ainsi, l'usage par l'armée israélienne de chiens dressés pour violer les prisonniers palestiniens (comme par l'armée française durant la guerre d'Algérie (38)) a d'abord été réfuté avec virulence quand les premiers témoignages ont émergé. Dans leur livre à charge sur LFI, La Meute, Olivier Pérou et Charlotte Belaïch s'en sont pris à Rima Hassan pour les avoir relayés, en l'accusant de diffuser des fake news. L'information a depuis été amplement confirmée, en particulier par une enquête du New York Times (une enquête du journaliste Nicholas Kristof (39) que le quotidien américain, très pro-israélien, a prudemment publiée dans la rubrique « Opinions »...).

Mais cela n'a produit aucun effet. Si ce n'est que, au Festival du film de Tribeca, en juin, une influenceuse et un acteur pro-israéliens ont pu plaisanter sur le tapis rouge. Racontant le tournage d'un film israélien, l'acteur, Elon Gold, a lancé : « J'ai seulement été violé par deux chiens israéliens. » « Je croyais qu'ils ne violaient que les Palestiniens », a répliqué Lizzy Savetsky, et tous deux se sont écroulés de rire (40). L'échange n'a bien sûr suscité aucune réaction, aucun tollé.

« Voilà le monde dans lequel nous vivons, écrivait l'autrice irlandaise (41) Mary Costello en mai dernier, en conclusion d'un puissant article. C'est un monde dans lequel des crimes d'une ampleur inimaginable deviennent la norme. Un monde où le massacre des innocents continue sans relâche, tandis que les gens bien ferment les yeux. Un monde sans vérité, un monde sans espoir, un monde sans merci (42). »

De tels enjeux méritent peut-être qu'on s'accorde deux minutes de réflexion avant de cautionner une manipulation en signant une tribune de soutien. Si vous n'êtes pas capables de prendre position clairement contre le génocide d'Israël et de soutenir tout aussi clairement celles et ceux qui mènent des actions politiques non violentes pour le dénoncer, votre antifascisme ne sera jamais qu'une posture.


(1) Cf. Enzo Chesi, «  Bernard-Henri Lévy, le Soudan, Gaza et le "whataboutism" », Arrêt sur images, 11 août 2025.

(2) Lire Dominique Vidal, «  Ceux qui parlent au nom des juifs de France », Le Monde diplomatique, juillet 2011 ; «  Contre la dérive du CRIF : lettre ouverte à Yonathan Arfi », Association France Palestine Solidarité, 18 février 2023.

(3) Munira Khayyat, anthropologue libanaise : « Cinquante-cinq villages libanais ont été rayés de la surface de la terre, habités pour la plupart depuis le Néolithique, abritant des ruines romaines et issues des Croisades, des oliveraies, des mosquées et des églises, des maisons familiales, des foyers, des étables, des potagers, les tombes d'êtres chers et d'ancêtres, des sanctuaires de prophètes (comme le sanctuaire vieux de 2 000 ans du prophète Benjamin, fils de Jacob, à Mhaibib, réduit en poussière), des esprits bienveillants et espiègles, des champs fertiles et des terrasses, des plantes et des animaux domestiques et sauvages... » Léa Guedj et Philippe Pernot, «  Au Liban, "c'est la vie même qui est dans la ligne de mire d'Israël" », Reporterre, 7 juillet 2026.

(4) Cité par Omar Barghouti,  Boycott Désinvestissement Sanctions. BDS contre l'apartheid et l'occupation de la Palestine, traduit de l'anglais par Catherine Neuve-Église, La Fabrique, 2010.

(5) «  West Bank settler violence exposes Israel's political climate », Middle East Eye, 29 juillet 2026.

(6) Si vous êtes sur Facebook, suivez le cinéaste  Abbas Fahdel, réalisateur du film Contes de la terre blessée , qui y vit, et qui en tient une chronique à la fois déchirante et très belle.

(7) Lire le magnifique texte de Muzna Shihabi «  Comment réveiller un monde qui regarde sans voir ? », 1er août 2026.

(8) Cf. aussi l'analyse d'Abdaljawad Omar, «  Gaza and the Problem of Moral Stupidity », Equator, 15 juillet 2026.

(9) Cf. Madjid Zerrouky, «  Une commission de l'ONU dénonce la poursuite d'un "génocide" à Gaza : "En prenant pour cible des enfants, Israël s'attaque à la capacité même du peuple palestinien d'exister" », Le Monde, 24 juin 2026.

(10) Cf. Olivier Villepreux, «  Ajax - Maccabi : Amsterdam au cœur d'une improbable inversion de réalité », Blast, 22 novembre 2024.

(11) Cf. «  La main ensanglantée est-elle un symbole antisémite ? », Contre-Attaque, 28 avril 2024. On atteint des niveaux de complotisme délirants : «  Insolite : le CRIF accuse une marque de vêtements qui signifie "bon appétit" en arabe de faire l'apologie des attaques du 7 octobre », Contre-Attaque, 7 août 2026.

(12) Cf. Pierre Jequier-Zalc, «  "À la Philharmonie de Paris, le public nous a littéralement lynchés" », Politis, 11 novembre 2025.

(13) Cette manifestation ne correspondait pas aux critères de la campagne Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS), ce qui ne signifie pas forcément qu'elle était illégitime. « Si l'action iséroise n'entre pas dans le cadre des campagnes de boycott habituelles - bien que LFI ait adhéré à la campagne BDS en 2024 -, Juliette Simon [de BDS France] comme Anne Tuaillon [de l'Association France Palestine Solidarité] disent toutefois entendre la "colère" des soutiens grenoblois de la cause palestinienne. »  L'Humanité, 28 juillet 2026.

(14) Élodie Safaris, «  Concert interrompu de Barbara Butch : les angles morts du récit médiatique (2/3) », Arrêt sur images, 31 juillet 2026.

(15) Élodie Safaris, «  Concert interrompu de Barbara Butch : la parole aux personnes présentes (3/3) », Arrêt sur images, 3 août 2026.

(16) «  Votre indifférence ne sauvera pas la Palestine », 29 juillet 2026.

(17) Brahim Metiba, «  L'action menée contre le concert de Barbara Butch sert-elle la cause palestinienne ? », 21 juillet 2026.

(18) Omar Barghouti, Boycott Désinvestissement Sanctions. BDS contre l'apartheid et l'occupation de la Palestine, op. cit.

(19) «  Over 50 Israeli Documentary Filmmakers Support International Boycott in Open Letter Condemning Gaza War », International Documentary Association, 16 septembre 2025.

(20) «  Un éclairage BDS sur Nadav Lapid », BDS France, 26 septembre 2025. Cf. aussi la critique de Jean Stern, «  "Oui", mais non. Nadav Lapid oublie Gaza dans les brumes », Orient XXI, 9 octobre, qui parle d'un film « vaniteux et autocentré, aussi laid que la société va-t-en-guerre qu'il prétend dénoncer ».

(21) Cf. Alain Gresh, «  Regards sud-africains sur la Palestine », Le Monde diplomatique, août 2009.

(22) Cf. «  BDS remporte une nouvelle victoire : Veolia vend ses activités en Israël », BDS France, 4 septembre 2015.

(23) Armelle Laborie et Eyal Sivan,  Un boycott légitime. Pour le BDS universitaire et culturel de l'État d'Israël, La Fabrique, 2016.

(24) « Le boycott culturel contre Israël est légitime ! Le cas de Nadav Lapid, avec Eyal Sivan », chaîne YouTube de Paroles d'honneur, 27 juin 2026. Voir aussi : « Manuel d'autodéfense contre la hasbara : la propagande israélienne, par Eyal Sivan », 8 août 2026. (Paroles d'honneur n'est pas ma crémerie politique, mais, sur le boycott culturel d'Israël, elles et ils font le boulot que les autres ne font pas.)

(25) Cf. Armelle Laborie et Eyal Sivan, Un boycott légitime, op. cit. ; Sarra Grira et Maya Wind, «  Israël. Les universités, maillon essentiel de l'entreprise coloniale », Orient XXI, 18 juin 2025.

(26) «  Le boycott culturel d'Israël est-il un levier politique efficace pour la cause palestinienne ? », « Questions du soir », France Culture, 11 juin 2026.

(27) Sylvain George, «  Un film n'arrive jamais seul », Lundi matin, 9 juin 2026.

(28) Malgré ses grandes qualités, ce film n'échappe pas non plus tout à fait à l'enfermement narcissique qu'on peut reprocher à Nadav Lapid. Alors qu'il s'achève au moment où commence le génocide à Gaza, il ose le happy end : Noam se marie...

(29) Communiqué signé par Hala Alabdalla, Asmit Amiralay, Aude Fourel, Fatma Cherif, Muhammed Hamdy, Aïda Ka'Adan, Farès Ladjimi, Narimane Mari, Monica Maurer, Nour Sabbagh, Ghassan Salhab et Mohamed Soueid : «  Oui, le cinéma est politique », juin 2026.

(30) Cf. Jean Stern,  Mirage gay à Tel-Aviv [2017], Libertalia - Orient XXI, 2025.

(31) Élodie Safaris, «  Concert interrompu de Barbara Butch : les angles morts du récit médiatique (2/3) », art. cit.

(32) Léane Alestra, «  Derrière l'affaire Barbara Butch : l'histoire d'un "progressisme" à géométrie variable au PS », Problematik, 23 juillet 2026.

(33) Dominique Hartmann, «  Le sionisme chrétien, une "idéologie nuisible" efficace », Le Courrier, 30 juillet 2026.

(34) Tristane Chalaise, «  Doxxing, listes noires : à Harvard, les étudiants solidaires de la Palestine harcelés », Révolution permanente, 24 octobre 2023.

(35) Camille Stineau, «  Islamophobie d'État : le gel des avoirs comme outil répressif », Blast, 7 mai 2026. En vidéo : « Gel des avoirs : une arme utilisée contre les propalestiniens en France », Blast, 18 août 2026.

(36) Fatima Ouassak,  La Puissance des mères. Pour un nouveau sujet révolutionnaire [2020], Points, 2023.

(37) Rami Abou Jamous, «  "Ils nous exterminent à petit feu" », Orient XXI, 29 juillet 2026.

(38) Florence Beaugé, «  Guerre d'Algérie : le tabou des viols commis par des militaires français », Le Monde, 17 mars 2021.

(39) Nicholas Kristof, «  The Silence That Meets the Rape of Palestinians », The New York Times, 11 mai 2026. Lire aussi l'article de Sophie Lewis sur l'usage du viol dans toute l'histoire de la colonisation de la Palestine : «  "Everything Is Legitimate" : How Israel Uses Rape as a Tool of Genocide », The Key, 30 juillet 2026.

(40) «  Pro-Israel influencer and actor share a "raped by Israeli dogs" joke », Middle East Eye, 7 juin 2026.

(41) Les liens historiques entre la colonisation de l'Irlande et celle de la Palestine sont le sujet du prochain livre de l'historien palestinien-américain Rashid Khalidi.

(42) Mary Costello, «  Les Palestiniens, peuple sacrifié », traduit de l'anglais par Carine Chichereau, « Le Libé des écrivains », Libération, 22 mai 2026.

 la-meridienne.info