
par Mounir Kilani
Un sommet peut produire des déclarations. Il peut aussi révéler une époque. À New Delhi, les BRICS vont se retrouver avec leurs contradictions, leurs rivalités et leurs ambitions différentes. Mais derrière cette apparente fragilité se joue peut-être quelque chose de plus profond : la recherche, par un nombre croissant d'États, de plusieurs portes de sortie dans un monde longtemps organisé autour d'un seul centre.
New Delhi : une question plutôt qu'un sommetLe 12 septembre, New Delhi ne recevra pas seulement les dirigeants des BRICS. Elle accueillera peut-être une expérience géopolitique encore inédite : comment coopérer sans s'unir ?
Les chefs d'État et de gouvernement se retrouveront à Bharat Mandapam pour le 18e sommet des BRICS. Narendra Modi les accueillera dans une Inde qui entretient avec Washington des relations stratégiques, avec Moscou des liens anciens et avec Pékin une rivalité devenue structurelle. Et qui, pourtant, participe à toutes ces conversations à la fois.
Le paradoxe est là.
Comment un groupe composé de pays aussi différents peut-il continuer à avancer sans se transformer en alliance, en bloc ou en organisation dotée d'une ligne politique commune ?
Depuis le début de l'année, plus de 350 réunions et rencontres de haut niveau se sont tenues dans plus de 25 villes indiennes, sous la présidence de l'Inde. Commerce, énergie, finance, technologies, intelligence artificielle, paiements transfrontaliers, chaînes d'approvisionnement, développement : derrière le vocabulaire parfois très administratif des sommets internationaux, des groupes de travail discutent déjà de mécanismes qui ne feront probablement jamais la une des journaux.
C'est peut-être justement là que se trouve l'essentiel.
Car le sommet de New Delhi ne devrait pas être jugé seulement à ses déclarations. Il faudra regarder ce qui se construit derrière elles, dans ces domaines techniques où les rapports de force se transforment parfois sans bruit.
Onze pays sont aujourd'hui comptés par la présidence indienne dans le groupe : Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, Égypte, Éthiopie, Iran, Émirats arabes unis, Indonésie et Arabie saoudite. Cette dernière demeure toutefois un cas particulier : invitée à rejoindre les BRICS en 2023, elle n'a jamais formellement acté son adhésion, tout en participant aux travaux du groupe.
Dix autres pays ont été associés comme partenaires.
Le cercle s'élargit donc, et avec lui la difficulté de parler d'une seule voix.
Mais c'est précisément ce qui rend le phénomène intéressant.
Les BRICS ne ressemblent pas à une nouvelle OTAN. Ils ne ressemblent même pas à une nouvelle Union européenne. Ils ne disposent ni d'une armée commune, ni d'une politique étrangère commune, ni d'une discipline qui obligerait chacun à suivre les autres.
Alors, que sont-ils ?
Peut-être faut-il commencer par poser la question autrement.
Pourquoi des pays qui n'ont ni les mêmes régimes, ni les mêmes intérêts, ni les mêmes ambitions éprouvent-ils aujourd'hui le besoin de construire ensemble des instruments qui leur donnent davantage de liberté d'action ?
La réponse pourrait être moins spectaculaire qu'on ne l'imagine.
Ils ne cherchent peut-être pas à construire un nouveau centre.
Ils cherchent à faire en sorte qu'il n'y en ait plus un seul.
Quatre lettres devenues une réalitéPour comprendre le phénomène, il faut revenir vingt-cinq ans en arrière.
En 2001, l'économiste Jim O'Neill, alors chez Goldman Sachs, invente le terme BRIC pour désigner quatre économies promises, selon ses projections, à un poids croissant dans l'économie mondiale : Brésil, Russie, Inde et Chine.
Le mot est économique. Il ne désigne ni une idéologie, ni une alliance, ni un projet politique.
En 2006, les ministres des Affaires étrangères des quatre pays commencent à se réunir. En 2009, les chefs d'État se retrouvent à Ekaterinbourg pour le premier sommet. En 2011, l'Afrique du Sud rejoint le groupe.
Puis le mouvement s'accélère : Égypte, Éthiopie, Iran et Émirats arabes unis en 2024, Indonésie en 2025, et autour du groupe un nombre croissant de pays partenaires.
Il y a quelque chose d'assez ironique dans cette histoire.
Un mot inventé par Wall Street pour désigner les grandes économies de demain est devenu le nom d'un regroupement de pays qui discutent aujourd'hui de la manière de réduire certaines de leurs dépendances à l'égard de l'architecture économique et financière dominée par l'Occident.
Mais il faut se méfier d'une lecture trop facile.
Les BRICS ne forment pas un front uni. L'Inde et la Chine sont rivales. L'Iran et les Émirats arabes unis ne défendent pas toujours les mêmes intérêts. Le Brésil ne regarde pas le monde comme la Russie, et l'Arabie saoudite conserve ses propres équilibres.
Il n'existe donc pas de "modèle BRICS" au sens idéologique du terme.
Et pourtant, quelque chose les rassemble.
Pas une doctrine commune, ni une alliance militaire, ni même une vision partagée de l'avenir. Plutôt une conviction devenue progressivement plus concrète : un système international dans lequel certaines infrastructures essentielles dépendent d'un seul centre crée une vulnérabilité pour ceux qui se trouvent à sa périphérie.
La question n'est alors plus seulement de savoir qui prendra un jour la place de Washington.
Elle devient plus élémentaire :
combien de portes un État doit-il pouvoir ouvrir lorsqu'une seule porte peut se fermer ?
Le malentendu sur les BRICSChaque fois que les BRICS se réunissent, les mêmes questions reviennent. Vont-ils créer une monnaie commune ? Remplacer le dollar ? Construire un système financier parallèle ? Former un bloc contre les États-Unis et l'Europe ?
Ces questions sont compréhensibles. Elles reposent cependant sur une vieille manière de regarder le monde : celle des blocs, des camps et des centres de pouvoir qui se succèdent.
Un camp contre un autre. Une monnaie contre une autre. Une puissance appelée à remplacer celle qui dominait avant elle.
Or les BRICS ne semblent pas fonctionner ainsi.
Et si leur objectif n'était pas de remplacer un centre par un autre, mais de rendre impossible le retour à un monde organisé autour d'un seul centre ?
La nuance est fondamentale.
Dans le premier scénario, Washington serait remplacé par Pékin. Dans le second, Pékin ne remplace personne : le système devient simplement plus distribué.
C'est une différence considérable.
Un pays peut continuer à utiliser le dollar tout en développant des échanges en monnaie nationale. Il peut commercer avec la Chine tout en travaillant avec les États-Unis, acheter de l'énergie à la Russie tout en coopérant militairement avec l'Occident, participer au Quad et aux BRICS.
C'est précisément ce que fait l'Inde.
Ce qui paraît contradictoire dans l'ancien monde devient alors parfaitement cohérent dans le nouveau.
L'Inde ne choisit pas un camp : elle choisit des marges de manœuvre.
Cette phrase dépasse d'ailleurs le cas indien. Elle pourrait devenir l'une des définitions possibles de la multipolarité.
La multipolarité commence dans les tuyauxLa grande transformation ne se trouve peut-être pas dans les discours. Elle se trouve dans les infrastructures.
Une monnaie commune des BRICS reste une perspective lointaine. Il serait donc inutile de présenter comme acquise une révolution monétaire qui n'existe pas encore.
Mais quelque chose de beaucoup plus discret est déjà en train de se produire.
Les pays du groupe discutent de l'utilisation accrue de leurs monnaies nationales, de l'interconnexion des systèmes de paiement et de mécanismes permettant de faciliter les transactions transfrontalières. L'Inde pousse notamment la réflexion sur les paiements numériques et les monnaies numériques de banque centrale.
Cela paraît technique.
Ça ne l'est pas.
Si deux pays peuvent régler une partie croissante de leurs échanges directement dans leurs monnaies, ils n'ont pas supprimé le dollar. Ils ont simplement réduit la nécessité de passer par lui.
La nuance est essentielle.
Une dépendance ne disparaît pas nécessairement lorsqu'on la détruit. Elle peut commencer à disparaître lorsqu'on cesse d'en avoir besoin pour chaque opération.
Les échanges russo-indiens offrent déjà une illustration de cette logique. Les deux pays ont développé des mécanismes permettant de régler une part importante de leurs échanges dans leurs monnaies nationales, réduisant ainsi le recours systématique au dollar.
Ce mécanisme n'est ni parfait ni sans friction. Mais il montre quelque chose d'essentiel : une alternative n'a pas besoin de remplacer immédiatement l'ancien système pour modifier le rapport de dépendance à celui-ci.
C'est également la logique de la Nouvelle Banque de développement.
Créée en 2014, opérationnelle depuis 2015, elle reste très loin de disposer des moyens des grandes institutions financières internationales. Elle cherche néanmoins à augmenter la part de ses financements en monnaies locales et, pour son prochain cycle stratégique 2027 - 2031, vise notamment 40 à 50% de financement en monnaies locales.
L'objectif n'est donc pas de proclamer la fin du système existant.
Il est de disposer progressivement d'une deuxième possibilité.
Et une deuxième possibilité change déjà la nature d'une dépendance.
C'est ici que se trouve peut-être la véritable révolution des BRICS : pas dans la création prochaine d'un "dollar des BRICS", mais dans la multiplication des alternatives.
Paiements, financement du commerce, banque de développement, technologies, chaînes d'approvisionnement, coopération numérique : autant de domaines où une autonomie supplémentaire peut se construire sans qu'un nouvel ordre ait besoin d'être proclamé.
La Strategy for BRICS Economic Partnership 2030, lancée en 2020 et aujourd'hui en cours de révision sous présidence indienne, couvre précisément ces domaines : commerce, services, économie numérique, industrie, innovation, investissement et coopération financière.
Ce sont des sujets peu spectaculaires.
Mais les grands changements historiques commencent parfois par des choses que presque personne ne regarde.
Une étrange faiblesse qui pourrait devenir une forceIl existe pourtant un problème : les BRICS sont trop différents.
Ils ne parviennent pas toujours à s'entendre.
En mai 2026, leurs ministres des Affaires étrangères n'ont pas réussi à produire une déclaration commune. L'Inde a finalement publié une déclaration de la présidence et un document de résultats.
Pour ceux qui attendent des BRICS qu'ils deviennent un bloc politique cohérent, le constat est inquiétant.
Mais pour ceux qui pensent qu'ils ne cherchent justement pas à devenir un bloc, le problème apparaît différemment.
Peut-être leur faiblesse est-elle aussi leur protection.
Une alliance impose une discipline. Une plateforme permet davantage de souplesse. Un bloc doit parler d'une seule voix ; un espace de coopération peut continuer à fonctionner même lorsque ses membres ne sont pas d'accord sur tout.
C'est exactement ce qui se produit.
L'Inde et la Chine restent rivales. Pourtant elles commercent. La Russie et l'Inde développent leurs mécanismes de paiement. Les pays du Golfe poursuivent leurs propres intérêts. Le Brésil conserve son autonomie diplomatique.
Et malgré tout cela, les discussions continuent.
Les BRICS savent peut-être mieux faire des choses ensemble qu'ils ne savent parler ensemble.
C'est une faiblesse si l'on attend d'eux un nouveau bloc. C'est une force si l'on y voit une plateforme.
L'Inde ou l'art de ne pas choisirIl faudrait presque regarder les BRICS depuis New Delhi pour comprendre leur logique.
L'Inde entretient une relation stratégique avec les États-Unis. Elle reste liée à la Russie par des décennies de coopération, elle est membre de l'Organisation de coopération de Shanghai, participe au Quad avec Washington, Tokyo et Canberra, et préside aujourd'hui les BRICS.
Dans l'ancien monde, cette politique aurait semblé incohérente.
Dans celui qui vient, elle devient peut-être une nécessité.
Depuis 2022, l'Inde a considérablement accru ses achats de pétrole russe tout en maintenant ses relations stratégiques avec Washington.
Ce choix n'a pas été sans conséquences. En août 2025, les États-Unis ont porté à 50% les droits de douane appliqués à une grande partie des produits indiens, en liant explicitement cette mesure aux achats de pétrole russe.
L'Inde venait ainsi de découvrir le prix concret de son autonomie.
Mais elle n'a pas pour autant abandonné sa politique. Elle a continué à négocier avec Washington tout en préservant sa relation avec Moscou.
L'autonomie stratégique n'est donc pas l'absence de contraintes. C'est la capacité à accepter certaines contraintes sans renoncer à ses choix.
L'Inde n'a aucun intérêt à transformer les BRICS en organisation anti-occidentale. Elle perdrait alors précisément ce qu'elle cherche à préserver : sa liberté de mouvement.
Son intérêt est de disposer de plusieurs marchés, plusieurs partenaires, plusieurs sources de financement, plusieurs fournisseurs d'énergie et plusieurs options diplomatiques.
La relation avec la Chine est particulièrement révélatrice.
Après les tensions provoquées par l'affrontement frontalier de 2020, New Delhi et Pékin ont progressivement cherché à stabiliser leur relation sans renoncer à leur rivalité.
Narendra Modi et Xi Jinping se sont rencontrés à Kazan en 2024. Modi s'est ensuite rendu en Chine en 2025, pour la première fois depuis sept ans.
La possible venue de Xi à New Delhi donnerait à cette évolution une portée supplémentaire.
Deux puissances asiatiques peuvent être concurrentes sans considérer que toute coopération est impossible.
C'est peut-être cela aussi, la multipolarité : ne plus confondre rivalité et impossibilité de coopérer.
Le paradoxe américainL'expérience indienne permet de comprendre ce mécanisme.
En développant ses achats de pétrole russe, New Delhi a accepté de prendre le risque d'une confrontation commerciale avec Washington.
La diversification a donc un prix.
Mais c'est précisément ce qui rend le phénomène intéressant.
Un État peut accepter ce prix s'il considère que le maintien d'une dépendance unique est devenu plus coûteux encore.
La question n'est plus :
"Comment échapper à toute dépendance ?"
Elle devient :
"Comment éviter qu'une seule dépendance puisse décider de tout ?"
Il ne s'agit pas de dire que les États-Unis provoquent volontairement la montée des BRICS. Il s'agit d'un mécanisme beaucoup plus banal.
Lorsqu'un instrument économique peut devenir un instrument politique, ceux qui en dépendent commencent naturellement à chercher une assurance.
Les droits de douane, les restrictions commerciales, les sanctions, les contrôles technologiques et les tensions sur les chaînes d'approvisionnement ont progressivement transformé la question de la dépendance économique en question stratégique.
Un pays n'a pas besoin d'être anti-américain pour vouloir réduire une vulnérabilité. Il lui suffit de se demander ce qui se passera demain s'il ne peut plus utiliser cet instrument comme aujourd'hui.
Cette question est beaucoup plus importante que les discours sur la "dédollarisation".
Car la dédollarisation totale reste improbable à court terme.
La diversification, elle, est parfaitement rationnelle.
Et la diversification est précisément ce que les BRICS peuvent faciliter.
Le rêve des uns, la prudence des autresIl existe une autre erreur à éviter : transformer les BRICS en sauveurs.
Certains voient déjà dans leur expansion la preuve d'une défaite prochaine de l'Occident. D'autres, à l'inverse, soulignent leurs contradictions pour conclure qu'ils ne représentent rien.
Les deux lectures ont quelque chose en commun.
Elles demandent aux BRICS d'être plus qu'ils ne sont.
Les BRICS ne sont pas une révolution. Ils ne sont pas une alliance militaire. Ils ne sont pas une nouvelle puissance impériale. Ils ne sont pas non plus une coquille vide.
Ils sont un instrument.
Et comme tout instrument, leur importance dépendra de l'usage qui en sera fait.
C'est aussi ce qui explique le changement de ton de certains de leurs anciens défenseurs.
Pepe Escobar, longtemps l'un des observateurs les plus enthousiastes du projet BRICS et de son rôle dans la construction d'un monde multipolaire, s'est montré beaucoup plus sévère en 2026. Dans un texte intitulé "BRICS IS DEAD", il a mis en cause les divisions internes du groupe et sa lenteur à faire émerger une véritable architecture financière alternative.
Son désenchantement mérite d'être entendu.
Les divisions existent. Les lenteurs existent. Les intérêts nationaux existent.
Mais constater ces limites ne signifie pas nécessairement que l'idée de multipolarité est morte.
Cela peut simplement signifier que les BRICS ne seront peut-être pas, à eux seuls, le véhicule de cette transformation.
Et c'est une distinction essentielle.
La multipolarité n'appartient pas aux BRICS.
Les BRICS en sont seulement l'une des expressions.
Ce que New Delhi devra réellement montrerLe 18e sommet sera donc moins intéressant pour ce qu'il proclamera que pour ce qu'il permettra de mesurer.
Les BRICS peuvent-ils transformer leur poids économique et démographique en instruments durables ? Peuvent-ils continuer à coopérer alors que leurs intérêts stratégiques divergent ? Et surtout, peuvent-ils transformer les discussions techniques en mécanismes réellement utilisables ?
Il faudra regarder les paiements, les financements, les monnaies nationales, les investissements, les technologies et les chaînes d'approvisionnement.
Pas seulement le communiqué final.
Car un sommet produit facilement une photographie.
Une infrastructure produit autre chose. Elle continue de fonctionner lorsque les dirigeants sont repartis.
Et c'est peut-être là que se jouera la véritable mesure du succès de New Delhi.
Ce qui est peut-être en train de changerNous avons longtemps pensé l'ordre international comme une pyramide : un sommet, un centre, puis des puissances intermédiaires et, plus bas, des pays qui disposent de moins de choix.
Cette représentation est peut-être en train de vieillir.
Non pas parce qu'un nouveau sommet de la pyramide serait apparu, mais parce que les pays commencent à construire davantage de chemins entre eux.
Un pays peut commercer avec la Chine sans rompre avec les États-Unis, financer un projet avec une institution nouvelle sans abandonner les anciennes, utiliser le dollar sans vouloir l'utiliser pour tout, acheter de l'énergie à la Russie tout en développant ses relations avec l'Europe, participer aux BRICS sans devenir un allié militaire de la Russie ou de la Chine.
Cela paraît contradictoire.
C'est peut-être précisément le monde qui vient.
Un monde dans lequel l'autonomie ne signifie plus l'isolement. Un monde dans lequel la souveraineté ne signifie plus choisir définitivement un camp. Un monde dans lequel la puissance peut aussi consister à avoir plusieurs options.
C'est pourquoi les BRICS sont peut-être moins importants par ce qu'ils sont aujourd'hui que par ce qu'ils rendent possible.
Ils ne construisent pas nécessairement un nouvel empire.
Ils construisent quelque chose de beaucoup moins spectaculaire : la possibilité de ne plus dépendre entièrement d'un seul.
C'est lent, contradictoire, imparfait, et parfois décevant.
Mais l'histoire ne change pas toujours avec des ruptures. Elle change aussi lorsque les acteurs découvrent qu'ils disposent désormais de plusieurs portes au lieu d'une seule.
Le 12 septembre, New Delhi ne proclamera probablement pas la naissance d'un nouvel ordre mondial.
Ce n'est d'ailleurs pas nécessaire.
Le simple fait que tant de pays cherchent désormais à construire ensemble des alternatives à certaines dépendances de l'ancien système constitue déjà un changement.
Il ne s'agit peut-être pas de remplacer le dollar.
Il s'agit de ne plus être obligé de le choisir.
Le monde ne bascule pas.
Il se décentre.