© UNICEF/Alaa Badarneh Des gens marchent à travers les décombres de routes et de bâtiments détruits
dans le camp de réfugiés de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie.
Après l'évacuation sanglante des camps de réfugiés de Jénine, de Tulkarem et de Nur Shams en 2025, l'armée israélienne a lancé au début de l'été des opérations d'envergure contre deux camps proches de Jérusalem, Qalandia et Shu'fat. Cette campagne va de pair avec l'escalade des attaques contre l'UNRWA (United Nation,Relief and Works Agency), l'agence de l'ONU chargée depuis 1948 de porter assistance et protection aux réfugiés palestiniens de la région.
Depuis le 5 août, sous le prétexte de déloger des "infrastructures terroristes" (en l'occurrence du Fatah), l'armée israélienne boucle le camp de Qalandia et l'interdit à la presse. Des centaines d'habitants sont arrêtés, interrogés, battus et des maisons détruites. Bien que collé à l'agglomération de Ramallah, le camp est situé en zone C sous contrôle exclusif israélien.
Le camp de réfugiés de Shu'fat est situé, lui, à l'intérieur des murs qui bouclent l'agglomération de Jérusalem. Ses habitants se mobilisent actuellement pour protéger les bâtiments de l'UNRWA, centres de santé, écoles et un établissement de formation professionnelle très réputé. Dans ces deux camps, Israël, qui est la seule autorité compétente, laisse délibérément pourrir les infrastructures et prospérer la délinquance. Au milieu du chaos social, l'UNRWA constitue la seule institution protectrice pour des dizaines de milliers de résidents, dont une moitié d'enfants. Tous sont menacés d'expulsion pour faire place à de nouvelles colonies.
En moins de deux ans, les déplacements forcés en Cisjordanie, hors des camps, de réfugiés ou des villages assiégés par les colons, ont touché plus de 42 000 Palestiniens. Un nombre inégalé depuis 1967. Ils ont été contraints de chercher dans des conditions dramatiques de quoi s'abriter, se nourrir, se soigner, travailler ou poursuivre leur scolarité. Outre leur toit et leurs moyens d'existence, ils ont perdu un tissu de solidarités et une identité collective forgée depuis des générations.
Israël vise un double objectif. À court terme : éradiquer comme à Gaza les principaux foyers de résistance armée de Cisjordanie. À plus long terme, effacer le statut légal de "réfugié", et par là tout droit au retour, toute revendication d'une indemnisation telle qu'elle a été votée par l'Assemblée générale de l'ONU au lendemain de la Nakba (résolution 194, art 11 du 11 décembre 1948).
La volonté d'effacer de la carte les camps de réfugiés et d'asphyxier l'UNRWA ne date pas d'hier et n'émane pas d'une minorité de colons fanatisée. Elle exprime un consensus très majoritaire parmi les juifs israéliens. Selon le mantra officiel, les Arabes qui se prétendent réfugiés seraient issus de tribus nomades ou de familles qui se seraient établies indûment sur la Terre sainte sans la mettre en valeur. Expulser ces squatters était donc un devoir autant qu'une nécessité. Les indemniser serait un crime car cela reviendrait à leur reconnaître des droits. Même les sionistes "progressistes" qui ne nient pas les torts infligés aux Arabes en 1948 refusent de reconnaître le titre de réfugié à leurs descendants.
L'objectif d'Israël est aujourd'hui de faire disparaître l'UNRWA pour tout ce qu'elle soutient : les droits fondamentaux des Palestiniens et leur accès à des services essentiels tels que l'éducation ou la santé et, plus largement, leur statut en tant que réfugiés. La récente loi d'interdiction des activités de l'UNRWA et le saccage de ses locaux à Jérusalem-Est parachèvent un travail de sape de longue haleine fait de calomnie, d'étranglement financier et de pressions sur les pays donateurs.
Pour Israël, il s'agit plus que jamais non pas de résoudre mais de dissoudre le "problème des réfugiés". L'UJFP lance l'alerte sur les persécutions intolérables qu'endurent actuellement tous les résidents des camps de réfugiés qui sont la mémoire vive de la Nakba. Supprimer les camps c'est vouloir étouffer une forme symbolique de résistance à la pénétration sioniste de la Palestine. L'UJFP leur exprime son plein soutien car elle ne reconnaîtra jamais le fait accompli de l'expulsion et de la colonisation, cette Nakba qui continue à se dérouler aux yeux de tous aujourd'hui.
La Coordination nationale de l'UJFP, en association avec le groupe de travail Cisjordanie de l'UJFP, le 11 septembre 2026
Source : UJFP
ujfp.org
Le sommaire des communiqués
Notre dossier Palestine
