📑 09/09/2026 elucid.media  3min 28 #326062

Comment les fonds spéculatifs ont fait de la France leur terrain de chasse

Par  Alexandra Buste, Xavier Lalbin

Chaque jour, une centaine d'entreprises françaises changent de main, de plus en plus souvent au profit d'un fonds qui les rachète en les endettant. Le rapport de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale, rendu en juin, alerte sur les ravages de ce modèle, le rachat par effet de levier. Et désigne sa cible la plus préoccupante : la santé. Et si ce modèle délétère de reprise d'entreprises se déploie autant, c'est parce qu'il est promu par des responsables politiques et des hauts fonctionnaires qui vont pantoufler du public vers le privé et notamment dans ces fonds d'investissement.

Depuis des années, un même discours revient régulièrement dans le débat français : face à un État jugé inefficace, le privé saurait mieux gérer, mieux investir et même mieux soigner.  L'Institut Montaigne estime que l'hôpital public a des "boulets aux pieds" et plaide pour faire évoluer ses établissements vers le privé. L'association professionnelle du secteur du capital-investissement privé  France Invest se présente comme l'acteur qui va "créer des emplois, réindustrialiser, soutenir l'économie des territoires et construire les infrastructures de demain".

Selon une  étude conjointe du cabinet d'audit et de conseil EY et de France Invest, les entreprises "accompagnées" par ces fonds privés auraient créé 530 000 emplois depuis 2018. Au cœur de cette promesse, un instrument financier présenté comme vertueux, le leveraged buy-out (LBO), ou rachat par effet de levier, censé apporter aux entreprises les capitaux et la rigueur de gestion qui leur feraient défaut. Un de ses illustres défenseurs l'a dit sous serment : interrogé sur le fonds Apollo, qui a fait passer la dette de l'entreprise de chimie en difficulté Kem One de 10 à 700 millions d'euros, l'ancien ministre de l'Économie,  Bruno Le Maire, a refusé d'y voir un prédateur.

Pourtant, le récit se fissure dès qu'on regarde les chiffres de près. La  même étude EY-France Invest concède, à propos des opérations de type LBO, que l'endettement contracté pour financer les acquisitions a "un effet légèrement négatif" sur la création de valeur. Un euphémisme, si l'on en croit le  rapport de l'Assemblée nationale rendu en juin par la rapporteure Aurélie Trouvé, qui va beaucoup plus loin. Loin d'apporter des capitaux, le rachat par effet de levier en soustrait : il fait peser sur l'entreprise rachetée le coût de sa propre acquisition, la fragilise, et aboutit généralement à la revente une fois la dernière goutte de cash pressée. Quant à la revendication d'un demi-million d'emplois créés par le secteur depuis 2018, elle reste invérifiable, faute de tout suivi de l'État.

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