📑 10/09/2026 linvestigateurafricain.tg  4min 7 #326238

Algérie-Émirats arabes unis : une rupture qui révèle une bataille d'influence

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Komla YAWO

La rupture diplomatique entre l'Algérie et les Émirats arabes unis ouvre un nouveau chapitre dans la recomposition des équilibres au  Maghreb et au Moyen-Orient. Annoncée jeudi 10 septembre par Alger, la décision intervient après plusieurs années de tensions et d'accusations mutuelles. Pour le gouvernement algérien, toutes les voies permettant de préserver les relations bilatérales ont été épuisées.

Derrière cette décision spectaculaire se joue donc davantage qu'une querelle entre deux capitales. Elle traduit une opposition croissante entre deux visions de la politique régionale, avec en toile de fond le Sahara occidental, le Sahel, la Libye, le Soudan et la question israélo-palestinienne.

Algérie-Émirats arabes unis; des divergences devenues stratégiques

Le divorce n'est pas soudain. Depuis plusieurs années, Alger reproche à Abu Dhabi de chercher à accroître son influence dans plusieurs espaces où l'Algérie considère avoir des intérêts stratégiques.

Le président Abdelmadjid Tebboune avait durci le ton ces derniers mois, accusant les Émirats d'intervenir dans les affaires de plusieurs pays de la région. En juillet, il expliquait même que la rupture aurait pu intervenir plus tôt, mais qu'Alger cherchait à éviter d'aggraver les divisions au sein du monde arabe.

Le passage des tensions politiques à la rupture diplomatique montre surtout que les désaccords ne sont plus considérés à Alger comme de simples divergences de politique étrangère.

Le processus de détérioration était d'ailleurs déjà visible. En février 2026, l'Algérie avait engagé la dénonciation de l'accord de transport aérien conclu avec les Émirats en 2013.

Le Sahel et le Sahara occidental en arrière-plan

Le principal enjeu est aussi celui de l'influence. Alger et Abu Dhabi ne partagent pas nécessairement les mêmes intérêts dans plusieurs dossiers africains.

L'Algérie défend traditionnellement une doctrine privilégiant la souveraineté des États et la non-ingérence. Cette position a encore été réaffirmée début septembre par le ministre algérien des Affaires étrangères Ahmed Attaf devant la Ligue arabe. Alger insiste sur des solutions aux crises arabes qui soient nationales et collectives, à l'écart des interventions extérieures.

Cette approche se heurte à la diplomatie beaucoup plus active des Émirats, dont l'influence économique et politique s'est considérablement étendue en Afrique et au Moyen-Orient.

Le dossier du Sahara occidental ajoute une autre dimension à la fracture. Le rapprochement entre Abu Dhabi et Rabat s'inscrit dans un environnement régional où Alger considère le soutien au Maroc comme contraire à ses intérêts stratégiques. La rivalité algéro-marocaine donne ainsi à la relation Algérie-Émirats arabes unis une dimension supplémentaire.

Une rupture aux conséquences régionales

Cette crise intervient dans un contexte particulièrement sensible au Moyen-Orient. Les Émirats ont établi des relations avec Israël dans le cadre des  accords d'Abraham, tandis que l'Algérie reste fermement opposée à la normalisation avec Israël.

La rupture risque donc de dépasser le cadre bilatéral. Elle pourrait compliquer les équilibres au sein du monde arabe, alors que plusieurs crises, Gaza, Soudan, Libye ou encore Sahel, nécessitent au contraire des canaux de dialogue entre puissances régionales.

Pour l'Algérie, certaines limites ne peuvent plus être franchies sans réponse. Pour les Émirats, la rupture constitue en revanche le prix d'une politique régionale fondée sur une présence et une influence croissantes.

Cette rupture sera-t-elle durable ou servira-t-elle, à terme, de point de départ à une nouvelle négociation ? La réponse dépendra largement de la capacité des deux capitales à contenir les effets de leur rivalité au-delà de leurs frontières. Car dans un espace régional déjà fragmenté, la rupture Algérie-Émirats arabes unis risque surtout de créer une nouvelle ligne de fracture.

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