
Prof. Omar Chaalal
Dans cette dynamique de sauvegarde nationale, le peuple doit impérativement renforcer ses rangs derrière son armée nationale populaire. Cette armée, issue du peuple et nourrie par les idéaux de la glorieuse Révolution de Novembre, constitue la colonne vertébrale qui maintient le pays debout. Elle est le garant ultime de notre intégrité territoriale et de notre indépendance politique. C'est sa puissance, sa fidélité et sa vigilance qui protègent la nation contre les forces de soumission et nous rendent viscéralement allergiques aux courbettes devant les puissances impérialistes ou régionales.
Mon pays a changé et nos repères ne miroitent plus.
C'est par ce constat, empreint d'une profonde gravité sociologique et géopolitique, qu'il faut aborder le malaise algérien contemporain. Quelque chose s'est brisé dans le contrat moral qui unissait autrefois les fils de cette terre aux sacrifices fondateurs de leurs aînés. L'opulence factice de la rente pétrolière et les dérives prolongées de la gouvernance ont altéré les paysages humains, brouillé les repères éthiques et distordu les valeurs de solidarité et d'intégrité qui faisaient le socle même de l'algérianité.
Mais ce malaise ne se nourrit pas uniquement de nos propres failles ; il est aujourd'hui aujourd'hui exacerbé par un environnement international hostile et agressif. L'Algérie fait face à des pressions géopolitiques orchestrées, notamment à travers les doctrines impérialistes portées par Donald Trump et l'agenda d'Israël, dont l'objectif clair est de déstabiliser et de faire agenouiller notre pays en raison de ses positions de principe intangibles. Cette tentative d'asphyxie, à la fois morale, économique et stratégique, crée un sentiment d'exil intérieur. Pourtant, pour comprendre la nature exacte de cette fracture, il faut s'élever au-delà de la déception immédiate. Ce sentiment de crise n'est pas le signe d'un renoncement, mais le prélude d'un sursaut. Car l'Algérie oppose au monde le récit d'une souveraineté qui ne se laisse jamais définitivement dompter.
En sociologie historique, cette résilience farouche répond à une mécanique invisible : de profondes respirations générationnelles d'environ trente ans. C'est le temps biologique et social nécessaire pour qu'une nouvelle vague humaine se lève, libre des peurs, des compromis ou des usures du passé, pour réclamer sa dignité (El-Nif) et réécrire son destin. Dans son œuvre majeure Les Damnés de la Terre, Frantz Fanon théorisait magnifiquement cette transmission en écrivant : "Chaque génération doit, dans l'opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir." En Algérie, le refus de la domination n'est pas conjoncturel ; il est structurel. Il s'inscrit dans une dynamique continue dont les racines plongent loin dans le temps long du refus.
Dès 1505, face au débarquement espagnol à Mers El-Kébir, suivi de la prise d'Oran en 1509 par les troupes du cardinal Cisneros, la résistance locale s'organise et forge les premiers jalons d'une conscience de souveraineté. Durant près de trois siècles, de l'héroïsme des tribus de l'Oranie jusqu'à la libération définitive de la ville par le Bey Mohamed Ben Othmane en 1792, El-Bahia a été le laboratoire d'un refus viscéral de l'occupation. C'est ce même fil conducteur, ce "gène de l'insoumission", que l'on retrouve à l'œuvre durant l'époque contemporaine, selon une mécanique générationnelle d'une précision frappante, qui s'est déployée face à l'ordre colonial avant de se heurter aux illusions de l'indépendance.
De la conquête coloniale à l'éveil nationaliste
Le point de départ de la tragédie moderne est fixé à 1830. Face à l'invasion française, la première génération oppose une résistance farouche, incarnée par l'Émir Abdelkader et Ahmed Bey. Il faudra quarante ans de combats, de razzias et de restructurations coloniales pour qu'une nouvelle génération prenne le relais. En 1871, alors que la France coloniale pense avoir définitivement pacifié le territoire, la Kabylie et l'Est algérien s'embrasent sous l'impulsion du Cheikh El Mokrani et de Cheikh Haddad. Cette insurrection majeure, bien que réprimée dans le sang, transmet le flambeau de la dignité.
Trente-quatre ans plus tard, au début du XXe siècle (entre 1905 et 1916), une nouvelle vague de refus déferle sur le pays. Cette génération, spoliée de ses terres et soumise au régime féroce du Code de l'indigénat, refuse de servir de chair à canon et se révolte massivement contre la conscription obligatoire (notamment dans les Aurès et l'Est en 1916). C'est cette même génération qui va structurer les premiers mouvements politiques nationalistes et subir le traumatisme fondateur des massacres du 8 mai 1945.
Du sacrifice de 1954 à la confiscation par "la bande"
Le cycle se répète quarante ans plus tard avec une exactitude troublante. En 1954, la génération nourrie par l'éveil nationaliste intègre que la voie politique est définitivement close. Elle fait le choix du sacrifice ultime et déclenche la Révolution de libération nationale. C'est le cycle de la rupture définitive qui mène à l'Indépendance de 1962. Trente-quatre ans après le déclenchement de la guerre, en 1988, une Algérie nouvelle prend la parole lors du soulèvement populaire d'Octobre, exigeant le pluralisme face à l'étouffement politique.
C'est au bout du cycle suivant, trente et un ans plus tard, que la crise des repères moraux a rencontré la faillite du modèle économique, provoquant le grand réveil de février 2019. Pour comprendre l'origine de ce point de rupture, il faut se pencher sur un moment de lucidité historique qui s'est transformé en un immense gâchis. Lors de son célèbre discours prononcé à Sétif le 8 mai 2012, le président Abdelaziz Bouteflika avait lui-même prononcé cette phrase mémorable : "Mon jardin a mûri (Tab djnani)", ajoutant qu'il était temps de passer le flambeau à la nouvelle génération. Par cette expression, Bouteflika démontrait qu'il était intimement conscient que la fin de son cycle était arrivée et que le temps biologique et politique d'un changement de cap générationnel avait sonné.
Hélas, l'histoire officielle a été confisquée par les intérêts personnels. Profitant de la maladie invalidante du président survenue peu après, la "bande" (Issaba) oligarchique qui l'entourait a choisi de masquer la réalité, d'occulter le verdict du temps et de s'accaparer les rênes du pouvoir en son nom. C'est ce holding d'intérêts privés qui a tenté d'imposer l'illusion d'un faux "New Deal" pétrolier. Une confusion économique fondamentale a alors caractérisé la gouvernance : Bouteflika n'était pas Roosevelt, et l'Algérie n'était pas l'Amérique.
Là où le président américain Franklin D. Roosevelt a initié le New Deal pour restructurer en profondeur les fondations industrielles par le travail, l'Algérie de cette fin de règne a sombré dans l'injection massive, effrénée et opaque de dépenses publiques issues uniquement de la rente pétrolière. Cette gestion distributive n'a pas créé d'économie forte ; elle a simplement servi à acheter une paix sociale précaire et à masquer l'absence de réformes structurelles. Lorsque le miroir aux alouettes de la rente s'est effondré et que le spectacle de la confiscation du pouvoir par la "bande" est devenu insoutenable pour la dignité nationale, le peuple a refusé ce simulacre. C'est précisément à ce moment que la jeunesse, voyant ses repères définitivement bafoués, a pris la route du Hirak en février 2019 pour briser le système de dépendance et exiger une véritable modernité éthique et politique.
Face aux menaces extérieures et aux complots hybrides : de la drogue au terrorisme incendiaire
Ce réveil populaire de 2019 a envoyé un signal fort, non seulement à l'intérieur, mais aussi à l'échelle internationale. L'acharnement de l'axe Trump-Israël, à travers des dynamiques régionales d'encerclement et de normalisation forcée, cherche à punir l'Algérie pour son refus historique de s'aligner sur des agendas étrangers. Cette hostilité ne se limite pas à des pressions diplomatiques ou économiques ; elle se traduit sur le terrain par des stratégies agressives de déstabilisation et des guerres hybrides.
C'est dans ce cadre précis qu'il faut analyser l'origine des vagues d'événements dramatiques qui ont frappé notre pays. L'Algérie mène une guerre impitoyable et victorieuse à ses frontières contre le trafic d'influence et de stupéfiants. La capture et la saisie systématique par nos forces de sécurité de dizaines de tonnes de stupéfiants et de cargaisons massives de cocaïne ont porté un coup fatal aux finances des réseaux criminels. Asphyxiés par cette vigilance féroce qui coupe leurs canaux de financement, ces gangs de malfaiteurs ont basculé dans le terrorisme de représailles.
C'est cette impuissance face à la rigueur de nos forces de l'ordre qui a poussé ces coalitions criminelles à devenir la cause de tous les incendies de forêts dévastateurs. Le feu est devenu leur arme lâche de diversion et de vengeance économique. Ces actes terroristes sont directement planifiés et encouragés par des officines étrangères, s'appuyant sur des relais subversifs locaux comme le mouvement séparatiste du MAK de Ferhat Mehenni, activement soutenu par des réseaux criminels opérant depuis le Maroc. L'alliance objective entre l'axe sioniste, le pouvoir marocain et ces cartels de la subversion cherche à brûler la terre algérienne pour punir son peuple. Mais ils oublient que ce peuple puise sa force dans l'adversité et que les agressions extérieures finissent toujours par cimenter notre cohésion nationale.
La restauration du front intérieur : l'ANP comme colonne vertébrale
Face à ces menaces multidimensionnelles, l'effritement de nos repères internes devient notre principale vulnérabilité. Pour résister aux assauts impérialistes et aux plans de déstabilisation menés à nos frontières, la nation ne peut plus se permettre d'être affaiblie par les divisions ou la perte de sens moral. Le meilleur rempart contre les complots qui visent à nous faire plier reste la restauration de nos valeurs éthiques fondamentales et la consolidation d'un front intérieur basé sur la justice sociale, la vigilance populaire et l'intégrité de l'État.
Dans cette dynamique de sauvegarde nationale, le peuple doit impérativement renforcer ses rangs derrière son armée nationale populaire. Cette armée, issue du peuple et nourrie par les idéaux de la glorieuse Révolution de Novembre, constitue la colonne vertébrale qui maintient le pays debout. Elle est le garant ultime de notre intégrité territoriale et de notre indépendance politique. C'est sa puissance, sa fidélité et sa vigilance qui protègent la nation contre les forces de soumission et nous rendent viscéralement allergiques aux courbettes devant les puissances impérialistes ou régionales.
Conclusion prospective : Vers l'horizon 2050
Les silences de l'histoire algérienne ne sont jamais des renoncements, mais de précieuses périodes d'incubation. En reconnectant la mémoire de nos luttes séculaires à l'exigence impérative de sécurité et d'unité nationale derrière notre ANP, la génération actuelle possède le pouvoir de réparer les miroirs brisés de notre identité et de faire échec aux complots extérieurs.
C'est ici qu'il convient de lancer une hypothèse audacieuse mais rigoureuse : si la loi des cycles d'environ trente ans continue de régir l'inconscient collectif et la trajectoire de ce peuple indomptable, le sursaut populaire de 2019 n'était pas un point final, mais l'acte de naissance d'une nouvelle ère. Nous serions actuellement dans la phase de transition et d'apprentissage politique d'un cycle qui atteindra sa pleine maturité historique et structurelle à l'horizon 2050.
L'hypothèse est là : la génération qui est née ou qui grandit dans le sillage du Hirak et des agressions hybrides actuelles sera celle qui parachèvera la véritable indépendance globale du pays. Forte d'une conscience nationale immunisée contre les ruses coloniales et les manipulations régionales, débarrassée des illusions de la rente factice, cette génération de 2050 réalisera la synthèse parfaite entre la sacralité de la souveraineté territoriale défendue par son armée et l'émancipation intellectuelle. L'Algérie ne fera plus seulement face à l'histoire : elle la devancera, s'imposant définitivement comme une nation moderne, forte, unie et maîtresse absolue de son destin.
Que Dieu protège le pays des martyrs.