Quds News Network, 8 septembre 2026.- Mardi, le Royaume-Uni, la France et le Canada ont annoncé une interdiction coordonnée de l'importation de marchandises provenant des colonies israéliennes illégales en Cisjordanie occupée ; cette initiative a été présentée comme une mesure historique contre la colonisation israélienne des terres palestiniennes. Toutefois, en coulisses, les diplomates britanniques tenaient un tout autre discours aux États-Unis : ces sanctions sont largement symboliques et n'auront aucune incidence réelle sur les relations globales entre le Royaume-Uni et Israël, qu'il s'agisse du commerce ou de la sécurité.

Liste (non exhaustive) des marques investissant en Israël.
Selon un article de Bloomberg publié quelques heures avant l'annonce, les responsables britanniques - craignant que ces mesures ne nuisent aux relations entre le Premier ministre Andy Burnham et le président américain Donald Trump - ont assuré en privé à l'administration Trump que ces sanctions n'avaient pas de portée réelle. M. Burnham a même téléphoné à M. Trump la veille pour l'informer à l'avance, Downing Street présentant cet appel comme une discussion sur la solution à deux États. Le message adressé à Washington était sans équivoque : il s'agissait d'une manœuvre destinée à l'opinion publique intérieure, et non d'une véritable rupture avec Israël.
Les chiffres confirment les propos des diplomates. L'interdiction ne vise que les marchandises produites dans les colonies de Cisjordanie - une fraction infime des quelque 8 milliards de dollars d'échanges annuels entre le Royaume-Uni et Israël - et les autorités reconnaissent qu'il reste difficile de savoir comment le Royaume-Uni distinguera les produits issus des colonies de ceux fabriqués en Israël même. Les principaux produits britanniques exportés vers Israël sont des médicaments, et les principales importations sont des fruits et légumes ; or, l'interdiction concernant les colonies ne touche aucun de ces produits. De l'aveu même du gouvernement britannique en privé, cette mesure ne modifie en rien la substance des relations économiques ou militaires entre les deux pays.
C'est là tout l'enjeu. Les sanctions visant les colonies et les colons israéliens ne sont pas nouvelles. Au fil des ans, le Royaume-Uni, l'Union européenne et les États-Unis ont tous imposé diverses sanctions liées aux colonies - gel des avoirs de colons individuels, avertissements aux entreprises pour les dissuader de commercer avec les colonies - sans pour autant dissuader Israël le moins du monde. Durant cette période, les colonies n'ont cessé de s'étendre, la violence des colons a atteint des niveaux records et Israël a poursuivi le projet E1, qui couperait la Cisjordanie occupée en deux. Une interdiction que la Grande-Bretagne elle-même qualifie en privé de symbolique s'ajoute à une longue liste de gestes permettant aux gouvernements occidentaux de donner l'illusion d'agir, tandis que la colonisation qu'ils prétendent combattre s'accélère sans entrave.
L'annonce a néanmoins été faite en termes fermes. Le ministre des Affaires étrangères, Ed Miliband, a déclaré à la Chambre des communes que la Grande-Bretagne ne pouvait plus rester les bras croisés face aux souffrances et à la destruction de la solution à deux États, que Londres considérait désormais l'occupation comme illégale et qu'un nettoyage ethnique des Palestiniens était en cours en Cisjordanie. Il a précisé que le train de mesures sanctionnerait également les personnes et les entreprises facilitant l'expansion des colonies et refuserait les licences d'exportation soutenant matériellement l'occupation, la France et le Canada imposant leurs propres interdictions d'importation et un plus grand nombre de pays s'engageant à suivre.
Israël, de son côté, a réagi avec une fureur totalement disproportionnée à ce que la Grande-Bretagne qualifie en privé de mesure symbolique. Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a exigé l'expulsion de l'ambassadeur britannique, tandis que le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a appelé Netanyahu à fermer le consulat britannique à Jérusalem-Est occupée, qui dessert les Palestiniens. L'indignation théâtrale d'Israël, à laquelle répond une mesure dont la Grande-Bretagne assure qu'elle ne changera rien, arrange les deux gouvernements.
Article original en anglais sur Quds News Network / Traduction MR