🌍 08/09/2026 linvestigateurafricain.tg  4min 5 #326019

Sénégal : la dette au cœur du grand oral d'Ahmadou Al Aminou Lô

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Komla YAWO

Au Sénégal, la déclaration de politique générale d' Ahmadou Al Aminou Lô intervient dans un contexte économique particulièrement tendu. Face aux députés, le Premier ministre devait surtout répondre à une question centrale. Comment redresser les finances publiques alors que la dette atteint environ 132 % du PIB et que l'État doit encore apurer d'importants arriérés ? Son discours marque ainsi moins le lancement d'une nouvelle politique que le début d'une phase de redressement économique qui s'annonce difficile.

Sénégal, déclaration de politique générale sous pression financière

Le chiffre de 132 % du PIB résume à lui seul l'ampleur du problème. Selon les estimations du  FMI, la dette publique sénégalaise avait atteint ce niveau à fin 2024, après la découverte de plusieurs milliards de dollars d'emprunts jusque-là non déclarés. Cette réévaluation a profondément modifié la situation financière du pays et contraint Dakar à revoir sa stratégie.

À cela s'ajoutent 1 956 milliards de francs CFA d'arriérés de paiement, soit environ 3,5 milliards de dollars. Pour Ahmadou Al Aminou Lô, leur règlement est devenu une urgence, car ces impayés risquent de freiner l'activité économique et de fragiliser davantage les entreprises et l'emploi.

Le Premier ministre a donc placé la gestion de la dette au centre de son intervention. Mais derrière les chiffres se trouve une question plus concrète. Jusqu'où l'État peut-il réduire ses dépenses sans affaiblir davantage une économie déjà sous pression ?

Un ajustement qui risque de peser sur les Sénégalais

C'est probablement le principal enseignement politique de ce grand oral. Le gouvernement reconnaît désormais que le Sénégal est engagé dans une phase d'ajustement structurel. Autrement dit, il ne s'agit plus seulement de trouver de nouveaux financements, mais de modifier durablement la manière dont l'État dépense, collecte ses recettes et gère sa dette.

Le nouvel accord conclu avec le FMI prévoit un financement de 2,2 milliards de dollars sur trois ans et vise notamment à rétablir la stabilité macroéconomique, renforcer les finances publiques et restaurer la viabilité de la dette.

Mais cet appui financier aura nécessairement un coût politique. Réduction des dépenses, amélioration de la mobilisation fiscale, contrôle des engagements publics. Autant de mesures susceptibles de rencontrer des résistances, alors que le pouvoir d'achat constitue déjà une préoccupation majeure.

L'enjeu pour le gouvernement sera donc de convaincre que l'austérité d'aujourd'hui peut éviter une crise plus grave demain. Le risque serait de réduire trop fortement les dépenses publiques sans protéger suffisamment l'investissement, les services essentiels et les ménages les plus vulnérables.

Reprofilage de la dette; un exercice d'équilibriste

Un autre élément important est que Dakar préfère parler de reprofilage de la dette plutôt que de restructuration. L'objectif est notamment d'allonger certaines maturités et de renégocier les taux d'intérêt afin de desserrer la contrainte du service de la dette. Le gouvernement entend également traiter les relations avec certains créanciers dans le cadre d'un mécanisme renforcé inspiré du "Common Framework" du G20.

Cette nuance sémantique ne doit toutefois pas masquer la réalité économique. Modifier les échéances ou les conditions financières revient à demander aux créanciers un effort. L'agence S&P estime d'ailleurs que le risque d'une opération entraînant des pertes pour certains créanciers étrangers est très élevé.

L'intérêt de la déclaration de politique générale est donc ailleurs que dans le seul discours. Elle permet de mesurer la capacité du gouvernement à transformer une situation financière critique en trajectoire de redressement crédible.

Pour Ahmadou Al Aminou Lô, le véritable test commence désormais. Réduire la dette, restaurer la confiance des partenaires financiers et relancer l'économie tout en préservant le pouvoir d'achat. C'est cet équilibre, plus que les annonces politiques, qui permettra de juger l'efficacité de son action. Le grand oral est terminé ; le plus difficile commence.

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