
Un article du journal Libération paru le 26 août dernier, "CheckNews" a compilé les voyages "tous frais payés" des député-es et sénateur-ices déclarés au cours des quatre dernières années, et démontré que les voyages à destination d'Israël sont très largement en tête avec près du double de voyages par rapport à la destination arrivant en seconde position, Taiwan.
Le journal révèle en outre qu'une écrasante majorité de ces déplacements sont financés par le réseau d'influence pro-israélien Elnet. "La récurrence des déplacements organisés par Elnet en fait, de loin, le premier opérateur des allées et venues de parlementaires français à l'étranger" souligne l'article.
Pour mieux comprendre ce que ces chiffres révèlent, l'Agence Média Palestine s'est entretenue avec Thomas Portes, député France Insoumise à l'assemblée nationale. "Elnet est un instrument d'influence qui permet à Israël d'être au cœur de la politique française", nous explique-t-il.
"Le groupe agit comme un lobby au sein de la politique nationale française. Les parlementaires sont invité-es à visiter Israël, ils et elles sont formé-es aux éléments de langage et argumentaires qui leur permettent à leur retour de défendre la politique israélienne au sein même de l'assemblée nationale française."
Après huit ans d'activité sans aucune déclaration au répertoire des représentants d'intérêts de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATPV), Elnet a finalement été rappelé à l'ordre et sommé de s'y déclarer. La HATPV envisagerait par ailleurs de l'inscrire au répertoire de l'influence étrangère, comme nous l'expliquions dans cet article.
Pour les députés de la FI, la qualification d'influence étrangère ne fait pas de doute. En février 2025, le groupe avait déposé une proposition de résolution à l'assemblée tendant à la création d'une commission d'enquête sur les ingérences politiques de l'organisation Elnet France, et ses tentatives d'influence sur les membres de Gouvernement et parlementaires français.
"Elnet a mis des années à se déclarer comme représentant d'intérêt, et retardera autant qu'il le pourra de le faire en tant qu'influence étrangère. Mais cela dépasse la question de la légalité", estime Thomas Portes.
Elnet dit bénéficier d'une indépendance financière totale à l'égard des Etats, et affirme ne recevoir "ni mandat, ni financement de l'État d'Israël. Pour ses détracteurs, cette condition n'est pas pertinente en ce qui concerne Israël, puisque la critique anticoloniale va au delà du seul gouvernement israélien.
Par ailleurs, Thomas Portes souligne qu'il n'y a "pas de transparence sur les fonds qui financent Elnet. Il y a des branches dans plusieurs pays d'Europe, c'est difficile d'avoir une idée précise du financement. Ce qui est sûr en revanche, c'est qu'il s'agit d'un outil politique qui s'affiche fièrement auprès du gouvernement israélien, et en utilise tous les éléments de langage."
"Et c'est ces éléments de langage qu'on retrouve après au sein-même de l'assemblée nationale, dans la bouche des parlementaires revenant des voyages organisés. Ces mêmes parlementaires qui vont s'opposer à des sanctions contre Israël, condamner toute parole de soutien envers le peuple palestinien, et défendre résolument la position d'un gouvernement qui comment un génocide."
"Cette stratégie permet au gouvernement israélien d'intervenir au cœur même de la vie politique française, à l'assemblée nationale française, et d'y imposer sa position et son agenda."
Source : Agence Média Palestine
agencemediapalestine.fr
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