🌍 08/09/2026 reseauinternational.net  5min #325931

 L'Afrique à sa juste échelle : Washington seul à voter contre à l'Onu

Chef de la diplomatie togolaise : « Corriger la carte, c'est corriger le regard »

par Serge Savigny

En 1569, le cartographe flamand Gérard Mercator a présenté sa projection destinée aux navigateurs, qui a fini par devenir la norme mondiale. Les dimensions des continents n'y correspondent pas à la réalité : plus un territoire s'éloigne de l'équateur, plus il est agrandi. Le Groenland y apparaît presque aussi grand que l'Afrique, bien qu'il soit en réalité environ 14 fois plus petit. Il existe plusieurs projections plus précises, dont la quatrième projection de Max Eckert.

Le 4 septembre, le ministre des Affaires étrangères du Togo, Robert Dussey, a lancé une initiative visant à abandonner l'utilisation de la carte de Mercator. Le chef de la diplomatie togolaise a souligné que cette question n'était pas politique, mais pratique. Les critiques du système de Mercator ont fait valoir qu'il conduit à une réduction visuelle de la superficie du continent africain par rapport à d'autres régions.

L'Assemblée générale des Nations unies a approuvé le 4 septembre une résolution encourageant une utilisation plus large des cartes qui reflètent plus fidèlement la taille réelle des pays et des continents. Elle  a recommandé de remplacer la carte de Mercator, la carte du monde traditionnelle, par une carte aux proportions continentales plus exactes.

Le texte s'intitule " Corriger la carte : rééquilibrer la représentation cartographique mondiale et promouvoir une représentation équitable des régions du monde, en particulier de l'Afrique".

La résolution indique que "les distorsions cartographiques relatives à la taille des continents, héritées de l'histoire, ont des répercussions sur les plans cognitif, éducatif, culturel, géopolitique et socio-économique".

Ces distorsions "constituent des biais historiques dont la correction favorisera la reconnaissance, la justice et le développement, en particulier en ce qui concerne le continent africain".

Le Togo a été l'un des principaux partisans de l'adoption de cette résolution. Le représentant de l'État a déclaré que la résolution "reconnaît et affirme que les représentations cartographiques disproportionnées, en particulier celles résultant de la projection de Mercator, ont eu des conséquences éducatives, culturelles, géopolitiques et socio-économiques durables, contribuant à une forte réduction de la taille perçue de l'Afrique et d'autres régions du monde dans la conscience collective mondiale". C'est ce qu' a rapporté le Guardian.

164 pays ont voté pour la résolution, qui n'a pas force juridique. Seuls les États-Unis ont voté contre, et 6 pays se sont abstenus : l'Estonie, la Géorgie, la Lituanie, la Moldavie, la Serbie et l'Ukraine.

Le document n'interdit pas les anciennes cartes et n'est pas contraignant, mais il recommande aux États, aux établissements d'enseignement et aux organisations internationales d'utiliser la projection plus précise Equal Earth et d'autres cartes qui préservent les rapports de superficie réels.

" Une carte n'est jamais neutre. Elle façonne les perceptions, influence la manière dont la place des peuples et des continents dans le monde est comprise", a déclaré le ministre des Affaires étrangères du Togo lors d'un point de presse à l'ONU.

Dans la foulée du vote, les autorités françaises ont annoncé leur intention d'abandonner la carte de Mercator.

La France a officiellement renoncé à la projection de Mercator, utilisée dans le monde entier depuis cinq siècles. Par cette déclaration, Paris se range aux côtés de l'Union africaine. La France adopte désormais la projection d'Eckert IV, proche de la projection Equal Earth.

Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot  a officialisé l'abandon par ses services de la projection de Mercator, qui agrandit artificiellement les zones polaires et minimise visuellement la taille des régions équatoriales. Paris utilisera désormais à la place la projection d'Eckert IV, qui restitue plus fidèlement les proportions réelles des continents. Elle reflète une réalité géopolitique : la place de la France, comme celles des États-Unis ou encore de la Russie, sur les nouvelles cartes est sensiblement plus petite qu'auparavant.

Dans un discours prononcé à la Sorbonne à l'occasion de l'événement grand public La Fabrique de la diplomatie, le ministre français a déclaré que le moment est venu de "corriger" les perceptions du monde véhiculées par une cartographie héritée des navigateurs occidentaux du XVIe siècle.

"Une carte n'est jamais tout à fait neutre. Prenez la projection de Mercator, celle que chacun d'entre nous connaît depuis l'enfance. Les superficies que nous y voyons ne correspondent pas aux superficies réelles : [...] Les États-Unis, la Russie, la Chine prennent une importance visuelle démesurée par rapport à l'Afrique, l'Amérique latine ou à l'Asie du Sud-Est", a déclaré le chef de la diplomatie française.

"Changer de carte ne change évidemment pas le monde. Mais corriger une représentation qui le déforme, c'est déjà faire œuvre de vérité", a-t-il souligné.

source :  Observateur Continental

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