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Gaza : comment les médias occidentaux ont-ils imposé le récit israélien ?

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par Mickaël Lelievre

La guerre à Gaza dure depuis bientôt trois ans. Pourtant, au fil des mois, les grands médias occidentaux en parlent de moins en moins. Le sort de près de deux millions de Palestiniens vivant dans une bande de Gaza d'environ 360 kilomètres carrés, largement coupée du monde par voie terrestre, maritime et aérienne, occupe désormais beaucoup moins de place dans l'actualité. Pour Palestine Chronicle, cette baisse de l'attention médiatique pose une question importante : quel rôle jouent les médias occidentaux dans la manière dont leurs populations comprennent une guerre dans laquelle leurs propres gouvernements sont directement impliqués, notamment par leur soutien politique, militaire ou financier à Israël ?

Depuis le début de la guerre, de grands médias américains et britanniques comme CNN, la BBC, NPR, le New York Times ou le Washington Post ont été accusés de donner davantage de place au récit israélien qu'au récit palestinien. Dans le cas du New York Times, un mémo interne révélé en 2024 demandait notamment aux journalistes de limiter l'usage des mots "génocide" et "nettoyage ethnique", d'éviter l'expression "territoire occupé", d'utiliser très rarement le mot "Palestine" et d'éviter également l'expression "camps de réfugiés" pour Gaza. Palestine Chronicle affirme plus largement que des journalistes qui s'éloignent du récit dominant sur Israël et la Palestine peuvent subir des pressions professionnelles. Pour l'auteur, il ne s'agit donc pas seulement d'erreurs isolées, mais d'un problème plus profond dans la manière dont cette guerre est racontée.

Le langage comme instrument de cadrage stratégique

L'un des principaux problèmes dénoncés par Palestine Chronicle concerne les mots employés pour parler de la guerre. Présenter systématiquement la situation comme un simple "conflit" peut donner l'impression que les deux camps disposent de forces comparables. Or le rapport de forces est très déséquilibré. D'un côté, Israël possède l'une des armées les plus puissantes de la région et bénéficie du soutien financier, militaire et diplomatique des États-Unis. De l'autre, la population palestinienne de Gaza vit sous blocus, sans contrôle de son espace aérien ni de ses frontières et sous de fortes restrictions depuis des années. Pour Palestine Chronicle, oublier cette différence empêche de comprendre pleinement la situation.

Le choix des mots influence directement la manière dont le public comprend les événements. Lorsque des Palestiniens "sont tués" sans préciser clairement qui a mené la frappe, lorsque des hôpitaux "sont détruits" sans expliquer comment ou lorsque les restrictions sur l'aide et la nourriture sont présentées comme de simples problèmes logistiques, une partie importante du contexte disparaît. Palestine Chronicle critique notamment l'usage fréquent de phrases qui décrivent les conséquences sans toujours nommer les responsables. Pour l'auteur, les mots employés par les médias ne sont donc pas neutres : ils influencent directement la perception de la guerre.

Des déclarations aussi fortes, prononcées par un ministre de la Défense au début d'une offensive militaire, méritent d'occuper une place importante dans l'analyse de la guerre. Le 10 octobre 2023, Yoav Gallant déclarait également qu'Israël passait à une "offensive totale" contre Gaza. Pour Palestine Chronicle, le problème est que les déclarations publiques de responsables israéliens sur leurs intentions ont souvent reçu moins d'attention que le discours présentant presque exclusivement les opérations militaires israéliennes comme une réponse au Hamas.

Les premiers jours après le 7 octobre 2023 montrent également les dangers d'informations diffusées trop rapidement. Plusieurs médias et responsables politiques ont relayé le récit des "40 bébés décapités". Cette affirmation précise n'a jamais été établie. Elle semble notamment provenir d'un mélange entre des témoignages évoquant des décapitations et une autre information parlant d'une quarantaine d'enfants ou de bébés morts. Des enfants et deux nourrissons ont bien été tués lors des attaques du 7 octobre, mais l'histoire précise des "40 bébés décapités" s'est révélée infondée. Pour Palestine Chronicle, la rapidité avec laquelle ce récit a circulé montre que les médias n'appliquent pas toujours le même niveau de prudence selon l'origine des informations.

La documentation du réel malgré l'institution

Cette guerre se distingue également par le rôle essentiel des journalistes palestiniens présents à Gaza, des reporters indépendants et des plateformes numériques. Les journalistes étrangers ont longtemps été empêchés d'entrer librement dans l'enclave. Les professionnels palestiniens ont donc dû assurer une grande partie du travail de terrain pour documenter les bombardements, les morts et les destructions. Le prix payé est extrêmement lourd. Au 13 août 2026, la Fédération internationale des journalistes recensait au moins 240 journalistes et travailleurs des médias palestiniens tués à Gaza depuis octobre 2023. Le Comité pour la protection des journalistes décrit de son côté cette guerre comme la période la plus meurtrière pour les journalistes jamais enregistrée par l'organisation.

Cette situation complique aussi le travail des médias occidentaux. Comme leurs journalistes ne peuvent pas circuler librement à Gaza, ils dépendent davantage des informations venant des autorités israéliennes, des gouvernements occidentaux, des agences de presse et des journalistes palestiniens présents sur place. Palestine Chronicle estime que cette situation favorise naturellement la partie qui possède le plus de moyens militaires, politiques et médiatiques. Il n'est pas nécessaire d'imaginer une propagande organisée depuis un centre unique pour comprendre ce mécanisme : dans une guerre, celui qui contrôle davantage l'accès à l'information possède aussi plus de moyens pour imposer son récit.

La procédure engagée contre Israël devant la Cour internationale de Justice est un autre exemple de ce débat médiatique. Depuis décembre 2023, l'Afrique du Sud accuse Israël de violations de la Convention sur le génocide devant la CIJ. La procédure est toujours en cours et la Cour n'a pas encore rendu de décision définitive sur le fond. Palestine Chronicle reproche toutefois à une partie des grands médias occidentaux de ne pas donner à cette affaire juridique et aux accusations contre Israël une place correspondant à leur importance. Il ne s'agit pas de demander aux journalistes de décider eux-mêmes si un génocide a été commis, mais simplement d'expliquer clairement la procédure, les accusations, les arguments des différentes parties et les décisions de la Cour.

À mesure que la guerre se prolonge, le problème dépasse donc la seule couverture médiatique de Gaza. Il concerne aussi la crédibilité future des grands médias qui affirment informer le public de manière indépendante sur les crises internationales. Les images venant directement de Gaza, les témoignages des journalistes palestiniens et la multiplication des sources sur Internet permettent aujourd'hui au public de comparer plus facilement ce que racontent les grandes rédactions avec ce qui est documenté sur le terrain. Pour Palestine Chronicle, cet écart grandissant menace directement la confiance dans les médias traditionnels. Si le public a le sentiment que certains faits, certaines responsabilités ou certains éléments de contexte sont régulièrement minimisés lorsqu'ils concernent Israël, ce n'est plus seulement la couverture de Gaza qui pose problème : c'est la crédibilité même du journalisme occidental.

source :  Géopolitique Profonde

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