
Par Fayha Shalash
Les femmes palestiniennes de la Cisjordanie occupée sont confrontées à une escalade des arrestations, des agressions, des démolitions de maisons et à une obstruction systématique de l'accès aux soins de santé essentiels de la part des autorités israéliennes.
Haneen Fanoun, 39 ans, pleure encore dans un petit appartement loué depuis que sa maison à deux étages de Nahalin, à l'ouest de Bethléem, dans le sud de la Cisjordanie occupée, a été démolie.
Mais ce qui la fait souffrir, ce n'est pas seulement la perte de la maison qu'elle a mis des années à construire et dans laquelle elle s'était enfin installée en 2012. Elle est également hantée par l'arrestation, les coups et les humiliations qu'elle a subis de la part de l'armée israélienne pendant la démolition.
L'histoire de Haneen reflète la réalité à laquelle sont confrontées les femmes palestiniennes dans toute la Cisjordanie occupée, où elles sont victimes de nombreuses formes de harcèlement et d'abus de la part des soldats et des colons israéliens, et privées de leurs droits les plus fondamentaux.
Ces violations vont des arrestations aux agressions physiques. Plus récemment, l'armée israélienne a également mené une politique délibérée à l'encontre des femmes palestiniennes enceintes en entravant leur accès aux hôpitaux et aux centres de soins aux postes de contrôle militaires disséminés dans toute la Cisjordanie, faisant de cette obstruction une pratique systématique.
Des larmes d'angoisseEn 2022, l'armée israélienne a délivré à Haneen et à sa famille de sept personnes un arrêté de suspension des travaux concernant leur maison située dans la ville de Nahalin, au motif que celle-ci n'était pas couverte d'un permis de construire.
Bien qu'elle ait fourni tous les documents requis, la famille s'est vu refuser le permis. L'Administration civile israélienne en Cisjordanie leur avait toutefois assuré que leur maison ne serait pas démolie, puisqu'ils s'étaient conformés à l'arrêté de suspension des travaux.
Puis, le 22 juillet, l'armée israélienne a soudainement fait irruption à Nahalin et encerclé la maison de Haneen, se préparant à la démolir sans avertissement.
Elle s'est précipitée dehors, hurlant après les soldats dans l'espoir qu'ils aient pitié d'elle et mettent fin à la démolition.
Au lieu de cela, des soldates israéliennes l'ont agressée, la frappant si violemment qu'elle a perdu connaissance. Elles l'ont menottée, immobilisée, lui ont bandé les yeux et l'ont emmenée dans un véhicule militaire.
"J'ai été battue et humiliée pendant tout le trajet. On m'a emmenée au centre d'interrogatoire de la colonie voisine de Beitar Illit. Après des heures de traitements dégradants, j'ai été transférée au tristement célèbre centre de détention d'al-Maskubiya", a-t-elle déclaré au Palestine Chronicle.
Haneen raconte que son corps était couvert de contusions suite aux violents coups qu'elle a subis. Elle a également été la cible d' insultes et de violences verbales incessantes, traînée sans pitié sur le sol et forcée de se déshabiller entièrement devant des caméras.
Pourtant, tout au long de cette épreuve, une seule pensée l'obsédait : son foyer.
Avait-il été démoli ? Qu'était-il advenu des meubles qu'elle avait mis des mois à choisir avec soin ? Où étaient ses cinq enfants ? Où dormaient-ils ?
Elle est restée dans cet état d'angoisse jusqu'à ce que son avocat l'informe enfin que la maison avait bel et bien été démolie.
Les voisins avaient désespérément tenté de sauver les biens de la famille, jetant les meubles depuis le deuxième étage avant que la maison ne soit détruite. Les habitants de la ville ont mis à la disposition de son mari et de ses cinq enfants un petit appartement exigu où ils ont pu se loger après avoir perdu leur maison.
"J'ai passé huit jours au centre de détention d'al-Maskubiya dans des conditions extrêmement difficiles. La nourriture était insuffisamment cuite, maigre, et une partie était moisie. Les vêtements étaient sales, et il nous était interdit de porter les nôtres. Nous avons été victimes d'insultes, de coups, et on nous a refusé les soins médicaux et les douches. Le trajet jusqu'au tribunal a été un véritable calvaire au cours duquel nous avons été humiliés et photographiés", a expliqué Haneen.
Haneen a finalement été libérée, mais elle n'est jamais rentrée chez elle.
Sa maison avait été réduite en ruines, et il est interdit à la famille de la reconstruire ou même d'utiliser le terrain sur lequel elle se trouvait autrefois.
Elle pleure encore chaque jour ce qui était autrefois son havre de paix, aujourd'hui disparu en un instant. Elle a payé le prix fort simplement pour avoir dénoncé sa destruction, comme si même le chagrin lui-même était interdit.
Même les droits les plus fondamentaux sont bafouésLes violations commises à l'encontre des femmes palestiniennes en Cisjordanie occupée continuent de s'intensifier en toute impunité. Les soldats et les colons israéliens soumettent les femmes à des agressions, des passages à tabac, des arrestations et d'autres formes d'abus.
L'offensive israélienne en Cisjordanie est le deuxième acte du génocide à Gaza
Samedi matin, peu après minuit, des soldats israéliens ont arrêté trois femmes de Jénine, au seul motif qu'elles avaient des liens de parenté avec une personne que Israël considère comme un homme recherché. Elles ont été emmenées de chez elles et séparées de leurs enfants, alors qu'elles n'avaient commis aucun crime.
Selon la Commission palestinienne des affaires des prisonniers, une centaine de femmes palestiniennes sont toujours détenues dans les prisons israéliennes, dont deux femmes enceintes, plusieurs mères et deux patientes atteintes d'un cancer. Beaucoup sont également mères ou épouses de martyrs.
L'une des violations les plus flagrantes de ces derniers mois a été l'entrave délibérée imposée à des femmes palestiniennes enceintes qui tentaient de se rendre à l'hôpital pour accoucher.
Dans un cas, cette entrave a entraîné la perte du bébé d'une femme, qui a failli mourir d'une hémorragie grave.
L'infirmière Sabreen Mohsen, originaire de Naplouse, a déclaré au *Palestine Chronicle* qu'elle accompagnait une femme enceinte du village de Qaryut, au sud de la ville, lorsque celle-ci a commencé à accoucher prématurément alors qu'elle en était à son sixième mois de grossesse.
Des soldats israéliens ont empêché l'ambulance de passer.
La femme a accouché à l'intérieur de l'ambulance et a souffert d'une hémorragie interne, avant de finir par perdre connaissance. Son nouveau-né était encore en vie et avait un pouls normal, mais il fallait de toute urgence l'emmener à l'hôpital pour le placer dans une couveuse.
"Les soldats nous ont ordonné d'arrêter l'ambulance et de couper le moteur immédiatement, ce qui a interrompu l'apport d'oxygène à la femme, qui était complètement inconsciente et dont l'état se détériorait. Nous les avons suppliés de nous laisser passer car il s'agissait d'une urgence, mais ils nous ont fait attendre plus de 40 minutes", a déclaré Mohsen.
Pendant ce temps, malgré les supplications répétées de Sabreen, les soldats ont pointé leurs armes sur elle et l'ont menacée.
Le pouls du nouveau-né s'est progressivement affaibli jusqu'à ce qu'il décède au poste de contrôle israélien d'Awarta. Sa mère a elle aussi failli y laisser la vie.
"Après ce retard, ils nous ont autorisés à passer. La femme luttait pour sa vie. Nous avons rapidement rétabli son apport en oxygène et prié Dieu de la sauver. Nous sommes arrivés à l'hôpital de Naplouse en un temps record, et le personnel médical a réussi à la sauver, mais elle a perdu son bébé."
Les soldats semblaient totalement indifférents à la mort de l'enfant, car les forces israéliennes prennent régulièrement pour cible les ambulances, quelles que soient les urgences médicales qu'elles transportent.
Sabreen se souvient de nombreux autres cas difficiles où elle a été contrainte d'accoucher des bébés aux postes de contrôle israéliens, car les bouclages empêchaient les femmes enceintes de rejoindre les hôpitaux.
Les ambulances sont également souvent contraintes d'emprunter des itinéraires alternatifs longs et pénibles, car les forces israéliennes bloquent les accès aux villages et villes palestiniens.
"La situation des femmes enceintes est extrêmement difficile en raison de ces fermetures fréquentes. Leur état nécessite qu'elles soient transportées à l'hôpital le plus rapidement possible, mais nous constatons des retards et des entraves délibérés, qui ont des répercussions négatives sur la santé de la mère et de l'enfant", a-t-elle conclu.
Selon le rapport humanitaire 2026 de l'UNFPA, les restrictions, les postes de contrôles, les bouclages et les raids entravent l'accès aux soins de santé pour environ 73 000 femmes enceintes en Cisjordanie occupée.
Ces restrictions comprennent des retards dans les orientations vers des soins spécialisés et des obstacles empêchant les ambulances et le personnel soignant d'accéder aux établissements médicaux.
Une politique de punition collectiveShawan Jabarin, directeur de l'organisation de défense des droits de l'homme Al-Haq, a déclaré au *Palestine Chronicle* que les femmes palestiniennes, à l'instar des autres Palestiniens, sont devenues la cible de l'agression israélienne, quels que soient leurs actes ou l'endroit où elles se trouvent.
Il a ajouté que l'agression israélienne avait atteint des "proportions sans précédent".
"Le fait de prendre pour cible les femmes a des répercussions qui vont bien au-delà de la femme elle-même. Israël est pleinement conscient des implications que représente le fait d'arracher une femme à son foyer, à sa famille et à son rôle central au sein de celle-ci, ainsi que de l'angoisse et du bouleversement que son arrestation provoque chez les membres de sa famille", a déclaré M. Jabarin.
Selon M. Jabarin, l'arrestation des femmes palestiniennes s'inscrit dans un cadre plus large de punition collective pratiquée par Israël.
Il a souligné que les conséquences ne s'arrêtent pas à l'arrestation d'une femme, mais s'étendent à sa famille et à l'ensemble de la communauté qui l'entoure.
Jabarin a expliqué que cette politique ne se limite pas aux arrestations. Elle inclut également les démolitions de logements et la prise de femmes en otage, pratiques qu'Israël utilise, selon lui, à des fins politiques.
"Ces pratiques constituent des punitions collectives visant des personnes qui n'ont aucun lien avec les faits en cause, mais qui sont utilisées comme moyen de faire pression sur quelqu'un d'autre, comme dans les cas où un membre de la famille est arrêté pour contraindre une autre personne à se rendre", a conclu Jabarin.
26 août 2026 - The Palestine Chronicle - Traduction : Chronique de Palestine - Éléa Asselineau

* Fayha Shalash est une journaliste palestinienne vivant à Ramallah. Diplômée de l'université de Birzeit en 2008, elle travaille depuis lors en tant que journaliste.Ses articles sont parus dans plusieurs publications en ligne, dont The Palestine Chronicle, Al-Jazeera et Al-Mayadeen.